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Si on osait...

... avec Hippolyte & Joséphine

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010 | In Gin Tonic Veritas – la soirée qui a mis le feu aux poudres

Hippolyte & Joséphine, le 28 août 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
Si on osait...
010 | In Gin Tonic Veritas – la soirée qui a mis le feu aux poudres
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Joséphine et Hippolyte dans une soirée arrosée avec un amant improbable et une serveuse très charmante, le qu’en-dira-t-on, de la complicité, des tentatives d’approches et une réflexion pour le moins inattendue… Une histoire originale, ou originelle ?

Références :

  • Le Gin Tonic ‘Si on osait…’ (au moins 2 verres par tournée) :
    • verser 5 cl de Dry Gin dans chaque verre
    • ajouter doucement 15 cl de Tonic éventuellement aromatisé
    • échanger un sourire complice avec la verseuse ou le verseur de Tonic
    • (on peut ajouter une rondelle de citron pour décorer mais nous on n’en avait pas et c’était bon quand même)
  • La scène du regard dans la nuque qui fait se retourner, dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, réalisé en 2001 par Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou et Mathieu Kassovitz
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00:00 Bonjour, c’est Joséphine … et Hippolyte !
00:55 Un couple sujet aux attirances extérieures…
01:52 … stimulées par un déménagement à l’étranger
03:36 Une belle soirée entre collègues, où les conjoint(e)s sont invité(e)s
04:56 Le vent de Joséphine à Barnabé, et l’amusement d’Hippolyte
07:44 Hippolyte et les fossettes de la serveuse
12:16 Pendant ce temps-là, du côté de Joséphine…
14:01 Questionnements et qu’en-dira-t-on
16:11 Le baroud d’honneur de la dernière chance
21:20 La réflexion de Joséphine
24:21 Brossage de dents

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

…et Joséphine !

Bienvenue dans cet épisode qu’on a intitulé « In Gin Tonic Veritas ». C’est parce qu’il y a eu quelques cocktails pendant une soirée qui a été conclue par une réflexion un petit peu inattendue mais révélatrice. C’est un peu un épisode que je me réjouis d’enregistrer parce que on a déjà raconté cette histoire à quelques personnes et moi j’aime bien en parler !

Ouais ! Donc, avec ce qu’on a dévoilé dans les épisodes précédents, vous savez que Hippolyte et Joséphine forment un couple relativement tranquille, stable…

De moins en moins tranquille…

Oui mais toujours stable !

Oui toujours stable…

…et qu’ils apprennent doucement à parler de sexe et à découvrir des choses nouvelles. D’ailleurs, on va même jusqu’à s’avouer nos attirances pour les beaux gars et les belles femmes qui croisent nos vies. Et à notre grand étonnement, eh bien on s’aperçoit que ça nous rapproche !

Oui, ça nous fait beaucoup parler, en tous cas, enfin ça fait trois épisodes qu’on parle de ça ! Et à ce moment-là, on a eu un peu l’occasion de valider cette théorie des attirances qui rapprochent, parce que les attirances, elles allaient être pas mal stimulées. On a dû déménager pendant quelques mois dans une autre ville à l’étranger. Il y avait un gros projet professionnel de mon côté, donc il fallait déménager toute la famille. Et quand on est arrivés… Waouh ! Le trajet entre l’aéroport et l’appart, il y avait de quoi se rincer les yeux à grande eau. Les habitants et les habitantes étaient vraiment pas mal.

C’est vrai…

Je sais pas, il devait y avoir un micro-climat génétique.

C’est une nouvelle théorie, le micro-climat génétique ?

Et en plus de ça, ils et elles s’habillaient avec relativement bon goût.

Oui !

Et puis comme il faisait chaud, les tenues étaient en général assez légères. En tous cas, on avait plein de jolies personnes bien habillées – mais pas trop – à regarder et c’était vraiment sympa. J’allais au travail en vélo et le nombre de fois où j’ai failli me prendre un lampadaire, une poubelle, un trottoir, il y avait tellement de choses à regarder, quoi ! Une jolie robe, un beau profil, une chevelure au vent ou un dos-nu. Alors le dos-nu, c’était la poubelle direct.

Pauvre poubelle !

Il ne se passait pas une semaine sans qu’on ait des histoires de regards échangés à un feu rouge, ou à la caisse du supermarché, ou des débuts de commencements de balbutiements de conversation à se raconter. C’était vraiment marrant. Ou alors des discussions… Je me souviens une fois, t’es rentrée : « Bon il faut absolument que tu te débrouilles pour emmener des enfants à l’école un matin. Il y a une maman vraiment pas mal ! »

Ah oui je me souviens, elle était vraiment jolie.

Moi aussi ! J’ai emmené des enfants à l’école plusieurs fois, après…

Bon, toutes les bonnes choses ont une fin – enfin presque toutes – et cette période qui était quand même assez intense au niveau boulot pour Hippolyte et au niveau logistique pour moi, eh bien elle s’est terminée par un gros succès et par de beaux moments. Donc on a fêté ça, il y avait une belle soirée avec tous ceux qui s’étaient impliqués de près ou de loin dans ce gros projet.

Ouais, et après tout ce travail et toute cette tension, on allait enfin un peu relâcher la pression. On serait bien restés un peu dans cette ville parce que c’était quand même sympa.

Ouais c’était bien !

Mais du côté du boulot, on était vraiment tous contents d’avoir fini et bien fini ce projet et de fêter ça ensemble. On savait que c’était prévu dans un endroit assez classe, tout le monde serait bien habillé…

Ouais !

Il y aurait des trucs sympas à manger, à boire. Et puis surtout, c’était pas une soirée juste entre collègues. Il y avait… Les conjoints et les conjointes étaient invités.

Ça, ça veut dire moi !

Bah oui, vu que t’es ma conjointe, toi. Et t’étais une conjointe assez motivée pour y aller, mais pour une raison complètement autre que bien manger et bien boire, il me semble.

En plus de bien manger et bien boire ! En fait, je comptais bien y voir un certain Barnabé. Barnabé, c’est le collègue tout à fait charmant d’Hippolyte.

Celui que je t’avais repéré.

Voilà, celui que tu avais repéré pour moi.

Juste pour toi ! Oui…

Je le voyais pas très souvent.

Enfin juste pour toi je sais pas mais pour toi !

Je ne le voyais pas très souvent, mais il me faisait un effet… pfiou ! un effet assez incroyable quand je le croisais. Et avant cette soirée, j’avais eu l’occasion de le croiser un peu plus souvent que d’habitude. Donc, mon radar à Barnabé il était bien rodé. Et ce soir-là, je comptais bien trouver une occasion pour le voir de près, voire même de lui parler, qui sait ?

Oui !

Mmmhh ! Alors d’ailleurs, la veille, on était allés tous en famille à ton travail et c’était assez relax, assez détendu. Vous aviez déjà fini le projet.

Oui, c’était déjà fini. C’était relax.

Et donc, on a des enfants qui peuvent être un petit peu sauvages des fois, donc, de temps en temps, il faut les poursuivre. Et là, je les poursuivais et je savais que je passais à côté de Barnabé parce qu’évidemment, mon radar était allumé. Mais Barnabé, il avait l’air absorbé dans une discussion de groupe, donc je ne m’attendais à rien du tout. Et à ma grande surprise, il s’était détaché du groupe et il m’avait adressé la parole alors que je courais après les loulous. Il m’avait dit « Hey ! » avec un grand sourire, comme s’il avait voulu me parler. Et j’avais été très, très surprise. J’avais même… En fait, j’ai perdu tous mes moyens et j’avais continué à poursuivre les enfants comme si je n’avais pas entendu Barnabé. En fait, je lui ai mis un gros vent, complètement involontaire, mais je lui ai mis un gros vent. Donc, à cette soirée-là, j’espérais bien pouvoir me rattraper de ce gros vent. Et Hippolyte, il savait que c’était une bonne occasion de tenter un petit rapprochement avec Barnabé – il m’avait bien chambré, d’ailleurs, hein !

Oui, c’était rigolo. Je ne sais plus si tu m’avais raconté l’histoire du vent, mais c’était rigolo quand même.

Donc, on s’est fait beaux. On a lâchement abandonné les enfants cette fois, pas besoin de les poursuivre, et on a traversé la ville à vélo.

Oui, en faisant attention au mobilier urbain pour ne pas avoir d’accident.

Les pauvres poubelles !

Ouais… Je m’amusais beaucoup ! C’était vraiment drôle de voir Joséphine à moitié excitée, à moitié stressée, se préparer pour la soirée. C’était dans un cadre où elle aurait peut-être un peu plus de temps pour enfin lui parler, avoir un peu plus d’opportunités, un peu plus d’occasions. Moi j’étais curieux de voir ce que ça allait donner. Niveau danger, je ne ressentais pas vraiment de danger : il n’y allait rien se passer de toute façon. Intérieurement, j’étais serein. Pour moi, c’était juste pour s’amuser, ressentir des frissons. De toute façon, on se disait tout.

Ah ben oui !

C’était un peu comme moi quand je parlais de Carla, la fille du train. C’était clair, il n’y avait pas de raison de craindre que… qu’on ira au-delà de limites. D’ailleurs on n’avait même pas de limites, on ne s’était vraiment pas fixé de limites.

Non, il y avait pas besoin…

On n’en avait pas vraiment parlé. C’était tacite. On était ensemble et puis c’est tout.

Ouais…

Mais toi, tu avais allumé ton radar quand même.

Ah ben forcément, en arrivant à la soirée, j’avais déjà allumé mon radar à Barnabé et on se déplaçait d’une table d’amuse-gueules à une autre table, d’un groupe d’amis à un autre groupe d’amis. Et on essayait de se rapprocher de Barnabé, mais ce n’était pas vraiment évident parce qu’il n’arrêtait pas de bouger et il était très sollicité, donc c’était difficile de le… On n’y arrivait pas. Mais bon, à un moment, il faut bien s’hydrater, surtout que courir après Barnabé, ben ça fatigue. Donc, on est allés prendre un verre.

Ah et c’est là que, pour moi, ça devient rigolo. Donc on s’est dirigés vers un bar, forcément, et il y avait une serveuse qui était occupée, a priori, à verser du tonic aromatisé dans une rangée de verres qui avaient l’air pré-remplis de Gin, enfin je crois.

C’est possible. C’est crédible.

Et donc c’était pas facile, c’étaient des toutes petites bouteilles de Tonic individuelles et ça remplissait pas très vite les verres, ça coulait pas vite. Je crois qu’elle essayait de tenir deux bouteilles ensemble dans une seule main pour remplir deux verres à la fois, mais ça marchait pas bien parce que les verres étaient trop gros.

Oui du coup les goulots n’étaient pas assez éloignés.

Oui voilà… il faudrait faire un dessin. Bon en tous cas, elle galérait. Elle avait du mal et moi j’ai proposé mon aide. Je crois que j’ai commencé à rapprocher les deux gros verres et les incliner un peu pour qu’elle puisse remplir deux verres d’un coup. Et on a commencé à discuter pour optimiser, améliorer le process, etc. Et là, waouh ! Je me rappelle surtout de ses fossettes. Elle avait des yeux… il y avait une étincelle dedans ! Je sais pas, il y avait un truc, c’était… Elle était pas juste… « Waouh, c’est une jolie fille ! »

Non non c’était plus que ça

C’était vraiment super attirant. C’était un peu… C’était un peu magique. Moi, ça m’a fait penser bêtement… « Waouh ! » Et puis : « Ben tiens, nous aussi on va prendre du Gin Tonic, là ! Ce que tu prépares, ça a l’air sympa ! » Histoire de prolonger un peu la séance d’assistance à serveuse en détresse, – à jolie serveuse en détresse.

Et puis elle n’était pas trop en détresse mais il n’y avait pas de problème pour l’aider. En tous cas elle était… Oui, j’étais là aussi ! Effectivement, elle avait une sorte d’aura. Elle était très, très belle, mais ce n’était pas une beauté de magazine. Je ne sais pas, elle rayonnait. Elle avait sûrement un très joli visage et un joli corps. Mais je me souviens surtout de la façon dont elle bougeait quand elle allait chercher un verre ou une bouteille.

Ah oui…

Elle avait plein d’énergie, elle dansait presque, en fait. C’était… C’était joli, c’était gracieux. Et puis elle avait aussi une façon de plaisanter en souriant et les yeux enjoués. Elle donnait vraiment l’impression de s’amuser en fait, d’être à l’aise. Elle était peut-être un petit peu en mode séduction, je me suis demandée. Peut-être séduction amicale, juste…

Ouais, je sais pas. Je pense pas qu’elle était en mode séduction, c’était peut-être son état normal. Elle travaillait après tout. Et puis elle était comme ça… Enfin, j’ai l’impression qu’elle était comme ça avec tout le monde.

Oui, moi aussi !

Et puis de toute façon, moi j’étais pas jaloux. J’avais aucun problème pour l’aider à faire les cocktails des autres aussi !

Oui, mais en tous cas, moi, je la trouvais vraiment charmante. Et j’avais bien vu que Hippolyte, il était sous le charme.

Ah oui !

Complètement. Et c’était vraiment agréable, en fait, pour moi, de comprendre l’attirance qu’il ressentait. Je validais complètement. Et ça nous rendait complices. D’ailleurs, j’en avais même parlé avec un copain qui m’avait fait une petite remarque sur le fait que Hippolyte il passait pas mal de temps au bar avec la jolie serveuse, toujours le même bar et toujours la même serveuse. Et je lui avais dit : « Oui, non, mais t’inquiète pas, j’ai vu, j’approuve, et Hippolyte, il le sait ! »

Ouais… moi je ne m’attendais vraiment pas du tout à avoir un crush ce soir-là.

Eh ben voilà ! Tu t’assurais assez régulièrement de nos niveaux d’hydratation : tu commandais pas mal d’autres Gin Tonics.

Oui, et j’essayais d’aider encore, même si ça devenait de plus en plus difficile.

Et en général, moi, personnellement, je n’ai pas besoin de beaucoup d’alcool pour me laisser aller. Et là, j’avais clairement eu assez de verres pour me sentir bien à l’aise. Et c’est marrant d’ailleurs, parce que d’habitude, je passe assez vite aux boissons sans alcool pour éviter d’avoir mal au ventre ou mal à la tête, aussi pour éviter de perdre le contrôle. Mais ce soir-là, je n’avais ni mal au ventre, ni mal à la tête, ni même l’impression de perdre le contrôle.

En même temps, moi, je ne vérifiais pas du tout le niveau de Gin, la proportion du Gin et de Tonic dans les verres : j’étais concentré sur autre chose. Donc si ça se trouve…

Sur quoi ???

…je me faisais bien arnaquer sur la quantité d’alcool dans les verres. Donc du coup, peut-être qu’on n’a bu que du Tonic. Et on en a bu un paquet. On a été servis un paquet de fois. Et à chaque fois, c’était une bonne occasion de voir ma serveuse préférée. Et si elle était occupée, c’était pas grave : je pouvais admirer sa danse derrière le bar, ses mouvements, son dos, ses hanches quand elle faisait un pas de côté. C’était sympa.

Oui, c’était très sympa.

Et à la fin, c’était assez bien rodé : Moi, je voulais toujours au moins deux verres, donc je tenais les verres en les rapprochant, elle s’occupait de verser les bouteilles de tonic dedans. Et puis…

De toute façon, il n’y avait que du tonic à la fin dans les verres.

C’est possible. Et on se faisait un grand sourire en se disant « merci » l’un à l’autre. Et puis je revenais dix minutes plus tard et puis rebelote !

Ah oui, il fallait se réhydrater.

Mmmmhh !

Et moi, de mon côté, je n’allais pas forcément toujours chercher les verres avec Hippolyte. Il se débrouillait bien pour l’assistance à serveuse en détresse. Moi, je me positionnais de façon à essayer de regarder Barnabé, de le voir et lui jeter une œillade. Malheureusement, bien souvent, je voyais juste sa nuque, mais je m’appliquais à regarder sa nuque très intensément pour qu’il le sente et pour qu’il se retourne.

Parce que c’est bien connu quoi, enfin : quand tu veux que quelqu’un te regarde, tu regardes sa nuque fixement et puis il se retourne.

Bah oui. Non mais ça marche, hein !

Ah bon ? OK…

Je t’assure. T’as qu’à regarder Amélie Poulain, elle fait ça dans le café.

Ah oui, c’est vrai.

Oui, et ça marche ! Bon bref, moi, j’étais toute prête parce qu’il allait se retourner, je le savais. Et j’étais prête à lui sourire. Et non seulement… Enfin je ne voulais pas que ça s’arrête à un petit sourire sur lequel il pourrait avoir des doutes : il fallait que ce soit un sourire dirigé vers lui, long, que ce soit clair, quoi, que ce soit pour lui, que ce soit une invitation à me sourire en réponse, à se poser des questions, à s’extirper de son groupe et venir causer avec moi. Je voulais vraiment me rattraper du vent que je lui avais mis la veille. Mais malheureusement, le coup du regard dans la nuque avec lui, eh ben ça marchait pas.

Ouais…

Il ne se retournait pas.

Il devait avoir la nuque insensible à mon avis. Ou il n’a jamais vu Amélie Poulain.

Peut-être. En tous cas, c’est bien dommage. Mais c’était rigolo parce que je retrouvais un peu ce jeu auquel j’avais joué quand j’étais bien plus jeune, quand je savais choper en soirée. Et le jeu d’être à l’affût, de chercher des opportunités, sentir l’anticipation des regards – même s’ils n’ont pas eu lieu – ou des sourires, être prête à des sourires, à des contacts, ressentir le risque. D’ailleurs, à propos de risque, il y avait certes le risque que Barnabé souffre d’une insensibilité de la nuque et qu’il ne réagisse pas à mes avances télépathiques, ce qui est bien dommage. Mais il y avait aussi le risque du qu’en-dira-t-on, parce qu’il y avait quand même plein de gens autour de nous.

Y avait tous mes collègues.

Oui ! Et tous ces gens, ils savaient très bien qu’Hippolyte et moi, on était ensemble. Et qu’est-ce qu’ils allaient penser s’ils me voyaient me rapprocher de Barnabé ? Et qu’est-ce qu’ils penseraient d’Hippolyte, aussi ? Parce qu’il était hors de question qu’ils aient pitié d’Hippolyte ou qu’ils se disent que sa femme allait voir ailleurs. Et Barnabé, lui, qu’est-ce qu’il dirait ? Qu’est-ce que je lui dirais, moi, s’il me posait des questions ?

Oui… moi j’en étais pas du tout à me poser ce genre de questions. J’étais vraiment à profiter du moment. Je savais que Joséphine regardait Barnabé, moi je savais que j’allais remplir mes verres très régulièrement et ça prenait du temps.

Il y a des gens qui t’ont vu quand même, parce que moi j’ai eu des remarques !

C’est vrai ! Mais moi de toute façon je ne m’en voyais pas tenter quoi que ce soit de plus, hein ! Pour des tas de raisons. L’une d’elles, c’était que les autres auraient pu croire que je faisais ça dans le dos de Joséphine et que ce n’était pas socialement acceptable. Joséphine, elle ne pouvait pas vraiment dire « Y a pas de soucis, j’approuve ! » à tout le monde

Ouais, en fait, j’aurais dû me promener avec une banderole pour que ce soit clair pour tout le monde.

Ouais, ou un T-shirt.

Un T-shirt, ouais. Vas-y, Hippolyte, j’approuve !

Mais c’était vraiment pas la raison principale. C’était un peu comme avec mes autres crushs. Moi, je craignais toujours qu’un pas dans la direction de la serveuse, ça m’engage sur une pente qui m’éloignerait de Joséphine et c’était pas du tout ce que je voulais. Et puis aussi, on quittait la ville quelques jours plus tard, et émotionnellement parlant, c’était probablement plus sûr d’en rester à des « peut-être », ou des « si »… et pas risquer… pas risquer un râteau quoi ! J’avoue quand même que j’ai eu un petit picotement de jalousie quand j’ai vu que vers la fin de la soirée, un autre de mes collègues, plus jeune, plus grand, plus beau, célibataire, était accoudé au bar avec elle en train de tapoter son numéro sur son téléphone. Mais pas vraiment de… Ouais, moi je me posais pas trop de questions en fait.

Toi t’allais pas t’accouder au bar pour récupérer son numéro ?

Ouais.

Bon à la fin de la soirée on a tous été priés de quitter les lieux.

Parce qu’il n’y avait plus de Tonic… Le Gin, c’est sûr qu’il n’y en avait plus depuis un moment, mais…

Et là, ben c’était la fin. J’ai enfin eu une opportunité. Et je l’ai un petit peu forcée, hein, l’opportunité parce qu’on partait tous et j’avais mon radar à Barnabé et je retenais Hippolyte par la main quand il avançait un petit peu trop vite par rapport à Barnabé.

En même temps, c’était un peu la dernière chance, donc il fallait vraiment pas rater.

Ah oui ! Non !

Quand je m’en suis rendu compte, je me suis remis en mode « escadrille de chasse » pour aider Joséphine à le retrouver, « équipier d’escadrille de chasse ». Je crois qu’on l’a perdu à un moment, on a fait demi-tour pour le relocaliser.

Ah bah oui, non, il fallait pas rater l’opportunité.

On a recalculé la trajectoire d’interception et puis on a réussi. Et au moment… juste avant, je t’ai laissé partir devant pour que tu puisses le rejoindre.

Oui ! Donc, dans les escaliers vers la sortie, c’était vraiment le dernier moment, on a réussi l’interception. J’étais parfaitement positionnée juste à côté de Barnabé. Hippolyte était pas loin derrière. D’ailleurs, pour moi, c’était important que Hippolyte ne soit pas loin et qu’il soit avec moi. Il s’est juste échappé un petit peu derrière pour que Barnabé ne se sente pas trop, trop mal à l’aise pendant que je lui causais.

Je voulais aussi voir comment ça se passait !

Donc, ma main gauche s’est retrouvée sur le bras de Barnabé, et je lui ai demandé ce qu’il comptait faire après ce gros projet. Et là, là, tout s’est écroulé. Il s’est vengé du vent que je lui avais mis la veille. Il m’a répondu, mais il m’a répondu du vent. Des mots complètement insignifiants, des mots qui passeraient peut-être pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, et encore. Mais il parlait pour rien dire. C’était complètement creux, c’était vide.

Oui, et puis alors Joséphine, c’est pas Madame Tout-le-Monde.

Ah non, je suis pas Madame Tout-le-Monde. Par contre, j’étais sans voix, moi. Là, je… Enfin, il pouvait pas me faire ça ! Non, mais tu te rends compte, il brisait toutes mes tentatives d’approche avec des réponses complètement plates, sans couleur. Il… Il évitait la conversation. Il tuait dans l’œuf tous mes espoirs d’un micro-rapprochement ! C’est, c’est… C’était pas possible !

Tu fais bien la courroucée, hein !

Je suis courroucée !

Bon, t’étais courroucée.

Ouais, je le suis encore un petit peu hein…

D’ailleurs, au passage, s’il y a des gens qui veulent faire un film, une série ou, bah, pour le coup, une tragédie grecque sur nos histoires, on peut discuter pour vendre les droits. Il n’y a pas de problème. Il y a un formulaire de contact sur notre site. Allez-y !

Ouais, attends, en plus, j’ai un flash-back pour faire un film.

Et ceci dit, je me dis que peut-être que Barnabé il avait vu que j’étais pas loin en fait à ce moment là et qu’il s’est dit qu’il pouvait pas vraiment y aller franco vu que vu que j’étais là et que j’avais pas non plus de banderole « Vas-y, vas-y, j’approuve », quoi !

Ouais, on aurait vraiment dû faire les banderoles. La prochaine fois qu’on va en soirée avec des potentiels crushs, on y va avec des banderoles.

Ouais, on va faire une soirée banderoles !

Bon, je reviens à mon flash-back.

Ouais, vas-y, envoie le flash-back, ça tourne.

Alors, plusieurs années auparavant, on était encore à une soirée au travail d’Hippolyte et je papotais avec un autre collègue d’Hippolyte. D’ailleurs, tu étais un petit peu plus loin.

On n’avait pas de banderole.

Non. Barnabé s’était approché du collègue et de moi-même et le collègue m’avait présentée comme la compagne d’Hippolyte. Et Barnabé avait répondu : « Oui oui, t’inquiète pas, je sais, on s’est déjà vus ! » Il m’avait reconnue ! Wouhou ! Et ça avait alimenté mes films pendant des mois. Moi, j’avais annoncé à Hippolyte : « La prochaine fois, tu verras, il se souviendra de mon prénom. »

Ça m’avait vraiment bien fait rigoler quand tu m’avais dit ça, ça m’avait fait plusieurs mois. Ceci, je crois qu’il s’en était souvenu ! Il ne t’avait pas lancé un « Hi Joséphine ! » quand t’étais passée au travail un jour ?

Non… Tu crois ? Je ne sais pas. Je me souviens pas.

Si tu t’en es pas rendue compte, tu lui as encore mis un gros vent, si ça se trouve. Tu m’étonnes que maintenant, quand tu lui parles, il te répond des platitudes.

Enfin, je ne lui ai parlé qu’une fois, hein ! Tu ne peux pas faire des généralités avec…

C’est vrai.

Mais certes, il m’a répondu des platitudes. Et moi, je ne pouvais pas construire de films là-dessus. D’ailleurs, c’était très très moche de sa part. Que mon amant improbable détruise comme ça brutalement toutes les opportunités que j’avais de construire des scénarios alambiqués… C’était moche.

C’était moche. Ceci dit, tes scénarios alambiqués, ils ne sont pas complètement détruits, je crois. Ils reviennent assez vite. Quand tu le vois en photo, ou…

Mais je l’ai pas revu. Si, je l’ai vu en photo. Et… Ouais, mais en photo… Oui, OK. Certes. Il y a l’appréciation de son physique qui revient. OK. D’accord. J’aimerais bien qu’il me regarde avec ses yeux et son sourire juste pour moi. Et qu’il s’approche. Et que le monde autour se dilue dans un brouillard un peu vague où il n’y aurait plus que nous – avec toi, Hippolyte : toi, tu n’as pas besoin de devenir vague. Et toucher ses avant-bras… Non mais attends, on fait pas un podcast sur mes films avec Barnabé, là.

Non, non, vas-y, continue, ça tourne. Ça peut être assez sympa. Madame J’ai-pas-de-fantasmes !

Non, non, non, j’arrête !

Pour la prochaine fois ?

Peut-être.

Ouais, bon, ben moi, de mon côté, j’avais pris beaucoup moins de risques. Je m’étais moins… comment dire… mouillé ! Si je puis dire !

Ouais !

J’avais juste les effets positifs de mes interactions avec la serveuse. Enfin, j’avais pas mal envie de la recroiser plus tard.

Mmmh, je comprends !

Je savais qu’il y avait très peu de chances que ça arrive, donc je ne me faisais pas trop d’illusions. Et en plus, même si ça arrivait, je savais qu’il ne se passerait rien du tout. Je serais juste content de revoir ses yeux ou ses fossettes.

Donc la soirée a continué plus loin, dans une boîte de nuit. On a essayé de suivre, mais les boîtes de nuit, ce n’est vraiment pas notre truc.

Mmmh, non !

On a pris une coupe de champagne, on n’a pas trouvé Barnabé dans la boîte de nuit, donc on s’est retrouvés à la plage à regarder les vagues.

Il n’était pas sur la plage non plus, Barnabé…

Bah non ! Sinon on n’aurait pas regardé les vagues ! Et on a fini par rentrer sur nos vélos, on a traversé la ville dans l’autre sens pour rentrer chez nous, juste tous les deux, sans la serveuse et sans Barnabé.

Oui. On était un peu déçus,

Ah oui !

C’est un peu triste comme fin, on va avoir des auditeurs qui vont pleurer.

Sortez les mouchoirs !

Mais c’est pas fini, c’est pas fini.

Non, c’est pas fini !

Parce qu’on était quand même contents d’être tous les deux. Et puis d’avoir passé cette soirée à regarder ailleurs, tous les deux ensemble…

Oui !

…et échangé un bon moment de complicité. C’était quand même assez sympa. Physiquement, il s’était à peu près rien passé, faut être complètement honnête. Mais dans nos petites têtes, il s’était passé plein de trucs.

Ah ouais !

Et quand on y repense, ça nous fait toujours bien rigoler, ça nous fait toujours sourire. Surtout que, j’avais dit « c’est pas fini » : la conclusion, c’est qu’une fois rentrés – je me rappelle plus quand exactement, c’était en rangeant nos vélos au sous-sol, ou en se brossant les dents, ou, enfin, un truc pas très romantique, mais – tu m’as fait une réflexion qui… ben qui allait mettre le feux aux poudres.

Je crois que c’était pendant qu’on se brossait les dents. Moi, je me repassais l’absence d’événements de la soirée, en fait, dans ma tête. Et du coup, j’ai dit à Hippolyte : « Mais en fait, je sais ce qu’on aurait dû faire ! On aurait dû leur proposer un truc à quatre. » Et voilà, moi, avec un peu d’alcool et surtout du Tonic, eh bien je trouvais enfin une solution à tous mes dilemmes du qu’en-dira-t-on ! Parce qu’un plan à quatre, ça ne fait pas jaser sur les infidélités dans notre couple: on serait ensemble quand même. Alors que, pour être honnête, moi j’avais jamais imaginé ce genre de choses. J’avais même jamais fantasmé d’avoir ne serait-ce qu’une autre personne dans notre lit.

Non mais alors, tu dis « Niveau qu’en-dira-t-on, ça va régler tout. »

Bah oui !

Tu parles, ouais ! T’imagines au boulot le lendemain ?

Ils seraient jaloux.

« Bon alors, vous avez fait quoi ? C’était bien la boîte, tout ça ? » « Ah non non, nous on n’est pas allé en boîte, on s’est fait une partouze avec Joséphine et la serveuse ! » « Ah OK, c’était sympa ? »

Ah bah oui, je pense que ça aurait pu être sympa !

Non mais, je pense qu’il y aurait aucun problème. Et moi ce soir-là, j’ai pas vraiment tilté en fait. C’était pas bête comme remarque, hein !

Bah oui !

Ça pouvait même solutionner quelques questions qu’on se posait et qu’on s’était posées jusque là. Mais moi je crois que j’étais pas du tout en mode plan à plusieurs. J’étais… Moi j’étais sur mon petit nuage imaginaire avec ma serveuse, « ma » serveuse… la serveuse ! Et Joséphine était sur le sien pas loin avec Barnabé.

Ouais enfin, notre nuage à nous il était pas très stable, hein ! parce que Barnabé avait fait des gros trous dedans.

Ouais, oui…

C’était moche !

C’est vrai. Remarque c’est peut-être pour ça que tu gambergeais, hein, sur ton vélo…

Bah oui !

…en rentrant ! T’essayais de trouver des solutions un petit peu… un petit peu originales !

Bah il faut ! J’allais pas rester là-dessus, non plus !

Bon par contre, moi, le lendemain, vu que je ne me rappelais pas vraiment tout ce qu’il s’était passé…

Attends, attends… Le lendemain, on racontera peut-être ça la prochaine fois ?

Euh… oui, oui, c’est une bonne idée ça. En plus, ça nous donnera un peu de temps pour cuver le Gin Tonic !

Allez, à la prochaine !

Oui, à bientôt ! On va se brosser les dents.

009 | Des attractions à effets multiples
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