Joséphine ne disait pas grand-chose pendant les confidences d’Hippolyte, mais ce n’était sûrement pas parce qu’il ne se passait rien de son côté : son petit cœur d’artichaut était lui aussi en proie à des tentations inavouables et des crushs intenses. En particulier un, recommandé par Hippolyte, qui a eu l’effet de libérer la parole, de nous rendre complices dans le « péché », et nous a fait bien rigoler !
Embarquez pour quelques histoires avec Joachim, Rodéric et Barnabé, en mode montagnes russes émotionnelles…
Chapitres
00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
00:55 Joséphine la princesse qui ne disait rien
01:45 L’idéal du couple passionément amoureux…
03:05 … et la réalité
04:57 Le retour des crushs
09:48 Rodéric : le crush réciproque mais pas consommé
15:04 Barnabé : le crush qui déclenchait des envies subites
17:17 Partager nos crushs, c’est libérateur mais c’est surtout drôle
Transcription
[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]
Bonjour, c’est Hippolyte…
et Joséphine !
Alors, on a fait « Les tentations inavouées d’Hippolyte » la dernière fois, donc on va vous souhaiter la bienvenue dans ce nouvel épisode intitulé — je vous le donne en mille — « Les tentations inavouées de…
Joséphine »
Ah ah !
Alors la dernière fois, on vous a laissés avec les crushs d’Hippolyte qui se retrouvait attiré par d’autres femmes, parfois sur des périodes quand même assez longues, et qui essayait doucement de m’en parler…
avec plus ou moins de subtilité
Oui. Mais c’était pas facile, entre autres parce que de mon côté, moi je racontais rien.
C’est sûrement parce que toi t’étais une princesse et du coup t’avais pas grand-chose à raconter.
Oh oh ! La bonne blague ! Oh si si… Moi j’avais des tas de choses à raconter mais j’en étais pas fière et du coup j’osais pas.
Ah ben je m’en doutais un petit peu, tu vois.
Ben oui, moi aussi j’avais des crushs. Mais c’était difficilement compatible avec notre couple parce que je me sentais bien dans notre couple en fait. Et je crois que ma vision à l’eau de rose du couple passionnément amoureux, elle a été pas mal remise en question au fur et à mesure de mes crushs. C’était difficile à accepter.
« Une vision à l’eau de rose du couple passionnément amoureux », ça me dit un truc ça, on dirait un peu moi.
Oui, ça vient de quand j’étais ado, je tombais souvent amoureuse d’un gars sur du relativement long terme et c’était jamais partagé, mais je passais beaucoup de temps à construire des scénarios les plus improbables les uns que les autres, et mon petit cœur, il y trouvait son compte, en dopamine. Je passais par des hauts incroyables quand la cible de mes désirs jetait un regard dans ma direction, ou alors, quand il m’adressait la parole pour me demander un effaceur à prêter.
Ou qu’il posait son sac à côté du tien.
Ouais, non, ça il faisait pas trop, mais l’effaceur, je pense que j’ai eu au moins une fois. Par contre, mon petit cœur il chutait quand même bien souvent face au désintérêt complet de ma victime. Et la confrontation au réel, c’était parfois douloureux.
Ta « victime » ?
Bah, la victime de mes scénarios, oui.
Je suis une victime.
Bon, ces lubies ne se transformaient jamais en relation. Mais j’aimais bien m’y plonger : ça m’occupait, à défaut de savoir comment m’y prendre en réalité. Et j’imaginais que, enfin, quand je trouverais celui avec qui je partagerais mes lubies, la passion serait continuellement dévorante, comme dans mes jours dopamine. Ou alors comme dans un roman à l’eau de rose.
Et en fait, non ?
Ben… non. Quand j’ai commencé des vraies relations réelles avec un vrai gars qui était consentant, je cherchais cette passion-là. Et des fois, elle était un peu là, au début, quand je me laissais ouvrir les vannes. Mais vu la qualité de mes choix, c’était rarement partagé, donc le tout ça tombait à l’eau rapidement.
Et moi, j’étais un choix de qualité ou j’étais une « victime » comme les autres ?
Oui, tu étais un choix de qualité, ça, il n’y a pas de question. Mais avec toi, c’était pas comme dans mes films, c’est sûr. On s’est assez rapidement installés dans une relation qui ne correspondait pas du tout à mes scénarios alambiqués et passionnels.
Rapidement, rapidement, on a mis du temps quand même.
Oui, mais quand on s’est installés, la dopamine n’était pas au rendez-vous tous les jours. Et c’était beaucoup plus doux, beaucoup plus serein. C’était intense, mais d’une intensité très différente. Je pense qu’au final, c’était quand même plus agréable. Parce que c’était bien, de façon stable. Il y avait beaucoup moins de hauts et de bas. C’était toujours bien plus haut que la moyenne. Mais pendant un temps, ça m’a pas mal troublée. Je me disais « mais est-ce que c’est ça, l’amour ? C’est pas censé être beaucoup plus fou, plus passionnel ? Avoir des sensations qui pourraient remplir un roman ? » Parce que là, moi, si je racontais ma vie de tous les jours, je vendrais jamais un roman. J’imaginais que la passion dans un couple, elle laisserait aucune place à mes scénarios de cœur d’artichaut pour d’autres hommes. Parce que c’était pas compatible. J’étais plus censée avoir de ressources, que ce soit du temps ou de la place dans mon petit cœur, pour me lancer là-dedans. J’étais plus censée en avoir besoin non plus. Mais ça a fini par revenir.
Ah, alors moi je suis vraiment curieux, là. Tu peux raconter ? C’est revenu quand et comment ?
Ben c’est revenu comment… Il y a au moins une fois, sur les trois gros crushs que j’ai eus — parce que c’était pas non plus la folie des crushs à tous les coins de rue — il y a au moins une fois où ça a commencé dans un rêve dans lequel j’étais en relation amoureuse, si ce n’est érotique — je pense que c’était pas mal érotique — avec la future victime de mon crush.
Encore une histoire de victime.
Oui, oui, oui. Bah oui. Là, ils n’avaient pas choisi, ils étaient pas consentants.
Je pense que tout le monde est témoin : je suis officiellement une victime.
Non, non, ceux-là, ils n’étaient pas consentants. Ils ne savaient pas.
Une victime consentante, ça va pour toi ?
Mais non, tu ne peux pas être victime si t’es consentant.
Et le syndrome de Stockholm, tout ça ?
Oui non mais… Tu veux me dire des choses ?
Bref, j’étais troublée par ce genre de rêve qui n’était pas vraiment avouable. Je n’allais pas te parler d’un rêve érotique où tu n’étais pas dedans, quand même. Donc je n’en parlais pas. Par contre, ça me travaillait, et je regardais la personne un petit peu différemment. « Ah, si tu savais ce qu’on a fait cette nuit, toi… » Et du coup, mon expérience en scénarios improbables me rattrapait. Ça suffisait pas toujours, parce qu’un rêve érotique avec une personne qui ne m’attirait pas du tout, ça comblait pas l’absence de désir.
Et c’était le même genre de rêve ou de lubie que quand t’étais ado ?
Oui, complètement. Mes crushs de femme en couple étaient assez similaires avec mes crushs d’ado. D’abord, je ne pouvais pas en parler, ce n’était pas avouable. J’avais fini par en parler à Séraphine, une copine qui me parlait de ses crushs à elle.
Attends, je… Oui, ok, c’est bon, Séraphine, je vois qui c’est.
Ça va, tu vois qui c’est ?
Parce qu’on a trouvé des prénoms — des faux prénoms — et du coup on a un tableau avec des…
On a un dictionnaire, un glossaire. Alors c’est qui Séraphine ?
C’est pas facile.
Je parlais de mes crushs avec Séraphine, parce qu’elle, elle me parlait des siens — je pense que c’est elle qui avait commencé. Mais par contre, il n’était pas question que mes crushs se réalisent. C’était un peu comme quand j’étais ado. D’abord, j’étais avec toi, j’étais bien avec toi et je n’allais pas tout casser pour une relation dont je n’avais aucune garantie que ça se passe bien. Je n’avais pas non plus envie de briser ton cœur. Ça me mettait mal à l’aise de ressentir des émotions qui étaient inavouables et de vivre des choses que je pouvais pas partager avec toi. En fait, d ‘une certaine façon, c’était un peu te manquer de respect et du coup ça m’allait pas trop.
Ouais, mais je comprends parce que c’était un peu pareil pour moi. Tu tentais rien parce qu’on était en couple et que tout allait bien.
Oui, je ne tentais rien parce que j’étais avec toi et j’étais bien avec toi. Mais il n’y avait pas que ça comme barrière, il y en avait encore d’autres. Il y avait aussi le fait qu’il était hautement improbable que l’objet de mon crush soit d’accord pour tenter quoi que ce soit avec moi. Il n’y avait aucune raison que je leur plaise.
Là moi je te regarde et il n’y a vraiment vraiment aucune raison pour que tu plaises à qui que ce soit.
En plus ils étaient déjà quasiment toujours en couple eux aussi donc c’était pas… j’allais pas casser leur couple en plus du mien. Faut pas déconner non plus.
Je pense qu’il y avait aussi le regard des autres. Ceux qui me verraient terminer une relation pour en commencer une autre, qu’est-ce qu’ils diraient ?
Et en plus des autres, il y avait moi-même. Enfin, je me posais aussi des questions sur mon cœur d’artichaut. Parce que qu’est-ce qui m’assurait que j’aurais pas le même type de tentation, une fois que je serais bien installée avec ce crush-là, dans l’hypothèse improbable où on se mettait en couple ? Du coup, il y avait beaucoup trop de risques. Ça restait complètement du domaine du fantasme, du non-dit, du non-avoué, ni à toi, ni aux héros de mes scénarios. C’est mieux si je dis un « héros » ?
C’est mieux. C’est beaucoup mieux que « victime ».
Ouais c’est mieux je vais dire « héros » alors.
C’était avoué à toi aussi ? Enfin, tu te l’avouais à toi ?
À moi, je l’avouais ? Oui, oui, je pense que là je…
T’assumais ?
Non, j’assumais pas. Mais je me l’avouais à moi et je l’avouais à Séraphine. Je ne pouvais pas me le cacher en fait. Il y avait des émotions… Je ressentais des émotions qui étaient bien réelles. Et je pense qu’il y a quelques fois où tu as subi les aspects positifs comme négatifs de ces émotions.
Les aspects positifs ? C’est-à-dire ?
Ahhh…. Une surexcitation. Sexuelle. Entre autres…
C’est possible.
C’est possible… C’était très bien d’ailleurs avec toi. Je pensais pas à eux quand on faisait l’amour ensemble.
Oui oui, je comprends très bien que ça puisse éveiller des… des tentations un peu plus… que ça ait un impact un peu physique et que ça exacerbe certaines envies. Bon alors du coup moi je suis super curieux, tu peux nous raconter un peu plus ces crushs ? Moi je veux tout savoir, qui c’est, l’adresse, la plaque d’immatriculation ?
Non j’ai pas la plaque d’immatriculation, je suis désolée.
Comment je vais faire pour leur péter leur bagnole moi ?
Je vais t’en dire quand même un petit peu, tu pourras faire des recherches après. Donc il y a deux de mes crushs qui étaient au boulot. Et c’étaient des gars bien, parce que je ne crushe pas non plus sur n’importe qui. Dans les deux cas, il y a eu de la distance entre nous après des changements au boulot et du coup, tout mon crush s’est apaisé, reposé et il n’y avait plus de crush à la fin. Alors Joachim, je crois qu’il n’a jamais su qu’il mettait mes hormones en folie. Quoique, il aurait décemment pu se poser des questions. Par contre, avec Rodéric, on avait fini par en parler.
Attends, tu m’en parlais pas à moi, mais tu en as parlé avec un de tes crushs ?
Euh oui. Je pense que c’était parti du fait qu’il avait beaucoup apprécié une rencontre avec Séraphine, donc la copine à qui je confiais mes crushs.
Le monde est petit.
Et du coup, je l’avais bien chambré, Rodéric. On s’entendait vraiment bien, on se racontait des choses assez personnelles. C’était un vrai pote. Et à un moment, il y a eu des événements au boulot qui nous ont un peu secoués. Et surtout — je pense que c’est surtout ça — j’ai annoncé que je quittais le boulot et la région, du coup on avait la distance qui arrivait, qui allait nous sauver. Je pense que c’est ça qui a libéré la parole. On aurait cette bonne dose de sécurité avec la distance. Donc on s’est avoués tous les deux qu’on se plaisait, je crois que c’est parti d’un malentendu. Mais bon, une fois que ça a été dit, on pouvait pas le dédire. Et j’avoue que quand j’ai réalisé que mes désirs à moi, qui étaient complètement farfelus, étaient réciproques, ça m’a fait beaucoup de bien à l’ego. J’avais vraiment du mal à y croire, mais je crois que j’ai été convaincue par certains fantasmes que Rodéric m’a racontés qui étaient… Oui, j’étais aussi rassurée parce que je n’étais pas la seule à inventer des scénarios complètement farfelus et improbables.
Je suis un tout petit peu jaloux que tu aies eu cette confirmation-là, parce que moi, mes crushs, il y avait des signes que c’était éventuellement peut-être réciproque. Mais je n’ai jamais eu de confirmation. Je n’avais pas eu ce petit boost à l’ego. Et du coup, mais qu’est-ce qui vous a retenus alors ?
Oui, c’était un petit boost, mais c’était quand même risqué aussi. On se parlait pas mal de nos conjoints respectifs, du fait que Rodéric et sa copine s’aimaient toujours très fort, mais ils ne faisaient plus l’amour. Du fait que Hippolyte et moi, au contraire, on traversait une période qui était pas mal du tout au lit.
C’est ça, les effets positifs.
C’était aussi des effets positifs. On appréciait et on respectait tous les deux le conjoint de l’autre, en plus du nôtre, évidemment. Et je pense que ça a beaucoup aidé, parce qu’il était hors de question de les blesser, ni de faire quoi que ce soit dans leur dos. En fait, on se soutenait l’un l’autre, pour pas craquer. Et d’ailleurs, on a résisté à la tentation jusqu’au bout. Mais par contre, on a partagé pas mal de complicité.
Et pour toi, qu’est-ce que tu ressentais ? Est-ce que c’était agréable ? Est-ce que c’était gênant ?
Tout ! Les deux, mon général. C’était gênant et c’était bien. D’un côté, je croyais que c’était fini pour moi, la séduction. C’est bon, j’étais casée, quoi ! Et avoir ce plaisir de se sentir désirée par quelqu’un, de se sentir découverte, ça donne une sacrée énergie, de se rendre compte que c’est toujours possible. D’ailleurs Rodéric il disait ça… il disait ça à sa façon, il disait « I’ve still got it » comme ils disent en anglais. Et ça fait vraiment du bien à l’ego. En fait je m’étais quand même posée pas mal de questions, et j’en étais arrivée à la conclusion que ce qui m’attirait, c’était surtout le désir, plus que Rodéric lui-même. Et c’était cette sensation intense, cette gourmandise, l’impression de vivre à 200% quand je ressentais ce désir, quand je le voyais retirer son pull et partiellement emporter sa chemise blanche, ça c’était ma drogue. C’était une drogue, par contre, qui, si jamais je la consommais, risquait de ne plus avoir le même pouvoir. Et surtout, ça risquait de faire beaucoup, beaucoup de dégâts autour de moi.
J’arrive toujours pas à réaliser que tu m’en parlais même pas, de tout ça. Ça avait l’air super fort et t’en parlais pas.
C’était super fort et j’en parlais pas. Je pouvais pas t’en parler, j’allais te faire mal. En fait, je te parlais de plein de choses. Et tu savais que j’appréciais beaucoup Rodéric en tant qu’ami, ce qui était vrai. Mais j’avais vraiment mauvaise conscience d’avoir des discussions avec lui que je ne pouvais pas partager avec toi parce que j’avais peur de te blesser.
Mais c’était pas au même moment où je te posais des questions, où je te demandais…
Si, mais si tu m’avais dit ça avant que je commence à avoir un crush sur lui, ça aurait été plus facile.
Aahh…
Quand tu m’as dit ça, j’étais déjà pas mal dans le crush, mais vraiment bien.
Tu t’imaginais que j’allais penser que t’en profiterais pour dire « Ah d’ailleurs au fait… »
Ah mais non, parce que le deal c’était Si tu m’en parles avant, pas de problème. Et pour moi c’était trop tard pour t’en parler avant. Il y avait déjà eu cette projection.
C’est pour ça que tu avais les sirènes d’alarme qui se déclenchaient.
Complètement. Elles faisaient « Ouh, ouh, ouh, il se doute de quelque chose ! » « Aahhh… Je veux rien casser, moi. » « Je veux pas te faire du mal, je veux pas dire ça. »
Mais un jour tu m’as quand même raconté un rêve.
Ouais.
Ça ne t’a pas empêché de faire ça.
Oui, c’était un petit peu plus tard, on ne se voyait plus. Et je t’ai dit… Mais ce n’était pas longtemps après. Je t’ai dit « Dis donc, cette nuit j’ai rêvé que je couchais avec Rodéric. » Et je comptais continuer parce que la suite, c’était… « D’ailleurs, c’était vraiment pas bien. » Et c’était vrai, ce rêve-là était décevant, donc je pouvais t’en parler.
Et tu te souviens comment j’ai réagi ?
Ouais, ouais, c’était bien. Tu m’as vraiment étonnée. Tu m’as… T’as rigolé. Et t’as rajouté « Bah ça m’étonne pas, t’en parles tout le temps de Rodéric. » Bon, là, j’ai nié. Enfin, je t’ai rappelé que dans le rêve, c’était pas bien. Mais le fait que tu… que tu acceptes et que t’en rigoles, ça m’a fait un bien fou.
Oui… Bon, et du coup tu parlais de trois gros crushs, moi j’en ai pas compté…
On en est à deux là.
Ouais, j’ai pas compté trois encore.
Le troisième c’est toi qui me l’as présenté.
Ah oui c’est vrai !
Mmh mmh… Alors celui-là il était beaucoup plus basé sur l’attirance physique parce que je lui ai très peu parlé.
Moi je lui ai pas mal parlé par contre.
Oui, tu travaillais avec Barnabé. Tu m’avais prévenue d’ailleurs qu’il me plairait, alors qu’on ne parlait pas encore vraiment beaucoup de ce genre d’attirance. Un petit peu, mais moi en tous cas j’en parlais pas du tout. Et t’avais vu juste, évidemment, tu me connais bien. Donc le Barnabé en question, il avait la capacité de me déclencher des envies subites quand je le voyais. J’aurais voulu le toucher, le tâter, le goûter, en faire mon 4 heures. Et puis là, cette fois, il n’était pas question de te cacher quoi que ce soit. Parce que dans les rares occasions où j’avais une chance de le voir, déjà, t’étais là. Et en plus, tu me regardais. Tu me regardais activer le radar à Barnabé en rigolant. Et c’était vachement agréable de partager cette complicité avec toi, de savoir que tu étais ouvert à ce que je ressente de l’attirance pour un autre beau gosse. C’était nouveau. Et c’était vachement rassurant.
C’était rigolo parce qu’on faisait un peu l’escadrille de chasse. « Attention, Barnabé à quatre heures ! »
Oui, c’est ça. Tu faisais mon copilote.
Je faisais la navigation.
Heureusement d’ailleurs que je partageais cette complicité avec toi, parce qu’il n’y avait absolument rien à partager avec Barnabé. Je ne l’ai pas vu souvent. Et j’avais l’impression d’être totalement transparente pour lui. J’ai même essayé quand même une fois ou deux d’engager une conversation, mais ça a lamentablement échoué.
Oui, je me souviens, tu lui en as voulu d’ailleurs !
Ah oui !
T’étais pas contente.
Ah non, j’étais pas contente. Mais bon, c’était troublant de causer avec toi de mon « amant improbable », parce qu’on l’avait appelé comme ça. On ne l’avait pas appelé Barnabé.
Oui, parce qu’il ne s’appelle pas Barnabé en vrai.
Non. Ni « Amant improbable ». Enfin je crois pas. Et je sentais clairement que toi, tu me comprenais, que tu m’encourageais à en parler. Tu te moquais un petit peu aussi, c’était drôle. Peut-être que tu te moquais aussi un petit peu d’une sorte de jalousie, parce que tu rentrais des fois du boulot et tu me racontais des anecdotes drôles, ridicules, positives ou négatives sur Barnabé. Comme si tu jouais un peu à entretenir mon attraction, même quand je ne le voyais pas.
Oui, c’était un peu ça…
Mais alors du coup, Est-ce que tu m’as parlé de Barnabé pour pouvoir parler de Carla ou d’Églantine ? Est-ce que tu m’en as parlé quand toi tu me racontais des choses sur elles pour avoir un certain équilibre entre nous ?
Euh, je pense pas, non. Je pense pas que je sois aussi… que j’aie calculé autant de choses. Je voulais vraiment partager ça parce que j’avais envie d’en parler. Il n’y avait aucune arrière-pensée, aucune… aucun but derrière tout ça. Ça me faisait juste du bien de savoir que je pouvais t’en parler, d’accepter que c’était normal, que ce soit pour toi ou pour moi. C’était drôle en plus.
Oui c’était drôle.
Parce qu’on pouvait… On retombait en fait au collège ou on retombait en adolescence, quoi ! Il y avait peut-être quand même une petite arrière-pensée assez lointaine. Les différends ça vient souvent d’un manque de communication et je savais que si jamais on avait des tentations externes à notre couple et qu’on n’en parlait pas, ça courrait le risque qu’un jour tu partes avec un autre ou que moi je parte avec une autre, pour de bon. Et vu le bazar que ces situations provoquent, je n’avais pas du tout envie que ça se produise avec nous. Donc autant transformer toutes ces émotions en quelque chose qui soit positif pour nous.
Et en effet, finalement, quand on a commencé à partager nos tentations, ça nous a permis de parler beaucoup plus. On en rigolait et c’était bien plus facile. On était complices aussi, comme j’étais complice avec mes potes il y a longtemps. Et ça désamorçait aussi les tensions qu’on pouvait ressentir quand on était attiré par un autre ou par une autre. On pouvait partager les moments « waouh !! » comme on pouvait aussi partager les moments « oh c’était nul ça ! ». D’ailleurs je me souviens le voisin de deux blocs plus loin qui porte toujours des t-shirts blancs à manches longues pour se protéger du soleil — et ça lui va très très bien. Un jour il avait tombé le T-shirt donc forcément moi j’ai regardé et je te l’ai dit juste après. Tu t’attendais à ce que j’aie apprécié la vue mais j’avais été assez déçue parce que je m’imaginais trouver beaucoup mieux sous le T-shirt !
Ouais, ça m’a étonné parce qu’il est quand même pas trop mal foutu non ? Enfin moi je l’avais vu la première fois, je me disais « Ah ça va être une jolie vue pour Joséphine, ça ! »
Ouais non c’est vrai. Écoute la prochaine fois que je le vois je lui demanderai de retomber le T-shirt et je vérifierai.
Oui. Bonne idée, oui. Donc on rigolait bien, on avait partagé une bonne partie de nos secrets, on était complices dans le péché, c’était libérateur, et finalement assez positif d’échanger sur nos tentations. Ce qui était un petit peu surprenant quand même, il faut l’avouer. Mais toutes ces discussions a priori légères et frivoles ont commencé aussi à déclencher d’autres questions, parfois un peu perturbantes, quand on est un couple « comme tout le monde », stable, avec une famille, des enfants, et puis le regard des autres.
Oui. Du coup, il va nous falloir encore un épisode pour régler tout ça ?
Oui, régler tout ça ou pas. C’est pas sûr qu’on ose.
Attends, on va oser quand même.
C’est vrai, on a l’habitude.
Allez, à bientôt.
À bientôt.