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Si on osait...

... avec Hippolyte & Joséphine

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Premiers pas

013 | Une table pour quatre, s'il vous plaît ! – une belle rencontre entre couples

Hippolyte & Joséphine, le 21 septembre 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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013 | Une table pour quatre, s'il vous plaît ! – une belle rencontre entre couples
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Ou comment Joséphine et Hippolyte font connaissance avec Pénélope et Léopold, autour de quelques verres, dans un bar bien agréable. Des discussions olé olé, des confidences, des histoires toutes personnelles, qui se terminent avec l’idée de se revoir pour une soirée plus longue… mais pas avant de se poser pas mal de questions et de définir nos limites, histoire de croire qu’on était prêts.

Quelques références:

  • On ne se lasse pas de Libertine de Mylène Farmer
  • Pour écouter l’intégrale de Hippolyte et Joséphine en une soirée, profitez de notre site ou de votre app de podcasts préférée. Profitez-en pour mettre des étoiles au podcast !
  • Bénabar et son dîner
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00:00 Bonjour, c’est Joséphine … et Hippolyte !
01:05 Je je suis libertin
02:10 En route pour une rencontre avec Pénélope et Léopold
04:20 Joséphine a… regardé les options « hôtel »
09:03 Débuts de conversation très civilisés…
11:20 … mais qui dérivent très vite !
14:30 Et qu’est-ce qu’on fait après ?
17:25 Les questions qu’on s’est posées
19:57 La température monte : fantasmes, stress et explosion de libido !
24:10 Le briefing pour le saut vers l’inconnu

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

…et Joséphine !

Eh dis-donc, depuis le dernier épisode, je me suis rendu compte d’un truc : « Joséphine », ça rime avec « libertine ».

Ouais, c’est marrant.

Quelle coïncidence, c’est fou ! Et puis en plus, non seulement c’est rigolo, mais j’ai dit « libertine ».

Oui.

Eh ben tu chantes pas ?

Aahhh !

Depuis le dernier épisode, à chaque fois que je dis « libertin » ou « libertine », tu chantes.

Aahhh… Non mais je sais me tenir aussi quand on enregistre des fois. Mais toi, tu veux pas chanter, toi ? Tu l’aimes bien en plus cette chanson.

Ouais mais non, enfin… Je-je suis pas une fille, je-je peux pas vraiment être libertine !

Allez, c’est pas grave, tu peux changer les paroles. Tu l’as déjà fait sur d’autres chansons.

Ouais… Je sais pas, j’ai pas trop d’inspiration là. Je… Je-je suis libertin…

Oui ?

Je fais des câlins.

Ah ben voilà !

C’est pas mal.

Donc après ce petit intermède musical, on va quand même essayer de continuer à raconter nos aventures. La dernière fois, on en était restés à un message reçu pas longtemps après notre inscription sur un sitderencontpourcoupl.

Ouais. 🎵 On-on a reçu un message, un message d’un couple. 🎵 Ça y est, je suis lancé, je vais faire tout le podcast en chantant.

Non. Non, non, non.

Bon alors, ce couple, c’était Pénélope et Léopold. Ils étaient un petit peu plus âgés que nous.

Pas beaucoup.

Un profil très sympa, des jolies photos. Ils nous disaient qu’ils avaient bien aimé ce qu’on avait écrit sur le nôtre, de profil et ça leur avait donné envie de nous contacter. On a papoté un petit peu plus sur le chat. C’était simple, facile, avenant. On n’hésitait pas à raconter nos histoires et ce qu’on pensait savoir de ce qu’on voulait et de ce qu’on voulait pas. On a fait des longs messages, je crois. Ils étaient pas mal plus expérimentés.

En même temps, c’est pas difficile : nous, on avait zéro expérience.

Oui, mais ils avaient quand même pas mal d’années d’expérience. Ils avaient fait ça depuis un moment déjà. On a bien aimé qu’ils nous disent que « chaque fois était une première fois. » Et ils avaient l’air d’avoir envie d’une première fois avec nous. De fil en aiguille, on s’est retrouvés à continuer la conversation sur un groupe WhatsApp à quatre, avec l’idée de trouver un bar à mi-chemin de nos domiciles respectifs pour boire un coup.

Donc après quelques recherches, on a fini par trouver un bar-lounge qui faisait des cocktails, qui avait l’air pas mal. C’était un endroit avec un petit peu de musique où on pourrait discuter confortablement. Et on a réservé « une table pour quatre, s’il vous plaît« . Et on a aussi déniché une babysitter pour les enfants. Alors ce soir-là, on s’est faits beaux et on y est allés. C’était cool de sortir un petit peu, juste nous deux, en amoureux – enfin, façon de parler. En plus, on allait faire un truc un peu interdit. On se retrouvait à faire des cachotteries, comme à l’adolescence. Sauf que cette fois, c’était à nos enfants qu’on racontait pas tout, pas à nos parents.

Ouais, c’était rigolo. Est-ce qu’on était nerveux ? Ouais, pas tant que ça.

Non, pas trop.

Au pire du pire, on allait passer une soirée dans un bar à goûter des cocktails. On était certes un peu curieux de ce qui allait se passer, de ce qu’on allait bien pouvoir se raconter une fois les présentations faites. Et moi je me rappelle que dans la voiture, tu m’as fait une remarque qui m’a laissé bouche bée. Tu m’as dit que t’avais regardé les options pour une chambre d’hôtel.

Ah oui, il y avait un hôtel qui était rattaché au bar dans lequel on allait.

Oui, mais quand tu m’as dit ça, j’ai un petit peu halluciné. Depuis la soirée Gin Tonic, c’est moi qui menais les choses un petit peu, c’est moi qui avais géré l’inscription sur le site de rencontres pour couples.

Du coup, t’aurais voulu toi réserver la chambre d’hôtel ?

Non. Et Joséphine, tu suivais, avec plus ou moins d’enthousiasme, en traînant plus ou moins les pieds.

Oui… en fait, c’est aussi qu’on se lançait dans une aventure… vraiment bizarre. Et du coup, tous mes a priori qui étaient quand même bien ancrés, ils me lançaient des signaux d’avertissement parce que c’était… ouais, c’était bizarre. Alors oui, mon enthousiasme n’était pas forcément toujours au plus haut.

Et du coup, t’as voulu compenser et regarder les chambres d’hôtel ?

Non, mais non !

Pour moi, ce soir-là, c’était clair : on y allait juste pour faire une rencontre et rien de plus que des discussions, voir s’ils nous plaisaient, si on leur plaisait, si on avait envie de se revoir pour vérifier. On était quand même des grands débutants, on n’allait pas passer à la casserole le premier soir ! Moi j’étais absolument pas préparé à cette éventualité, pas du tout. Et de réaliser que toi, de ton côté, t’avais non seulement envisagé, mais en plus t’avais regardé le prix des chambres d’hôtels, c’était un peu déroutant quand même.

Oui, mais en fait, non, je n’avais pas envisagé. Par contre, je voulais être préparée à toute éventualité : on sait jamais.

Ouais…

En fait, je n’avais aucune idée de comment ça se passait, ces choses-là, de la vitesse à laquelle ça avançait. Et ça m’allait très, très bien si on en restait à des discussions ce soir-là. Mais si on décidait de pousser plus loin, je voulais avoir une option à proposer sous la main. Parce que ça nous rassurait, mes a priori et moi, d’avoir la possibilité d’être un peu en contrôle, plutôt que de nous laisser embarquer dans des lieux inconnus qui auraient rajouté au stress. Oui en fait c’est ça, je crois : je voulais être en contrôle, être en position de mener la danse autant que les trois autres, plutôt que de prendre le risque de me laisser mener sans avoir d’opportunité d’intervenir. Oui, comme ça j’aurais été celle qui proposerait le lieu où on irait s’envoyer en l’air, si on décidait d’aller s’envoyer en l’air. Et c’était juste un moyen pour moi d’être active et pas passive, ça me rassurait, même si on n’en avait pas besoin.

Ouais, mais je comprends ce que tu dis, mais… pour être en contrôle, on pouvait juste se dire que c’était pas au programme et que c’était pas ce qu’on allait faire. D’ailleurs, on n’avait même pas parlé de ça jusqu’à ce moment-là, et peut-être qu’on aurait dû !

Peut-être !

De mon côté, je n’avais vraiment pas évoqué le sujet parce que je pensais que c’était pas dans le domaine des possibles, vu comme tu traînais un petit peu les pieds… Bon, façon de parler…

Oui, c’est une façon de voir les choses aussi, oui.

C’était pas le gros enthousiasme, quoi. Enfin, je sais pas moi, c’est… Sur le coup, c’est comme si tu m’avais dit… « Bon, on sait jamais, si on décide d’aller braquer une banque ce soir, moi j’ai mis un bazooka dans le coffre parce que…

Non mais n’importe quoi !

Parce que je voulais être prête à toute éventualité. » C’est ce que tu as dit, tu voulais être prête à toute éventualité.

Non mais pas avec un bazooka. C’est pas tout à fait pareil, quand même ! Si on avait discuté de faire des premiers pas en vue de braquer une banque, ça n’aurait pas été des signaux d’avertissement que mes a priori auraient lancé, ç’aurait été des sirènes hurlantes.

OK, d’accord. Le bazooka, c’est un petit peu exagéré.

Un petit peu.

Mais c’est pour expliquer mon point de vue : coucher le premier soir avec des inconnus, comme braquer une banque, c’était en dehors du champ des possibles pour moi ce soir-là.

Oui, ok.

Et pour rester en contrôle, il suffisait de dire qu’on n’envisageait pas de coucher le premier soir.

Oui, mais on ne l’avait pas dit.

Et du coup, il n’y avait pas besoin de regarder les hôtels à l’avance… ni de regarder s’il y avait des banques à braquer sur la route.

Non mais ça j’ai pas regardé !

En tout cas, sur le coup, moi j’avais pas du tout compris ça, comme tu l’expliques maintenant, j’ai été surpris. T’avais été timide dans tout le processus avant cette soirée et je m’attendais pas à ce que tu fasses déjà des plans au-delà de rencontrer Pénélope et Léopold et de boire un coup avec eux.

Oui, c’était ma façon de rester en contrôle.

Donc je le saurai maintenant, quand tu veux rester en contrôle, il faut que tu regardes les hôtels.

Non… J’ai plein de moyens de rester en contrôle.

Après, en vrai, au niveau timidité, je sais que ce n’est pas trop ton style d’être timide. J’avoue que je m’attendais à ce qu’à un moment, ça te plaise, ces histoires, et que tu desserres le frein à main. Un petit peu comme avec le Jouet ou avec Melba, ou avec les autres choses qu’on avait essayées. Mais quand même, sur le moment, je me suis dit « Euh… ça va peut-être un peu vite pour moi là ! » Et pour le coup, quand tu parles de garder le contrôle, moi là je me suis dit que c’était peut-être moi qui le perdais.

C’est fou, même après 15, 20 ans ensemble, je peux encore de surprendre.

Ouais, ça faisait que commencer. Sur ce, on est arrivés. On est arrivés les premiers et on s’est installés tous les deux à notre « table pour quatre ». Pénélope et Léopold étaient un petit peu retenus dans des bouchons. Donc la première bonne nouvelle c’était quand même qu’on avait assez bien choisi le bar. C’était très sympa, très calme. Une ambiance jazz avec une musique juste assez forte pour qu’on arrive à s’entendre sans avoir à élever la voix, sans que ni le personnel, ni les quelques autres convives ne puissent entendre non plus nos conversations.

Oui, tant qu’à faire. Et là, j’ai vu arriver un couple. Ils étaient bien habillés, potentiellement ça pouvait être Pénélope et Léopold. Et oui, oui. Vu le sourire qu’ils nous ont lancé, c’était eux. Et voilà, ils étaient là. On allait faire notre première rencontre libertine. On avait un peu la trouille, mais on n’avait quand même pas envie de partir au courant, ça va !

Heureusement, parce que ça ne serait pas passé inaperçu. On s’est fait la bise, on a fait connaissance, tout simplement. Je pense qu’on a parlé de la pluie et du beau temps, des bouchons, tout ça. Et petit à petit, on a commencé à se raconter nos histoires. Je pense que c’est eux qui ont posé des questions. Et nous, on a raconté comment on en était arrivés là. Et oui, ils se sont tapé l’intégrale des 12 épisodes précédents en avant-première, en exclusivité mondiale, les petits veinards ! Vous aussi, vous pouvez faire comme Léopold et Pénélope, vous pouvez vous servir un verre de ce que vous voulez et écouter l’intégrale de Hippolyte et Joséphine en une soirée.

Il faudra peut-être un petit peu plus qu’une soirée quand même.

Et peut-être un peu plus qu’un verre aussi.

Donc eux aussi, ils nous ont raconté leurs aventures. Ils nous ont dit qu’ils cherchaient « une belle histoire ». Et ça tombait bien, parce que nous aussi en fait. Et vu les conversations et les personnalités qu’on découvrait, on n’était pas du tout tentés d’utiliser le mot magique.

Le mot magique ?

Bah oui, le mot magique sur lequel on s’était mis d’accord dans la voiture, si jamais un de nous deux ne se sentait pas trop à l’aise.

On avait un mot magique ?

Bah oui !

Ah oui, en effet, ça me dit quelque chose. Mais c’était quoi ?

Bon, je te dirai après, je ne vais pas non plus lui dire sur le podcast notre mot magique ! En même temps, si tu ne t’en rappelles pas, ça sert pas à grand-chose.

Oui, mais c’était le mot magique français, ça. On ne s’en est pas servi depuis vachement longtemps.

Oui, mais quand même, tu aurais pu t’en souvenir.

Mais tu as raison, on avait un mot magique pour pouvoir dire à l’autre « Ça va pas, on se casse ! » sans attirer l’attention de l’autre couple. Mais oui, en effet, on ne s’en est pas servi, et les conversations ont commencé à prendre une tournure un petit peu olé-olé.

Oui, assez vite, on a abordé des sujets très intimes. C’était assez incroyable, parce que quelques heures plus tôt, on ne connaissait pas du tout Pénélope et Léopold. Et là, on parlait vraiment de tout, de sujets qu’on n’aurait pas osé forcément évoquer avec des amis proches. Mais avec Pénélope et Léopold, eh ben on osait. On osait parler de sexe, on osait leur demander des détails sur eux et sur leurs histoires. Oui, c’était rafraîchissant. Ça paraissait tellement simple avec eux.

Ouais c’était chouette, c’était pas du tout gênant. Une fois qu’on a commencé à briser la glace, ben, on parlait. C’était étonnant comment on arrivait à faire ça, à parler comme ça de notre voyage sexuel et émotionnel alors qu’on n’en avait jamais parlé à personne avant. En tout cas moi, en ce qui me concerne, j’en avais jamais parlé à qui que ce soit.

Je pense que le fait que nous deux on avait déjà réussi à éliminer pas mal de tabous entre nous, ça a aidé quand même. Parce que si on les avait rencontrés quelques années plus tôt, on aurait été trop gênés pour en profiter pleinement. Alors que là, on pouvait faire place à la curiosité, aux discussions ouvertes, aux rigolades. C’était cool.

Oui, le truc vraiment rigolo c’est que à chaque fois qu’on arrivait sur un sujet particulièrement chaud, où on utilisait des mots plutôt explicites pour décrire des situations vraiment excitantes, soit la serveuse arrivait, ou alors encore mieux, la musique s’arrêtait complètement, il y avait une pause entre deux pistes…

Et moi je ne m’arrêtais pas de parler.

Et nos conversations, en tout cas les bribes de conversations – qui ne laissaient aucun doute sur ce qu’on disait – pouvaient tout d’un coup être entendues par tous les clients et le personnel du bar. Heureusement, il n’y avait pas grand monde !

Et c’était toujours moi qui parlais à ce moment-là.

C’est possible, oui ! D’ailleurs, tu étais complètement à l’aise dans ces conversations.

Mmmh. J’étais en contrôle, j’étais rassurée.

Ah oui, il y avait l’hôtel, de toutes façons !

Non, j’avais pas réservé un hôtel, mais je savais qu’on pouvait aller à l’hôtel. Et les pauses dans la musique ça ne nous a pas empêchés de continuer à papoter, au contraire, parce que c’était drôle. Ça rajoutait un peu de piment. Je me souviens qu’on a parlé d’un tournage de film porno du point de vue du caméraman. Léopold, il avait eu l’occasion de faire ça une fois et il disait que l’acteur, il fait l’amour à l’actrice et l’actrice, elle fait l’amour à la caméra. Et lui, je crois qu’il avait bien aimé être celui qui tenait la caméra.

Qui arrivait malgré tout à tenir la caméra.

On avait aussi parlé de comment eux, ils avaient commencé leurs aventures libertines pas mal de temps auparavant avec un truc à trois d’assez longue durée avec une autre femme. On a parlé du coup de la bisexualité de Pénélope.

Oui et de la non-bisexualité de Joséphine. Mais ça, on en reparlera.

Mmmm On avait parlé du fait qu’ils racontaient leurs aventures à quasiment personne dans le monde « normal », parce que c’était leur petit jardin secret. Alors nous, on était super curieux, on posait plein de questions. Tout était complètement nouveau pour nous. C’était drôle, c’était un peu surréel. C’était même un peu libérateur de parler de choses comme ça. Et c’était un chouette moment partagé.

Ouais ! Tellement chouette qu’à un moment on s’est posés la question de… « Ben qu’est-ce qu’on fait après ? » Et si Pénélope n’avait pas dû se lever très tôt le matin suivant pour le travail, ben… on aurait presque pu finir dans une chambre d’hôtel !

Tu vois, j’avais bien fait de regarder.

Ouais, ouais, ouais, non mais en fait, je pense qu’on n’était pas prêts du tout. C’était vachement tentant. Je crois que malgré ce que je m’étais dit et les résolutions que j’avais prises avant cette rencontre, j’aurais pas osé mettre mon veto.

Tu vois, c’est pas si facile de dire non, hein !

Oui, je sais, mais peut-être qu’on aurait quand même pris cinq minutes avant pour discuter entre nous et…

Oui, peut-être, oui…

… dire que, hmmm, peut-être que c’était un peu rapide. Mais bon, si ça s’était passé, j’en n’aurais probablement pas mené bien large. Et toi, Madame « Je-veux-rester-en-contrôle », t’en pensais quoi ?

Eh bien pour moi, c’était très bien de prendre le temps, de ne pas se précipiter, même si on aurait pu prendre une chambre d’hôtel. Déjà, on avait pris un verre avec des inconnus, on avait parlé avec eux de plein de sujets dont on n’avait pas vraiment l’habitude de parler. Et oui, j’étais contente d’avoir rencontré ces inconnus. Ils étaient… oui, ils étaient normaux ! Ils étaient drôles, ils inspiraient confiance.

Oui ! Je crois que c’est ça le truc principal, c’est que c’était un couple complètement normal. Depuis le moment où on les a vu entrer dans le bar, on n’aurait jamais pu se douter qu’eux aussi ils s’inscrivaient sur un site de rencontres avec l’idée un peu saugrenue de passer des moments sensuels avec d’autres couples.

Oui !

Ils ne correspondaient pas du tout au genre de stéréotype qu’on pouvait associer à ce moment-là aux mots « libertins » ou « échangistes ».

Hmm-mmm.

Tiens d’ailleurs je me souviens qu’on a parlé avec eux aussi du milieu des clubs.

Ah, les clubs libertins ?

Ouais. Et eux, ils préféraient largement les rencontres privées, intimes, où on prend le temps de se connaître. Je crois qu’ils nous avaient dit qu’ils n’avaient jamais mis les pieds dans un club. Ouais, on dirait qu’on avait à peu près le même genre d’a priori sur ces endroits.

Oui. Ils avaient clairement plus d’expérience que nous, mais ils donnaient l’impression d’être prêts à mettre tout ça de côté et de se mettre à notre niveau, pour nous aider à découvrir le monde libertin tout en douceur, sans aucune pression.

Oui, c’était agréable. Bon, bref, au final ça s’est pas fait ce soir-là. De toute façon, après tout, on pouvait toujours aller braquer une banque, hein ?

Non mais n’importe quoi !!

Histoire d’utiliser le bazooka qui était dans le coffre et…

Pffff….

… être prêts à toute éventualité.

Non, on n’a pas fait ça. On a plutôt regardé nos calendriers. Et donc, le samedi soir…

Pour braquer une banque ?

Non ! À quatre.

« Braquage à quatre… »

Le samedi soir, deux semaines plus tard, ça convenait à tout le monde, donc on avait un peu de temps devant nous, on pouvait trouver un endroit un peu plus sympa qu’une chambre d’hôtel. Genre un Airbnb où on pourrait passer une soirée tranquille entre couples.

Ouais, et puis ça leur donnait le temps de se procurer un bazooka aussi.

Mais non, mais t’arrêtes ?

Le retour en voiture était… c’était rigolo, c’était enjoué ! On discutait beaucoup, tous frétillants de nos découvertes. On s’est même perdus, je crois. On parlait tellement qu’on s’en foutait complètement du GPS. On était tous les deux contents. Juste heureux d’avoir rencontré des gens bien, que ça ce soit si bien passé, qu’on ait eu des discussions qu’on n’avait jamais eues auparavant et on avait une date dans le calendrier pour se revoir.

Quand même, tout ça, c’était tout nouveau tout fou pour nous, donc on s’est posés pas mal de questions avant d’aller plus loin. On a commencé par se dire, bon, est-ce qu’on voulait vraiment faire ça ?

Oui, oui, parce qu’on s’était accordés sur une date, mais on avait toujours la possibilité de dire :

On pouvait toujours reculer.

« Bah, en fait, on a réfléchi…

En fait non !

… en fait, le bazooka est enrayé ! »

Bon, alors là, à la question « Est-ce qu’on voulait vraiment faire ça ? » On a dit oui tous les deux. Après, on s’est demandés quelles étaient nos limites ?

Grosse question. On avait deux semaines pour y penser mais…

On y reviendra parce que c’est une grosse question effectivement. On s’est demandés aussi est-ce qu’on voulait vraiment se lancer là-dedans avec Pénélope et Léopold ? Et là, on y a bien réfléchi, parce que si on avait rencontré Pénélope ou Léopold individuellement, on n’aurait pas forcément développé un crush pour eux. Ils sont très bien physiquement aussi, c’est pas juste des gens bien. Mais est-ce qu’on était suffisamment attirés pour aller plus loin avec eux ? ? Et quand je pose cette question-là, c’est surtout par respect pour Pénélope et Léopold, parce qu’il n’était pas question qu’on profite d’eux, qu’on les utilise pour notre première expérience libertine, s’il n’y avait pas tous les bons ingrédients entre nos deux couples et des deux côtés d’ailleurs.

En fait, je crois qu’on n’avait pas vraiment prévu que ça se passe aussi bien. On ne passait que quelques semaines en France et on s’était dit qu’on allait juste essayer de faire une rencontre, juste pour voir. Et on avait complètement pris en compte le cas « ça marche pas bien », « on rencontre des gens et puis on veut pas aller plus loin », ou alors « on rencontre des gens trop bizarres ». Le cas « ça marche pas », on était prêts ! Mais alors le cas « si ça marche très bien », ben on n’avait pas trop prévu, quoi !

Oui…

À la base l’idée c’était vraiment de rencontrer des couples, pas forcément d’aller jusqu’au bout. C’était quand même plutôt improbable que ça marche du premier coup. Enfin moi je ne m’y attendais pas vraiment, quoi ! En tout cas nous ce qu’on savait à ce moment-là c’est qu’on avait envie de les revoir. Eux ils savaient aussi qu’on quittait la France pas longtemps après mais ils étaient partants aussi. Et du coup on s’est lancés dans la recherche d’un petit nid douillet pour notre première soirée entre couples.

Donc entre la rencontre au bar et la soirée, on avait notre petit secret tous les deux. On se faisait nos plans en douce sans que les enfants ni les grands-parents se doutent de quoi que ce soit. C’était rigolo de faire ces préparations, que ce soit prévoir le repas qu’on allait mijoter et partager, ou alors imaginer ce qu’on ferait après le repas.

Attends, t’imaginais des trucs, toi ? Normalement t’as pas de fantasmes !

Non, non, c’étaient pas des fantasmes. Mais je me posais plein de questions sur comment ça se passerait, donc j’imaginais des mises en situation. Je me projetais pour être prête à réagir à toutes sortes de situations, mais ce n’était pas dans un contexte d’excitation, donc ce n’était pas des fantasmes.

C’était pour rester en contrôle, c’est ça ?

C’est ça !

Ouais, ouais, non, mais des mises en situation, pour moi, c’est des fantasmes quand même. Un petit peu…

Oui, mais ce n’était pas à vue excitative, donc… Ça se dit ?

Ouais ouais ouais… Moi de mon côté, j’assume, j’avais des vieux fantasmes qui étaient sortis de leur caverne, mais par contre je me projetais pas du tout sur ce qui pourrait se passer. Je me rendais compte qu’il y avait trop de choses qui pouvaient arriver et sur lesquelles j’avais aucun contrôle.

Hmmm.

J’arrivais pas à mettre des images dessus… J’avais envie de retrouver Pénélope et Léopold, de passer un bon moment avec eux et de reprendre nos conversations. Mais après, je savais pas. Peut-être que c’était plus simple parce que… il y avait clairement de la tension, du stress, de me retrouver face à l’inconnu comme ça, du coup, j’éludais. Je sais que les quelques nuits avant cette soirée j’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. J’arrivais pas à m’endormir le soir, ou alors je me réveillais super tôt le matin. Enfin, ce genre de truc qui m’arrive quand je suis en état de stress.

T’es sûr qu’il n’y avait que du stress parce que vu l’effet que ça te faisait et puis la façon dont on arrivait à te déstresser, ben ça m’empêchait de dormir aussi ! Je ne m’en plains pas d’ailleurs !

Ouais mais c’est peut-être un lien de cause à effet. Moi je ressentais bien le stress, hein ! C’est un peu comme avant un match important. L’anxiété de bien faire les choses, d’être à la hauteur, de ne pas décevoir mon équipe. Enfin, une sorte de trac qui te fait demander « Mais dans quoi tu t’es lancé, quoi ! » Et s’il ne vaudrait pas mieux, en fait, ne pas y aller à ce dîner… et trouver un tas de prétextes comme dans la chanson de Bénabar. Mais bon, moi je m’étais jamais laissé aller à abandonner mon équipe pour si peu. Et je n’ai jamais regretté – même quand on se prenait 40 pions. J’allais quand même pas laisser tomber Pénélope, Léopold et Joséphine ce soir-là. Ok, c’est vrai, il y avait un petit peu d’excitation,

Un petit peu !

on savait quand même très bien pourquoi on allait retrouver Pénélope et Léopold. Ça avait des répercussions sur notre libido. Je pense que c’était communicatif aussi, parce que…

Ah oui !

toi t’avais plus de libido, du coup moi j’ai dit « Wahou, cool ! »

C’était un bon moyen de déstresser.

Ouais ! Mais on ne s’attendait quand même pas à ce que ça nous fasse l’effet avant, hein ! C’était assez intéressant. Enfin, on s’est vraiment mis à faire beaucoup plus l’amour que d’habitude. C’était tous les soirs, non ?

Mmm-mmh !

Parfois même le matin au réveil, non ?

En plus, oui !

Avant que les enfants se lèvent ? Ou alors ils étaient levés, mais on s’en foutait ! Ça ne nous était pas arrivé si souvent que ça, auparavant.

Non, mais c’était sympa.

D’ailleurs, ce n’était pas évident à gérer pendant la journée, avec les enfants autour.

Oui !

On discutait aussi beaucoup.

Oui, parce que quand on ne faisait pas l’amour, on discutait loin des oreilles des petits, surtout le soir dans notre chambre.

On essayait de comprendre ce qui nous arrivait.

Alors, à un moment, moi, j’ai aussi parlé à Séraphine. Séraphine, c’est la copine à qui je racontais mes crushs, des années plus tôt. Donc, je l’ai appelée pour partager ce gros pas dans notre couple, ce projet un peu délirant dans lequel on s’embarquait. Et d’habitude, c’était elle qui me racontait ses histoires polyamoureuses. Moi, j’écoutais avec pas mal de curiosité. Et cette fois, c’est moi qui partageais des idées et des questions qu’elle ne s’était pas encore posées.

Mmh ! Ça a dû la surprendre un petit peu, non, quand même ?

Oh je sais pas, je pense qu’elle se disait qu’un jour, ça arriverait. Et puis, je l’ai aussi appelée pour qu’au moins une personne sache où j’étais, avec qui, et pourquoi. C’était un peu une précaution de sécurité qui ne m’avait pas franchement l’air absolument nécessaire, mais c’était rassurant. Et puis, c’était un peu plus facile de dire ça à Séraphine qu’à nos parents !

Oui c’est sûr ! Les parents, on leur a juste laissé les enfants et nous, on est partis vers l’inconnu…

Et une fois sur la route, juste nous deux, eh ben on a essayé de faire une sorte de briefing sur nos limites, histoire qu’on soit tous les deux à peu près en phase sur ce qu’on avait envie de faire, ce qu’on n’avait pas envie de faire, comment faire, etc. Donc par exemple, eh ben par exemple on a défini notre mot magique pour appeler à l’aide entre nous, celui que tu as oublié.

Oui, c’est vrai. On se disait qu’on ne se mettait pas la pression de faire des choses que l’un de nous n’est pas prêt à faire. Et ça a l’air tout simple, dit comme ça.

Bah oui, donc on l’a dit. On a aussi défini nos limites en termes d’activités sexuelles, donc pour nous il n’était pas question de faire de la domination, de la soumission, pas de fessée, pas de brutalité, pas de langage dégradant.

Oui sur ce point ils nous avaient rassurés, ils nous avaient dit : « Bon alors là, pas de souci, nous on est des Bisounours ! »

Oui, et c’est vrai… c’étaient des Bisounours !

Pour moi en particulier, J’avais pas vraiment de limites sur ce que je pourrais faire ou sur ce que les filles pourraient me faire. La seule chose c’était que je suis hétéro et que Léopold et moi on n’interagirait pas. Mais ça c’était à peu près clair depuis le début.

Oui, pour vous deux, oui. Pour moi en particulier, il y a quelques parties du corps qu’on ne peut pas me toucher : le creux jugulaire, là en bas du cou, le nombril et l’anus.

Mmm-mmh.

Après, on s’était dit aussi qu’on restait ensemble, en tout cas dans la même pièce, tout le temps. Et qu’on essayait de rester connectés.

On avait défini ce que ça voulait dire, « connectés », à ce moment-là ?

Non, non mais t’inquiète pas, ça viendra dans quelques épisodes. Minute papillon, un peu de patience !

Tant que ça respectait toutes ces limites dont on vient de parler, on ne se sentait pas vraiment limités dans le type d’activités sexuelles qu’on pourrait faire avec Pénélope et Léopold. Surtout que ça avait l’air complètement compatible avec leurs limites à eux, leurs limites de Bisounours. En gros, la conclusion – je ne sais même pas s’il y avait une conclusion mais c’était… – on s’était dit : « Ben on verra bien de toute façon, s’il y a un truc qui nous va pas, on le dira, tout simplement. »

Oui, « tout simplement » ! Mais bien sûr ! Comme si c’était si facile !

Oui, ou alors on dira le mot magique que j’ai oublié.

Oui ! En fait, on était vraiment des bleus, hein !

Oui… On rappelle qu’on n’y connaissait rien, on n’avait pas lu « Le Libertinage pour les nuls« .

Il existe ce livre ?

Non, je ne crois pas. Mais on va l’écrire.

Ah bon ?

Ouais. J’ai déjà fait la couverture. On n’avait pas écouté le super podcast « Si on osait », d’Hippolyte et Joséphine. On n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait se permettre de faire ou non. J’ai envie de dire, surtout vis-à-vis de nous-mêmes.

Oui, on ne se rendait pas compte du tout qu’il nous manquait quand même beaucoup de questions dans notre briefing. Et du coup, forcément, il nous manquait aussi des réponses.

Ouais, on se jetait là-dedans, on s’était pas vraiment renseignés en fait.

Non, pas beaucoup, c’est vrai.

Et je pense qu’il faut être honnêtes avec nous-mêmes, enfin avec Hippolyte et Joséphine de cette première soirée, ce qu’on voulait vraiment, ben on savait pas ! C’était vraiment le grand saut dans l’inconnu, quoi !

Oui, mais ce grand saut dans l’in-cul-nu, on le fera au prochain épisode.

Quoi ? Le saut vers l’in-cul-nu ?

Oui.

Non, mais t’es pas sortable ! Tu peux pas dire ça ! Il y a des enf… Ah non, il n’y a pas d’enfants qui écoutent, ça va, mais…

Non, j’espère que non.

On peut pas faire des blagues comme ça. C’est pas possible !

Bon allez, OK, je sors. Bon, à bientôt alors !

À bientôt !

Balisé avec :Premiers pas

012 | À la recherche d'une rencontre – nos premiers pas sur un site libertin

Hippolyte & Joséphine, le 11 septembre 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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012 | À la recherche d'une rencontre – nos premiers pas sur un site libertin
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Hippolyte et Joséphine ont sacrément envie de continuer à profiter du Permis de Séduire ensemble, mais il faut bien se rendre à l’évidence : trouver des candidats à l’expérimentation « dans la nature », ça va pas être simple.

Restent les apps. Hippolyte arrivera-t-il à monter un dossier suffisamment convaincant pour que Joséphine accepte de laisser ses a priori et idées préconçues de côté, et veuille bien créer un profil sur un « sitderencontpourcoupl » ?

Références:

  • L’indémodable site d’histoires érotiques Revebebe
  • Libertine par Mylène Farmer
  • Coluche, le coiffeur à Paris en vacances à Cajarc dans le Schmilblick, 1976
Marque-pages

00:00 Bonjour, c’est Joséphine … et Hippolyte !
00:55 Previously in « Osez Joséphine », heu non, « Si on osait… »
04:13 Le scénario rêvé mais pas vraiment vraisemblable
05:28 La suggestion d’Hippolyte pour aider le hasard
07:08 Les a priori de Joséphine
09:13 Un site de rencontres pour couples un peu plus soft que les autres
10:58 Création d’un profil
13:24 Et ajout de photos !
15:20 On, on est libertins !
17:07 Premières interactions et échanges
20:23 Une conversation prometteuse

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

et Joséphine !

Bienvenue dans un épisode avec encore des références musicales, des a priori, des photos et peut-être des rencontres.

Peut-être… Mais d’abord… Previously in « Osez Joséphine »

Non mais attends, mais c’est pas « Osez Joséphine », notre podcast. Notre podcast il s’appelle « Si on osait… » Ça fait 12 épisodes maintenant, c’est « Si on osait… » Bon, allez, recommence.

Je recommence.

Ça va marcher.

Previously, in « Si on osait… »

Ah ben voilà, ça y est, on peut commencer.

Yay ! J’ai réussi !

Donc, après cette soirée mémorable où on avait testé et apprécié une sorte de « Permis de Séduire Ensemble », Hippolyte et Joséphine, ici présents…

C’est nous !

… se rendaient compte que ce n’était pas si évident que ça de trouver des situations où on pourrait rencontrer un couple, jouer à se parler, se sourire, se séduire, et éventuellement un peu plus. Mais… Hippolyte et Joséphine ils avaient quand même pas mal envie de continuer à ressentir les effets positifs de tous ces moments et de refaire des soirées Gin Tonic.

Ah carrément !

Pour donner un peu de contexte, après le gros projet à l’étranger et la soirée Gin Tonic à l’épisode 10, le plan c’était de passer deux mois en France, à peu près deux mois, avant de rentrer chez nous pour de bon. Et on en profiterait pour revoir la famille, les amis, profiter de la bonne bouffe, du bon vin. Et forcément, on s’est dit que c’était un peu tentant de profiter de cette situation pour continuer à essayer de jouer à séduire et éventuellement faire des rencontres. C’était un peu plus facile en fait, parce qu’on n’avait pas la barrière culturelle, on n’avait pas la barrière linguistique. Et puis avec cette échéance de départ dans les prochaines semaines, au final on prenait peu de risques. Si jamais ça foirait, on pouvait se sauver en douce.

Oui, alors de mon côté, autant moi j’étais partante pour continuer à utiliser notre « Permis de Séduire Ensemble », quand et si l’opportunité se présentait, autant je me voyais mal chercher des situations ou alors des environnements où l’objectif premier, ce serait de séduire. J’avais quand même du mal à imaginer que d’autres gens pourraient avoir la même approche que nous. Et du coup, si on allait dans des environnements un peu propices à ce type de séduction, est-ce que les autres cherchaient un peu des trucs comme nous ? Ou est-ce qu’ils cherchaient plutôt un coup d’un soir ? Et est-ce que les deux moitiés du couple étaient partantes ? Voire même au courant ? Donc moi j’avais quand même pas mal d’a priori, j’avais du mal à les exprimer, j’y arrivais pas forcément.

On avait du mal à mettre les mots sur…

Ah, sur beaucoup de choses, oui !

On les met maintenant parce qu’on a réfléchi mais…

C’est plus facile !

mais à ce moment-là, ce n’était pas…

Moi, je voulais que ça continue à être une initiative que Hippolyte et moi on prendrait ensemble, où on serait tous les deux moteurs et où on inventerait ensemble ce dans quoi on se lancerait, plutôt que se retrouver suiveurs ou alors passifs avec un couple qui ferait ça pour s’envoyer en l’air.

C’est un peu comme la soirée où ça s’était fait naturellement, en fait !

Oui, bon ça s’est pas fait, hein, mais…

Non mais notre…

Oui, nos tentatives de séduction

Notre évolution s’est faite ensemble et naturellement. Et moi aussi, je pense que j’avais cette idéal en tête. On pourrait rencontrer un couple, on les inviterait à manger, ils viendraient tous les deux, cette fois.

Oui, ce serait pas mal.

Ils nous plairaient.

Ouais !

On leur plairait.

Oui, ça peut être bien aussi !

On passerait une bonne soirée ensemble, peut-être qu’on boirait un peu, il y aurait des regards, peut-être qu’il y aurait une deuxième soirée, au coin du feu, avec un peu plus de regards, une atmosphère qui se réchauffe un peu, des confidences ou bien des jeux qui tournent à « l’action ou vérité » version adulte et…

Attends, t’es en train de passer en mode Revebebe là !

C’est vrai, c’est pas faux. Ça ressemble bien à un scénario d’histoire érotique.

Oui, oui, je pense que t’es bien parti pour ça.

En tout cas, le genre qui me plaît. Au passage, on recommande toujours Revebebe. revebebe.free.fr dont on avait parlé à l’épisode 6, je crois. Il y a toujours des tas d’histoires vraiment sympas à chaque fois qu’on y retourne.

Et pourtant, c’est pas toi qui les écris. Enfin, je crois pas.

Non, non, j’ai pas de compte là-bas ! Bon, pour revenir à notre situation de la vraie vie, sans scénariste d’histoire Revebebe, c’était bien joli de s’imaginer des tas de choses comme ça, mais c’était un peu illusoire de croire que ça allait nous arriver.

Comme ça, rien qu’en attendant…

Du coup, j’ai pris mon courage à la pelleteuse, j’ai proposé qu’on aide un petit peu la chance. J’ai suggéré – d’ailleurs j’ai probablement suggéré plusieurs fois – qu’on regarde éventuellement si ça ne vaudrait pas le coup de voir si par hasard, si par hasard il n’y aurait pas, – sait-on jamais, hein – des « sitderencontpourcoupl »

Des quoi ?

Euh, des « sitderencontpourcoupl » !

Articule !

Des sites de rencontres, heu… « pourcoupl ».

Ah ça sort pas, hein !

Je rigole pas, j’ai probablement utilisé le même genre de formulation alambiquée pour faire croire à Joséphine que j’avais pas déjà regardé. Parce que bon évidemment je suis pas fou, j’aurais pas proposé ça si j’avais pas déjà regardé.

Petit cachottier, t’avais déjà regardé ! Tu fais bien la Sainte-Nitouche.

Eh bien, ceci dit j’avais bien fait parce que si on avait fait les premières recherches ensemble, je pense que ça n’aurait pas été bien loin.

Pourquoi ?

Les premières recherches de sites de rencontres que j’avais faites, eh ben on tombe sur des sites vraiment orientés très très cul, voire complètement porno.

Ah oui, non.

Et avec des profils vraiment très très explicites. À première vue, ça n’avait pas l’air évident pour nous de trouver un site où on avait un minimum de chance de rencontrer des gens qui étaient à peu près sur la même longueur d’onde, c’est-à-dire rencontrer et séduire avant de passer à la casserole…

Oui !

Ça n’avait vraiment pas l’air facile de trouver des choses qui seraient un peu moins intimidantes pour nous et surtout pour Joséphine qui y allait pas mal à reculons.

Ah oui, moi j’y allais, oui, à reculons. Parce que j’avais toujours cet a priori que les gens qui vont sur des sites de rencontres, surtout les sites de rencontres pour couples, – pardon, surtout les « sitderencontpourcoupl » j’y arrive pas ! – ils recherchent le sexe pour le sexe, sans poésie, sans tendresse, et… ben ça me rebutait. Et j’avais peut-être pas tout à fait tort, parce que sur les sites de rencontres, il y a quand même beaucoup de gens qui cherchent un coup d’un soir, qui veulent s’envoyer en l’air sans se poser de questions. Et je juge pas, hein ! mais… quand même moi, à ce moment-là, je mettais tout le monde dans le même panier. Hippolyte, lui, il était persuadé, – peut-être avec une plus grande ouverture d’esprit – il était persuadé qu’il y avait aussi d’autres gens qui étaient plus doux, plus « Bisounours ». Des gens qui…

Oui, moi je pense qu’il y a beaucoup de gens qui sont comme nous, tout le temps.

Oui, oui, c’est bien. Des gens qui nous conviendraient mieux, en fait. Bon moi je n’y croyais pas beaucoup, mais éventuellement, je voulais bien lui donner une chance de me prouver que je me trompais. Par contre, il fallait qu’il prépare un dossier qui tienne bien la route avant.

Eh ouais. Et en effet, j’avais fait le tri. Je ne le faisais pas vraiment que pour Joséphine le tri, parce que moi non plus, voir une paire de seins qui prend toute la photo, ou un zoom sur une vulve en train de se faire pénétrer par un pénis quand on arrive sur un profil, ce n’est pas vraiment ce qui titille le plus ma curiosité. Ça peut être joli et très excitant. Disons que ce n’est pas ce que j’ai tendance à avoir envie de voir en premier chez une femme ou chez un couple.

Oui…

Et en effet, les apps de rencontre, c’était pas mon rêve. C’était vraiment pas mon rêve du tout. J’avais le même genre d’a priori et d’inquiétudes que Joséphine. J’étais assez circonspect là-dessus. Et puis j’avais pas envie non plus qu’on se retrouve au milieu d’un catalogue de « viande » où les gens pourraient nous « swiper » ou nous « matcher ». Et encore moins si ça amenait à rencontrer des gens pas forcément bienveillants, qui voudraient en quelque sorte bizuter les petits nouveaux à la mode échangiste.

Ah oui, non… non, non !

Donc au final, j’en ai trouvé un de… « sitderencontpourcoupl » qui avait l’air beaucoup plus soft que les autres, et puis un petit peu plus orienté « couples », justement, que les autres. J’avais créé un compte gratuit, juste pour voir. ce qui donnait accès aux profils qui s’y trouvaient. Et puis, ce que j’avais vu, ça ne m’avait pas rebuté. Ça m’avait même plutôt agréablement surpris, parce qu’on n’avait pas trop besoin de slalomer entre des images de pénis en érection en gros plan, ou d’autres photos pornographiques pour trouver des profils de couples sympathiques, avec des belles photos artistiques, floutées, en noir et blanc, qui dévoilaient juste ce qu’il fallait pour qu’on ait envie de découvrir un peu plus, en fait. Et puis des intros un peu plus subtiles et avenantes que « Cherche chaudasse pour ce week-end » ou des trucs du genre. Du coup, j’étais content. Je pouvais montrer ce « sitderencontpourcoupl » à Joséphine-qui-y-allait-à-reculons. Et c’est passé.

Oui, c’est passé. T’avais fait un bon dossier. Le « sitderencontpourcoupl » que Hippolyte avait sélectionné, c’était apparemment un des sites les plus softs. C’était un des sites les plus accessibles pour nous qui étions quand même tout neufs dans ce monde-là. En plus, Hippolyte avait fait une petite présélection de profils et ça avait l’air bien. Les présentations des profils, elles avaient l’air… …. normales ! On y voyait des jolies photos, y compris des photos de gens habillés, avec des jolies silhouettes. Et je crois que j’avais besoin de ça en fait, pour envisager de passer au-delà de mes a priori négatifs.

De toutes façons, jusque-là, on ne prenait pas beaucoup de risques. On ne se mouillait pas trop, comme dirait l’autre. C’était gratuit de s’inscrire, de créer un profil, de mettre nos âges, nos préférences, nos orientations sexuelles. Hétérosexuels tous les deux, hein Joséphine ?

Ben oui, bien sûr. Pourquoi tu rigoles ?

Nos mensurations. Non, je déconne, il n’y a pas besoin des mensurations, ce n’est pas vrai. Et de mettre des photos. Donc au pire, on aurait perdu juste une soirée où on aurait bien rigolé.

Oui, alors on n’a pas dû mettre nos mensurations, mais il a quand même fallu qu’on coche quelques cases. Est-ce qu’on était prêts aux pratiques de mélangisme ou à l’échangisme, au côte-à-côte-isme ?

C’est vrai, on a appris des nouveaux mots.

Oui, on ne savait pas ce que ça voulait dire. Donc le côte-à-côte-isme, c’est quand deux couples font l’amour l’un à côté de l’autre, mais sans échanger les partenaires. Le mélangisme, là, les échanges de partenaires sont autorisés, sauf pour la pénétration. Et l’échangisme, les échanges de partenaires sont autorisés, y compris pour la pénétration.

Il y avait des nuances assez subtiles.

Ouais, il a fallu qu’on comprenne tout ça.

Mais on a coché toutes les cases, je crois.

Ouais, je crois.

On n’y connaissait rien !

On était prêts à tout.

On n’avait pas vraiment nos limites.

Non.

Et puis bon, il a quand même fallu rédiger un profil avec un petit texte pour nous présenter. Et vu que c’était un peu mon initiative, j’avais commencé à rédiger un brouillon pour notre profil. C’est venu assez vite, il n’y a pas eu besoin de beaucoup de corrections ni de réécriture, pour une fois. Ça racontait notre histoire en quelques mots, tout simplement, et on expliquait ce qu’on cherchait, ou en tout cas ce qu’on pensait chercher.

Oui, le genre de personnes qu’on envisageait de rencontrer aussi.

On était surpris que ce soit si facile en fait, que ça semble si naturel de pondre quelque chose d’assez personnel, alors que normalement, se vendre, on n’est pas super forts.

Non on n’est pas forts. Et ouais, t’avais été inspiré, et c’était vraiment bien. D’ailleurs, moi je suis pas sûre que j’aurais eu autant d’inspiration pour écrire un profil. Je pense que j’aurais été tentée de copier les autres profils un peu bateau, parce que je ne savais pas comment faire.

Mais moi, j’avais préparé depuis deux mois, donc…

Ah ouais ! Ah ouais d’accord.

Non, c’est pas vrai ! Non, non, ça, c’était pas vraiment pas pémédité l’écriture du profil.

Non, non, t’avais fait un chouette brouillon. Et du coup, on avait passé un moment sympa à préparer notre profil, même si je traînais un petit peu les pieds au départ. Et c’était agréable de raconter notre histoire, de la revivre un petit peu tous les deux, de choisir ce qu’on avait envie de dévoiler sur nous et puis ce qu’on ne disait pas.

Oui, c’est un bon souvenir cette soirée. C’était surtout cool de te voir doucement te prendre au jeu.

Ouais…

Et puis en plus il a fallu faire des photos.

Eh oui parce que… On avait fouillé dans nos photos récentes et on en avait très très peu de nous, encore moins des photos de nous deux ensemble. Parce qu’on a plein de photos des enfants, des paysages, mais alors des photos de nous, que dalle, parce qu’on se prenait jamais en photo. Donc il a fallu qu’on trouve un moment tranquille, quand les enfants étaient couchés, et on a bricolé un petit atelier photo dans la cage d’escalier.

Ça nous a pris trois plombes. En mode selfie, trouver le bon cadrage pour ne pas voir l’angle du mur ou l’applique murale ou une ombre… Avec flash, sans flash.

Avec sourire, sans sourire.

Aller chercher un projecteur et une rallonge électrique au garage pour avoir une « meilleure lumière ». Et tant bien que mal, on a réussi à prendre des photos de nos trombines qui ne faisaient pas trop peur malgré l’ambiance cage d’escalier. On a même fait une jolie photo de profil en gros plan qu’on pouvait publier sans être reconnaissables.

Oui parce que comme n’importe qui peut s’inscrire gratuitement sur le site et voir toutes les photos – en tout cas les photos qu’on a mis en mode public – on faisait quand même un petit peu attention à ce qu’on publiait. Parce qu’on connaît des gens en France, on n’avait pas très envie d’avoir des questions de nos amis, ou de la famille, ou d’anciens collègues. On sait jamais, hein, ils auraient pu aussi se trouver sur ce site, soit parce qu’ils étaient intéressés, soit parce qu’ils voulaient jouer à la brigade des mœurs. Et donc, les quelques jours qui ont suivi, on a essayé de se prendre en photo plus, pour un peu varier du cadre de la cage d’escalier, pendant qu’on se baladait avec les enfants. Ils n’étaient pas trop habitués d’ailleurs à ce qu’on prenne des photos de nous. Je ne sais pas ce qu’ils ont dû se dire en nous voyant se mitrailler l’un l’autre.

Ils devaient se dire « Non mais qu’est-ce qu’il leur prend aux parents ? » « Déjà ils font des cachoteries, en plus ils invitent des gens…

…qu’on connaît pas. » Ça va, ils avaient des enfants avec qui ils étaient potes.

C’est fou, parce que pour commencer à prendre des photos de nous, il a fallu qu’on s’inscrive sur un site libertin. Oh, ça y est, je l’ai dit.

T’as dit quoi ?

J’ai dit le mot, j’ai dit « libertin ». On était en train de créer un profil sur un site « libertin ».

« Libertin »… comme Mylène alors. 🎵🎵🎵 [« Libertine » fredonné] 🎵🎵🎵

Allez, c’est parti ! Petit intermède musical. Oui, parce que le site, c’était pas vraiment explicite sur le nom du site de rencontres, mais c’était bien un site libertin.

🎵🎵🎵 [« Libertine » fredonné] 🎵🎵🎵

Non mais tu ne vas pas chanter ça à chaque fois qu’on dit « libertin », si ?

Si si ! 🎵🎵🎵 [« Libertine » fredonné] 🎵🎵🎵

Ah ben si… Eh ben, on n’est pas rendus. Et dire que moi je ne peux même plus replacer ma spirale du plaisir et du désir…

Bon ok, je vais essayer de me tenir et de ne pas chanter trop.

Ok, on peut continuer alors. D’ailleurs, c’est peut-être pas plus mal que ce n’était pas vraiment explicite, parce que je ne suis pas certain que j’aurais réussi à te convaincre de nous inscrire sur un site avec le mot « libertin » dedans. Parce qu’à part la chanson de Mylène, enfin Joséphine Farmer, dans le monde normal, ce mot n’a quand même pas forcément bonne presse. Et c’est facilement assimilé à un univers un peu glauque et malsain, peut-être.

C’est vrai, ouais. Nous aussi, on faisait cette association-là. libertin = glauque voire malsain Et pour définir nos envies de séduire ensemble, on n’avait pas du tout pensé à ce mot-là.

Quel mot ?

Tu veux que je te le dise ? « Libertin »

🎵🎵🎵 [« Libertine » fredonné] 🎵🎵🎵 Donc voilà, c’était fait. On y était. Et bon, quel que soit le mot qui était rattaché, en fait, on s’en fichait un peu. Les étiquettes, c’est pas notre fort.

Non.

Et on n’avait jamais utilisé d’app de rencontre avant.

Non.

Donc on y allait complètement à découvert. Peut-être un petit peu naïvement aussi.

Oui, je pense clairement naïvement, oui.

On n’avait jamais vraiment communiqué avec des inconnus sur Internet.

Non.

C’était complètement nouveau. Un petit peu grisant. Surtout avec certaines premières interactions. « Oh, on a un bisou ! »

« Un bisou ? »

Ouais, un bisou. C’est un peu comme un like sur Facebook, mais façon « sitderencontpourcoupl » Bref, une fois inscrits, donc, une fois qu’on avait notre profil et nos photos, etc. on a fait une petite présélection de profils. On l’a fait avec quatre yeux, on l’a fait ensemble. Et c’était important qu’on fasse ça tous les deux ensemble,

Ouais !

pour que ce ne soit pas seulement l’un de nous qui s’en occupe.

Ouais, là j’avais pas besoin que tu viennes avec un gros dossier. Je pouvais participer à créer ce dossier.

T’étais un peu plus réchauffée à l’idée.

Ouais !

Et en plus c’était drôle. Finalement ça faisait pas si « catalogue » que ça. Et au final on a pris un peu plus de risques. Il y avait des profils vraiment sympas. Du coup on a payé un abonnement pour pouvoir leur envoyer des messages en essayant de rédiger des choses pour se présenter le mieux possible. Et là on s’est retrouvé un peu comme des ados tout excités, quoi !

« Oh regarde, on a une réponse ! » « Eh regarde, ils ont partagé des photos ! »

« Ouais ouais ouais attends-moi avant d’aller voir ! On fait ça ensemble ! » On faisait vraiment tout ensemble. On aimait bien voir nos réactions l’un et l’autre, en live.

Oui…

On rédigeait tout à quatre mains. Alors ça prend beaucoup de temps de rédiger un message personnalisé à quatre mains.

Ah oui, je confirme : on n’est pas toujours d’accord sur la façon de formuler les messages, ni sur la grammaire.

Oui… mais c’était sympa, on partageait un moment de complicité, même si…

On apprenait même à pas trop se disputer et à passer outre nos désaccords grammaticaux, voire stylistiques.

Faire des concessions.

Ouais… ouais, quoique.

Moi, je fais des concessions.

C’est ça.

Et ça s’est pas si mal passé que ça en fait. On a eu… On a eu pas mal de réponses. Je pense que tout le monde avait répondu. Et toutes les réponses qu’on avait étaient toutes sympathiques et bienveillantes. Et oui, parfois ça n’allait pas plus loin que quelques échanges, ou ça s’arrêtait après avoir échangé des photos. Mais c’était agréable.

Oui.

Je me souviens, il y avait un couple un peu plus jeune que nous, qui après quelques messages nous avait demandé « Mais qu’est-ce que vous cherchez exactement sur ce site ? » Ça nous avait un peu surpris à ce moment-là. Et on avait été tenté de répondre : « Ben la même chose que vous, grands dégoûtants ! » Comme Coluche ! On n’avait pas vraiment conscience que tout le monde ne cherchait pas exactement la même chose que nous en fait.

Oui, je crois que c’était les mêmes qui avaient peur de nous connaître déjà. Et ils avaient même des noms de scène.

Ah oui, je me souviens, oui !

Alors que pour nous, bon, certes, on avait un nom de profil un peu anonyme, mais à partir du moment où on commençait à discuter pour de vrai avec des gens, on utilisait nos vrais prénoms. On n’avait pas des noms de scène. Les noms de scène, c’est pas… Oui bon OK, d’accord, on en a maintenant pour le podcast avec Hippolyte et Joséphine, mais c’était pas du tout le même contexte.

Ouais, c’était pas aussi public. Il y avait aussi ce couple qui nous avait dit d’emblée qu’ils n’avaient pas encore franchi le pas du sexe pénétratif entre couples, donc de l’échangisme, et ça nous avait étonnés. On n’avait pas du tout pensé à ça, à ce type de limite en fait. Pour nous, l’intimité sexuelle, c’était vraiment pas défini par la pénétration ou non.

Oui. On avait des conversations un petit peu surréalistes avec des inconnus complets.

Oui ! Et puis un jour, on a reçu un message d’un couple à qui on n’avait pas écrit. C’était un message tout simple, agréable, des gens qui avaient bien aimé ce qu’on avait écrit dans notre profil, où on avait raconté notre aventure. Et ça nous a fait dire, « Ah tiens, pourquoi pas ? Ça pourrait coller. » On a transformé ça en conversation prometteuse.

Oui, mais comme d’habitude, on va vous laisser mariner et on vous racontera tout ça la prochaine fois !

Ah oui, comme d’hab ! À bientôt.

Balisé avec :Premiers pas

011 | Euh, t'as dit quoi hier soir déjà ? – un "Permis de Séduire" et d’être séduit

Hippolyte & Joséphine, le 4 septembre 2026 Laisser un commentaire

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011 | Euh, t'as dit quoi hier soir déjà ? – un "Permis de Séduire" et d’être séduit
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Après cette fameuse soirée révélatrice arrosée au Gin Tonic, et une remarque complètement inattendue – mais assumée ! – de Joséphine, des vieux fantasmes endormis d’Hippolyte ressortent de leur tanière, mais surtout on se découvre un « Permis de Séduire » et d’être séduit … en tous cas d’essayer ! À utiliser sous une condition : quoi qu’il arrive, on reste ensemble !

Références :

  • Les masques d’Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick (1999)
  • L’épisode 5 où Joséphine parle de son jouet vibrant
  • L’épisode 2 où l’on comprend que Hippolyte a très peu d’expérience en drague
  • L’épisode 9 où Joséphine révèle son addiction aux crushs intenses
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00:00 Bonjour, c’est Joséphine … et Hippolyte !
01:05 La soirée Gin Tonic et la réflexion de Joséphine
03:21 L’explication de Joséphine
04:34 La réaction d’Hippolyte
06:25 Le « Permis de Séduire » à deux
08:35 Les vieux fantasmes qui sortent de leur tanière
13:05 Les effets du « Permis de Séduire »
16:10 Une nouvelle ouverture aux rencontres
20:03 Cette liberté nouvelle…
21:49 … que l’on veut apprivoiser ensemble

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

et Joséphine !

Ça y est, on a enfin décuvé de notre soirée au Gin Tonic de l’épisode 10. Vous vous souvenez ? Après tout le temps qu’on a passé à avoir des tentations plus ou moins avouables, à droite à gauche, et de les avoir enfin avouées, d’en avoir parlé, et d’en avoir rigolé, il y a eu cette soirée bien arrosée.

On était bien hydratés.

Hydratés, je sais pas, mais… alcoolisés, c’est sûr. Il y avait un Hippolyte et une Joséphine, et un crush chacun. Un crush que Joséphine connaissait, mais moi j’en avais un nouveau.

Un crush tout nouveau, tout nouveau tout beau.

Et on s’est retrouvés à s’aider, à se soutenir l’un l’autre, mais malgré tous nos efforts – enfin surtout tes efforts, parce que moi j’en ai pas fait énormément, on est rentrés juste tous les deux. Mais avec une réflexion hautement philosophique, hein Joséphine ?

Oui, parce que ceux qui ont bien pris des notes au dernier épisode, ils s’en souviendront de cette réflexion, non ? En tout cas, il y en a un qui s’en souvenait ce matin-là.

Moi ?

Oui, toi !

Tu veux parler de moi ? Moi je m’en souvenais pas du tout.

Mooouuuais…

Attends, j’étais fatigué, j’avais bien bu, le réveil était vachement difficile. Les enfants ils avaient pas picolé eux, la veille, il fallait les réveiller, les emmener à l’école.

C’est vrai !

Et je crois que j’ai eu besoin d’une petite sieste pour récupérer après.

Moi aussi.

Du coup c’était pas vraiment le matin, c’était probablement le début d’après-midi quand je t’ai demandé : « Et t’as dit quoi hier soir déjà ? »

Tu t’en souvenais très bien.

Meuuuh… Pas du tout !

Oh si si !! En rentrant de cette soirée, moi j’avais dit : « Mais je sais ce qu’on aurait dû faire. On aurait dû leur proposer un truc à quatre ! »

Ah, c’était ça que tu avais dit… Heureusement que tu t’en souvenais, dis-donc !

N’importe quoi…

Bon, plus sérieusement, oui, t’avais dit ça.

Oui

Et en plus, tu étais suffisamment lucide au moment où tu l’avais dit pour t’en rappeler, le redire le lendemain matin sans te rétracter, en assumant complètement.

Bah oui, y’a pas de problème. J’aurais pas dû assumer ?

Non non, c’était très bien, y’a pas de problème. Et du coup, mesdames qui nous écoutent, il y a pas mal de trucs plus ou moins efficaces pour remettre en route le cerveau de votre mec le lendemain d’une soirée un peu trop arrosée. Mais alors lui dire que vous feriez bien un plan à plusieurs, c’est vérifié, c’est testé. Ça marche super bien. En tout cas pour lui. Bon après, il faut assumer, hein, mais… Non mais sérieusement, quand t’as dit ça, quelle mouche t’a piquée ? Tu y avais réfléchi avant ?

Ah non.

C’est venu juste comme ça ?

Ah oui.

Et pourquoi c’est venu à ce moment-là, dans ces circonstances, en te brossant les dents ?

Non mais je n’y avais absolument pas réfléchi avant. Moi je n’ai jamais fantasmé sur un truc à plusieurs, avec des inconnus. De toute façon, moi je n’ai pas de fantasme.

Ouais ouais ouais…

Mais j’avais toujours un problème avec l’idée de passer du bon temps avec un autre que toi, sans toi. Et je n’avais pas non plus eu envie que tu ailles t’envoyer en l’air avec une autre plutôt qu’avec moi. Et ce soir-là, nos crushs étaient simultanés. Donc avec un petit peu d’alcool, mon cerveau a trouvé une solution assez originale à ce double dilemme : mettre tout le monde ensemble.

En effet, c’est pas bête.

Ça marche !

Quand tu as picolé, tu réfléchis pas mal…

Et ouais.

Tu devrais faire ça plus souvent.

Picoler ou réfléchir ?

Ah, picoler.

En plus, ça résolvait aussi les risques que nos crushs se disent « Ah écoute, c’est très tentant, mais vous êtes un joli couple. J’ai vraiment pas envie de démolir votre couple. »

Si nos crushs étaient sentimentaux aussi…

Mais par contre, je n’avais pas du tout visualisé ce que ça pourrait donner tous ensemble dans un lit, comment on partagerait ça… Bref, tout ça quoi.

Alors moi, pour être complètement honnête, et ben moi non plus. Et quand t’avais parlé de faire un truc à quatre, ce soir-là, comme je disais, j’avais pas vraiment relevé…

Oh, juste le lendemain matin, t’as relevé quand même.

Oui euh…. C’est pas passé, mon air innocent ?

Je suis habituée…

Moi j’avais pas du tout compris comme, bon bah à la fin on pourrait se retrouver à faire l’amour les uns à côté des autres, voire même à quatre tous ensemble.

Oh attends, présenté comme ça, là, maintenant, je trouve ça très tentant !

Oui je sais… Et la possibilité de se retrouver avec d’autres personnes que Joséphine, nus dans un lit ou sur un canapé ou un truc confortable, et faire des trucs avec eux, ça ne m’était vraiment pas venu à l’esprit. Pour moi, quand tu l’as dit, à ce moment précis, c’était passer un moment agréable, en bonne compagnie, échanger des regards…

C’est pas incompatible…

… éventuellement flirter. Oui non mais… Peut-être effleurer une main, une épaule, un dos. Mais alors de là à aller plus loin, pour moi c’était dans le domaine de l’imaginaire complet. Et je sais que même si tout s’était superbement bien passé ce soir-là avec « ma » serveuse, je crois pas que j’aurais été vraiment prêt à consommer quoi que ce soit d’autre que du Gin Tonic. Et d’ailleurs je dirais même plus : si j’avais osé faire des avances un peu plus explicites et si elle y avait répondu,

Faire des avances tout court, quoi.

Ouais, c’est ça. J’aurais probablement été terrorisé et j’aurais pris mes jambes à mon cou. Et en fait, que ce soit avec mes crushs d’avant ou avec la serveuse, je crois que je me projetais quasiment jamais sur le côté sexuel.

T’es sûr ?

Non, c’est pas tout à fait vrai. Il m’est arrivé une ou deux fois d’imaginer des trucs avec Églantine.

Ah quand même…

Ouais… Je crois que ce que je retiens de cette soirée en fait, c’était une sorte de « Permis de Séduire », qu’on s’était accordé réciproquement, et la liberté qu’on avait de succomber au charme d’une inconnue.

Ou d’un connu !

Oui, d’un connu, oui, je parle pour moi… sans vraiment mettre notre relation en péril. Ça donnait un espèce de cadre un peu sûr où je risquais ni de m’éloigner de Joséphine, ni de la voir s’éloigner de moi, mais tout en s’amusant et en se laissant un petit peu aller.

Oui !

Et les sensations apportées par ce genre d’émotions, les émotions que j’avais eues en aidant la serveuse à faire des cocktails, et en la regardant, c’était vachement agréable ! J’en redemandais en fait. Et l’autre truc aussi, c’est que je m’étais rendu compte pour de vrai, en situation, que j’étais prêt à voir Joséphine avoir le même genre d’émotions pour d’autres hommes. Et la condition c’était qu’on soit ensemble et puis qu’on se dise tout, qu’on se raconte tout.

Moi aussi, j’avais vraiment bien aimé cette complicité qu’on avait poussée encore plus loin.

Oui, parce qu’avant, c’était par procuration.

Oui, on se racontait les choses, mais là, on le vivait en même temps. On prenait chacun des nouvelles de l’autre et des tentatives de séduction sur Barnabé ou sur la serveuse. On s’encourageait l’un l’autre. Et quand Hippolyte revenait avec deux verres de Gin Tonic et un sourire un petit peu bête sur son visage, moi, je savais que quand il serait assez proche de moi, il me raconterait ce qui avait déclenché ce sourire. C’était chouette. J’aimais bien aussi faire équipe avec Hippolyte pour essayer d’intercepter Barnabé. C’était grisant parce qu’on s’autorisait le jeu de la séduction et ce jeu de la séduction, on n’y jouait plus depuis bien longtemps…. On se lançait dans une autre aventure, une aventure qu’on partageait tous les deux ensemble.

Oui, moi j’avais vraiment envie de continuer un peu sur la même lancée, de prolonger ce qu’on avait vécu ce soir-là et un petit peu avant, avec des crushs qu’on pourrait avoir, qu’on pourrait vivre ensemble et puis les partager. Bon, j’avoue aussi que je suis un mec un peu comme tout le monde. Ce matin-là, quand on en a reparlé, il y a des vieux fantasmes que j’avais plus ou moins remisés dans un placard où je nous imaginais, Joséphine et moi, avec un autre homme ou avec une autre femme.

Ah bon ?

Et tout d’un coup, ils sont sortis de leur hibernation, tel l’ours des cavernes.

Peut-être un petit peu plus doux que l’ours des cavernes, quand même ?

C’est très doux, un ours des cavernes.

Ah oui ? C’est pas grognon ?

Mmmmpfff… Pas tous ! Je t’en avais parlé d’ailleurs, je crois, un jour et la discussion avait été… comment dire ? Courte et ferme.

Non, moi, l’ours des cavernes, à ce moment-là, je n’étais pas réceptive.

Il était bien endormi…. C’était le milieu de l’hiver et il fallait pas le réveiller…. Et du coup, ces fantasmes, ils étaient vite fait bien fait retournés dormir dans leur tanière. Ils n’osaient pas trop sortir de peur de se prendre une réponse encore plus ferme : « Retourne dans ta tanière !! »

Moi j’ai pas de fantasme, enfin en tout cas pas de fantasme sans contexte. Donc imaginer un truc à trois ou quatre, ça veut dire inclure d’autres gens dans mes scénarios et j’avais jamais eu de candidat ou de candidate qui pourrait marcher pour ça.

Parce que tu faisais quand même des scénarios avec juste une personne.

Oui mais avec des vrais gens.

Donc t’as peut-être des fantasmes.

Je sais pas. En fait, moi, je n’ai pas de problème pour me faire des scénarios, genre de comment j’irais approcher Barnabé ou ce qu’on se dira. Et pour ça, je n’ai pas vraiment besoin de lui demander son consentement. Mais par contre, ça me bloque de faire des fantasmes sexuels sans que mon héros, en face, il puisse accepter ou refuser ou sans qu’il puisse y ajouter son grain de sel, prendre des initiatives. C’est quand même mieux s’il joue aussi !

Oui, mais il faut juste lui demander. « Est-ce que ça t’embête si je rêve de toi ? »

C’est vrai, on pourrait faire ça. Tu me passes son numéro ?

Pas de problème.

Mais d’ailleurs, ça s’applique à toi aussi, cette idée des fantasmes. Parce que moi, je n’ai pas de fantasme avec toi. Par contre, au beau milieu de nos ébats, là, j’aime bien dire ce qui me fait envie, là, à ce moment-là, tout de suite, et puis voir où ça nous mène ensemble.

Oui, c’est vrai, des fois, tu as des velléités de metteuse en scène.

Oui, mais ensemble, et tu peux…

Sur le coup.

Ouais, sur le coup, et il faut que tu joues aussi. Tu ne fais pas la marionnette. Donc, ces fantasmes de trucs à trois ou quatre, moi, je n’en avais pas. Il n’y avait pas d’ours dans la tanière. Et je n’étais pas tentée par les films porno à plusieurs non plus, ni par les partouzes décadentes, ni par des orgies de type Eyes Wide Shut.

Parce que moi, dans ces fantasmes endormis dans leur tanière, ça n’avait rien à voir avec des partouzes décadentes ou des orgies à la Eyes Wide Shut C’était toujours très sensuel, toujours très doux.

En fait, c’était la tanière des Bisounours.

C’est ça, c’était un gros Bisounours qui était endormi au fond de sa tanière. Et ce genre de truc un peu porno, ça ne m’a jamais vraiment fait fantasmer. Surtout dans Eyes Wide Shut, ils ont des masques, ça ne doit pas être pratique. Il y en a même qui peuvent être dangereux.

Les masques ?

Oui, avec leur gros nez. Mais bon, c’est vrai, j’avais déjà imaginé des trucs et ils se sont soudainement rappelés à mon bon souvenir. Et ça a eu un effet assez positif sur mon excitation en imaginant te voir avec un autre homme notamment, – et aussi éventuellement avec une autre femme, mais si j’ai eu des visions de serveuse et de Joséphine ensemble, je les gardais bien pour moi.

Ah ? OK…

Jusqu’au moment où on a préparé cet épisode. Et même si ces fantasmes se réveillaient de temps en temps, jusque là, c’étaient des fantasmes dans le placard « complètement impossible, qu’on fera jamais ». Et puis c’était bien comme ça, il n’y avait pas de problème. Et tout à coup, cette réflexion, ça devenait quelque chose qui pourrait arriver un jour. Ils se sont retrouvés dans le placard « un jour peut-être ? ».

Genre le printemps arrivait, ils allaient peut-être pouvoir se réveiller.

C’est ça. Ils avaient faim. Mais en tout cas, ce qui est certain, c’est qu’ils ne se sont sûrement pas retrouvés du jour au lendemain en haut de la liste des trucs dont j’avais envie là tout de suite, il fallait les faire. Si jamais ça arrivait un jour, je dirais vraiment pas non, pas de souci. Mais ce qui me faisait rêver, ce n’était pas des scénarios sexuels. C’était les émotions, les frissons, les rencontres, la possibilité d’aller un peu plus loin. Et c’est ça qui me plaisait et qui me faisait vibrer.

Attends, dans tes fantasmes, tu avais des jouets vibrants toi ?

Mais tout de suite, on parle de trucs qui vibrent, ça y est, tu repars à l’épisode 5.

Ah ben oui ! Moi ça m’intéresse les trucs qui vibrent. Bon, après cette soirée Gin Tonic, on avait donc envie de continuer à utiliser notre « Permis de Séduire » ensemble. Ceci dit, moi, il m’a fallu un petit peu de temps parce que j’étais toujours obnubilée par Barnabé. Mon radar à Barnabé, j’avais du mal à l’éteindre. Et dès que je sortais dans la rue, je regardais partout si par hasard il ne serait pas là-bas à une terrasse de café ou sur le trottoir d’en face. En fait, je n’avais pas digéré ses mots creux. Et j’aurais bien aimé le voir une autre fois et qu’on puisse se dire au revoir sur un sourire ou sur des mots moins creux… Bref, ça m’obsédait un petit peu. Peut-être aussi que je ressentais l’urgence d’une dernière opportunité parce qu’il ne nous restait plus que quelques jours dans cette ville-là, qu’on allait quitter, que Barnabé allait quitter aussi. Et puis, il n’y en a pas eu de dernière opportunité. Je n’ai pas revu Barnabé du tout, depuis la discussion dans les escaliers en sortant de la soirée Gin Tonic – si on peut appeler ça une discussion. En fait je crois que ça m’a fait du bien qu’on parte ailleurs. Dans des endroits où il n’y aurait aucune chance de croiser Barnabé. Parce que là, j’ai enfin pu me défaire de cette obsession. Là seulement, j’ai pu reconsidérer l’idée qu’on pourrait peut-être profiter encore du « Permis de Séduire » ensemble.

Oui, c’est vrai, toi, tes crushs, ils ont tendance à se calmer quand tu t’éloignes.

Ah oui, la distance, ça fait du bien, oui.

Pour moi, c’était un peu moins difficile de passer à autre chose quand même. Il y a eu quelques jours où je regardais partout, tout le temps, autour de moi, au cas où la serveuse était dans le coin. Mais bon, j’avais été un peu moins téméraire que Joséphine, qui, je le rappelle, avait quand même touché l’avant-bras de son crush.

Ah oui…

C’était le moment… le paroxysme de la soirée.

Oui, par contre, il est tombé après parce qu’il a parlé.

Et du coup, j’étais un peu moins investi émotionnellement. Et puis il n’y avait plus Carla, il n’y avait plus vraiment Églantine. Mon cœur était à prendre en quelque sorte.

Ah… Euh…

Enfin, façon de parler : mon deuxième cœur. Celui qui avait un compteur tout neuf.

Oui, OK. Ça me va.

Et en fait, ça m’avait donné envie de rencontrer des gens. Normalement je suis un garçon plutôt réservé, et rencontrer des nouvelles personnes j’y arrive à peu près, mais c’est souvent parce que j’ai pas le choix, parce qu’il faut vraiment, et je le fais pas vraiment volontiers. Et là, tout à coup, j’avais vraiment envie de rencontrer des femmes, même de trouver des prétextes pour engager une conversation avec elle, surtout si elle avait des chances de me plaire.

Oui, pas n’importe quelle femme quand même.

Oui c’est ça, mais c’était assez nouveau pour moi cette sensation. J’arrivais même parfois à avoir envie de faire du small talk, à parler de la pluie et du beau temps, voire même à faire une petite blague pour faire sourire. Moi qui n’avais jamais trouvé quelque intérêt que ce soit à des discours sans profondeur. Et aussi, j’avais envie de regarder les gens dans les yeux, regarder une femme dans les yeux surtout.

Oui, les femmes, surtout, pour toi, je pense…

Et à réussir à soutenir leur regard, ça c’était un truc que j’arrivais pas à faire. J’avais pas forcément la confiance en moi suffisante pour faire tout ça, mais j’avais la volonté et c’était sympa.

Oui, ça c’était nouveau.

D’ailleurs, quelques jours après avoir plié bagage et commencé les vacances, tu n’étais pas avec moi. J’étais parti faire une balade en montagne. Il y avait des parapentes qui partaient de la montagne en question et il y avait un couple avec une très jolie femme blonde. Elle avait un appareil photo de pro, Elle mitraillait les parapentistes qui s’élançaient. Avant qu’ils partent, elle leur donnait son numéro – parce qu’après, une fois qu’ils partent, c’est un peu plus difficile. Elle leur donnait son numéro pour qu’ils puissent se contacter sur WhatsApp et qu’elle puisse leur envoyer des belles photos en haute résolution. Moi, je lui avais juste souri. Tiens, d’ailleurs, oser sourire à des belles inconnues, c’était complètement nouveau aussi. J’osais pas, avant. Mais par contre, j’avais pas osé l’approcher pour lui demander si moi aussi, je pouvais avoir les photos.

Surtout son numéro, quoi !

Oui, c’est vrai, mais j’avais mon téléphone et ça ne prenait pas des photos terribles. Et oui, auparavant, imaginer demander son numéro comme ça à une femme, c’était hors limite pour moi. Ce n’était pas possible. Et oui, certaines vont probablement me dire que c’est parce que j’étais timide…

« Certaines », c’est moi, c’est ça ?

Oui, c’est ça.

Tu étais timide, c’est pour ça que tu n’y es pas allé.

Je suis encore timide, je pense. Il y a certainement une part de ça. Mais l’autre truc, c’est que tu n’étais pas avec moi, en fait. Tu n’étais pas au sommet de la montagne avec moi, je pouvais pas…

Non, pas ce jour-là.

Ce n’était pas du jeu, si je me mettais à dragouiller sans toi, quelqu’un qu’on ne connaissait pas.

C’est vrai que c’est plus drôle ensemble.

Et de mon point de vue, ça me faisait aussi passer pour le stéréotype du dragueur qui veut tromper sa femme quand elle n’est pas avec lui.

Alors que pas du tout.

Alors que pas du tout. Elle était d’accord.

Si on se balade avec une banderole ou un T-shirt…

C’est ça.

« Vas-y Hippolyte ! »

Ou alors quand t’es avec moi, ça me pose beaucoup moins de problèmes. Et puis en plus, il n’y avait personne pour me coacher et m’encourager. Petit rappel aux auditeurs qui n’ont pas forcément écouté l’épisode 2. J’avais très très peu d’expérience avant Joséphine. Et alors en drague, j’étais nul quoi.

Alors que moi, c’est bien connu, je suis vachement forte.

Ouais, un peu plus que moi, quand même.

Non, j’avais eu un peu plus d’expérience.

Et moi, dans ces cas-là, j’avais un peu besoin d’un coach,

Ouais, je t’aurais bien coaché.

Enfin, d’une coach. Mais toi aussi, t’avais rencontré…

Ouais, mais t’étais là, cette fois, toi.

C’est vrai.

T’étais peut-être 50 ou 100 mètres plus loin. On était allés au terrain de jeux avec les enfants et nos enfants avaient commencé à jouer avec d’autres enfants. Et il y avait leur papa avec eux. De loin, il avait l’air pas trop mal, donc je m’étais approchée de lui et j’avais commencé à papoter.

Je ne sais pas si on en avait parlé avant nous deux.

Je ne suis pas sûre.

Quand je l’ai vu, j’ai pensé à ça aussi. Je me suis dit : « Peut-être qu’il a une femme ? »

Donc je m’étais rapprochée et de près, ça allait aussi. Il n’était pas dégueulasse. Ils venaient juste d’arriver dans la région. Ils ne connaissaient personne encore, comme nous. Il n’y avait que le papa aux jeux. Il avait l’air sympa. Donc je me suis dit, « Écoute, viens prendre l’apéro avec toute la famille, on fera connaissance. » Et dans « avec toute la famille », l’idée, c’était qu’il vienne avec sa femme aussi, évidemment.

Bé oui !

Malheureusement, c’est un peu tombé à l’eau parce qu’un de leurs enfants était malade et du coup, Madame n’a pas pu venir. On a juste fait un apéro amical, c’était sympa, mais peut-être que si sa femme avait pu venir et si elle avait été bien, et ben… Je sais pas. On ne saura pas.

En y repensant, je me dis que c’est peut-être même cette rencontre-là qui nous a aussi fait envisager la possibilité qu’on pourrait aussi, tout simplement – « tout simplement » ! – rencontrer un couple.

Oui, plutôt qu’un Barnabé et une serveuse dont on ne sait pas s’ils se plaisent aussi.

Et pour le coup, c’est toi qui avais pris l’initiative d’aller à sa rencontre. Peut-être que tu avais une idée derrière la tête en allant le voir…

C’est pas impossible.

Après, on était bien d’accord qu’on voulait les inviter tous les deux. Et puis on avait une très bonne raison pour les inviter tous les deux. Comme quoi…

Si ils savaient…

Ils pourraient savoir, remarque, t’as encore son numéro ?

Euh… oui.

On pourrait leur envoyer le podcast, non ? Voilà ! « Coucou, c’est nous, vous vous souvenez de nous ? » Ça pourrait être drôle.

Je ne sais pas si je suis prête à faire ça.

Donc voilà où on en était. On avait cette liberté nouvelle, la liberté qu’on se donnait l’un à l’autre, de voir si on arrivait toujours à plaire à des gens. Un peu comme le « I’ve still got it » de Rodéric.

Oui !

Ça nous amusait pas mal. On élaborait des traquenards, prémédités ou pas,

On en a fait un seul !

C’est vrai. Et puis ça a raté en plus… … pour augmenter nos chances de faire des rencontres intéressantes éventuellement. On avait les yeux grands ouverts, pour repérer des gens attirants autour de nous.

Ah oui !

On essayait d’avoir l’air attirants aussi.

Oui !

C’était rigolo. Pas juste l’un pour l’autre.

Mais aussi l’un pour l’autre.

Quand on croisait des gens attirants dans la rue, on se faisait des clins d’œil ou des remarques. Mais bon, il faut quand même se rendre à l’évidence : si on rencontrait des candidats ‘crushables’…

On invente des mots aujourd’hui.

C’est loin d’être gagné quand même, parce que déjà, il faut arriver à les faire venir prendre l’apéro tous les deux chez nous. Et puis après, il faut encore qu’ils soient ouverts aux mêmes genres de jeux de séduction que nous. C’est quand même assez improbable !

Ouais, un petit peu.

Mais bon, dans l’état dans lequel ma serveuse m’avait laissé, ça ne calmait pas mes nouvelles velléités de rencontres, et je me demandais un petit peu comment on pouvait en provoquer un petit peu plus, et maximiser les chances de retrouver le genre d’émotions qu’on avait eues pendant notre soirée Gin Tonic. En fait, c’était un petit peu comme la drogue dont parlait Joséphine dans ses confidences.

Oui… Joséphine la junkie…

C’était quoi ? C’était l’épisode 9, c’est ça ?

Je crois, oui.

J’avais eu ma dose de dopamine. Et puis j’en aurais bien repris une petite lichette. Et avec un peu de recul – qu’on n’avait pas forcément à ce moment-là –

Ah non, qu’on n’avait pas du tout !

Dans cette soirée, je pense qu’il y a un truc vraiment important qu’on a compris, c’est que quoi qu’on fasse, on voulait être ensemble.

Oui, même si on faisait rien d’ailleurs !

Oui, même s’il ne se passait rien…

C’était bien quand même d’être ensemble.

C’était vraiment drôle. On rigolait bien. On était complices dans l’interdit. Et puis par-dessus tout, on appréciait de voir l’autre apprécier. Et c’était probablement pour ça qu’on se sentait encore plus libres de se laisser aller à apprécier les autres.

Oui, de « crusher ». Bon, sur ce, il va falloir qu’on laisse nos auditeurs ici avec toutes ces questions pleines de suspense…

… Et de philosophie.

Oui. Hippolyte aura-t-il sa petite lichette de dopamine ? Joséphine et Hippolyte vont-ils élaborer un autre traquenard un peu plus réussi ? Est-ce qu’ils pourront un jour se dire « We’ve still got it ! » ?

Ouais, enfin moi, jusque là, j’avais pas encore eu le « got it » du tout.

On vous retrouve au prochain épisode pour des bribes de réponses.

Allez, attendons les bribes.

À bientôt !

À bientôt !

Balisé avec :Premiers pas

009 | Des attractions à effets multiples – comment nos tentations extra-conjugales nous ont rapprochés

Hippolyte & Joséphine, le 21 août 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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Hippolyte était attiré par d’autres femmes. Joséphine trouvait d’autres hommes très appétissants. Et Hippolyte et Joséphine en parlaient enfin ! Ou comment se débarrasser de la culpabilité et développer encore plus de complicité en invitant ces tentations – et de nouvelles questions – dans nos discussions…

Marque-pages

00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
01:05 Les effets des tentations inavouables
01:35 Des tentations un peu coupables pour Joséphine…
04:31 … mais beaucoup plus douces et sereines pour Hippolyte
07:50 Crushs, énergie de nouvelle relation et mise en perspective
09:52 Une nouvelle façon d’être complices
13:50 Le polyamour de nos copains Séraphine et Théophile
15:05 Et nous alors dans tout ça ?

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

… et Joséphine !

Bienvenue dans cet épisode où, après vous avoir raconté les films que Hippolyte se faisait avec Carla et avec Églantine, et ceux que moi, je me faisais avec Joachim, Rodéric ou bien Barnabé, eh bien on va vous parler de toutes les questions que ça nous a posé et des effets que toutes ces tentations extra-conjugales ont eu sur notre relation à nous deux.

Oui… On aurait pu s’imaginer qu’elles allaient nous éloigner, nous faire réaliser qu’en fait, après tout ce temps ensemble, on serait plus attirés par des nouvelles aventures que par la nôtre. Mais comme vous avez peut-être pu vous en rendre compte, non seulement on est toujours ensemble…

Eh oui !

… mais en plus, ben on fait un podcast ! Non… Mais en plus, et ça c’était plutôt inattendu, partager toutes ces histoires nous a surtout rendus plus complices. Ça nous a fait rire, ça nous a libérés de nos non-dits, de nos culpabilités.

Oui, même si c’était pas forcément évident de se mettre à en parler, parce que justement, ces tentations étaient encore coupables. Coupables parce que, même si aucun de nous n’a commis d’adultère — oulala le gros mot — on s’est chacun projetés dans des relations avec un ou une autre en secret. Et ça, c’était pas du tout compatible avec notre idée du couple qui va bien, un couple où la confiance règne, où on se fait pas de secrets de ce genre-là.

Oui, alors moi je ne me reconnais pas complètement dans les projections en secret, hein ! Mais vas-y raconte, enfin moi je raconterai mon point de vue après.

Alors pour moi, ces crushs, ça m’apportait des sensations vraiment intenses, qui allaient bien au-delà de ce que la vie normale peut apporter. Et je m’y plongeais comme on sombre dans la drogue. Comme avec une drogue, je passais par des sensations qui étaient ultra intenses et je me sentais vivre à 200%. C’était pas seulement positif, d’ailleurs, quand je me sentais vivre à 200%, mais je cédais à ces sensations.

Juste pour info, Joséphine ne s’est jamais droguée, donc c’est pas forcément…

Oui, donc je me fais des idées sur la drogue. Vous pouvez me corriger, si vous savez. Et je luttais aussi avec le bon sens, avec mes valeurs et avec mon respect et mes sentiments pour Hippolyte. D’ailleurs, j’imagine — encore une fois, j’imagine seulement mais j’imagine — que c’est le cas pour tous les drogués. C’est quand l’envie de ressentir toute cette intensité, cette façon de vivre à 200%, empêche de respecter nos valeurs, qu’on commence vraiment à avoir des problèmes. C’était bizarre d’ailleurs parce que j’imaginais qu’avoir un crush, ça m’éloignerait d’Hippolyte. Ça serait tout simple en fait : je choisirais, ce serait soit Hippolyte, soit le crush, et en fait pas du tout. Je découvrais que la relation avec Hippolyte, elle était toujours aussi importante pour moi, voire plus. Et que mon petit cœur, il pouvait se projeter simultanément avec Hippolyte et avec un crush. Et pourtant, je savais bien que si Hippolyte se rendait compte de mes crushs, ça lui ferait du mal. Beaucoup de mal. Et ça, c’était hors de question. Il est beaucoup trop bien pour que je le fasse souffrir.

Mais comment tu savais que ça me ferait du mal ? Tu ne m’as même pas demandé.

C’est vrai.

Tu projetais tes peurs sur moi ? Ou… enfin.. Tu me diras, forcément, on parlait pas vraiment à ce moment-là, mais…

Ouais, ça aide pas ! Pour moi, tout ça, c’était incompatible avec mon respect et mes sentiments pour toi. Et j’avais beau me rendre compte que ça réduisait pas mes sentiments pour toi, je ne voyais pas pourquoi toi, tu me croirais. Donc, je cachais ma drogue et puis je me sentais coupable. J’étais encore plus coupable parce que ma solution à ce problème de drogue, ce n’était pas de me sevrer, mais c’était de cacher mon addiction.

Tu dis ça comme si tu étais une vraie junkie, dis donc !

Mais carrément.

Moi je n’avais jamais réalisé que c’était aussi impulsif, aussi violent pour toi ! Enfin aussi… comment dire … aussi intense.

Oui, c’était fort !

Moi de mon côté j’avais l’impression que mes crushs c’était beaucoup plus doux, c’était plus régulier, c’était plus serein. C’était fort, hein ! Mais c’était apaisant. C’était pas fatigant émotionnellement.

Ah oui… C’était pas pareil. Moi c’était intense mais pas tout le temps.

Moi je crois que — pour revenir sur la culpabilité — je crois qu’à aucun moment j’ai vraiment ressenti ça. J’ai jamais ressenti de choses très négatives en rapport à ces crushs. J’avais pas besoin de me battre. J’étais pas tiraillé entre une force positive, une force négative et une grosse baston entre un petit ange et un petit diablotin. Il y avait… Il y avait deux forces positives en fait, elles étaient incompatibles. Et je savais qu’il y en avait une de laquelle je voulais pas m’éloigner. Et pour moi c’était surtout le fait de ressentir quelque chose pour quelqu’un d’autre. Ben ça m’éloignait de toi. C’était peut-être « pas bien » moralement, enfin on va dire vu de l’extérieur, mais… mais moi intérieurement, je savais que je voulais pas m’éloigner de toi et mon souci c’était d’abord que tu t’imagines pas que je veuille m’éloigner de toi, en fait…

Mmmh

Et ça l’emportait à tous les coups, il n’y avait pas photo, il n’y avait pas besoin de réfléchir, c’était une victoire écrasante de Joséphine sur toutes les autres. Il n’y avait pas de match, c’était plié avant même d’avoir commencé. Comme je disais dans mon épisode 7, avant qu’on parle des crushs et qu’on se mette à les accepter, si je sentais que je commençais à avoir un crush, je le refusais net, notamment en essayant d’éviter à tout prix de revoir l’objet de mon crush. Ce qui fait que je n’avais pas vraiment le temps ni l’occasion de culpabiliser.

Même avec Églantine ? Parce que tu travaillais quand même avec elle, tu la voyais tous les jours, tu ne pouvais pas fuir.

Alors justement, non. C’est pour ça que je t’en ai parlé très vite, d’Églantine. Je ne pouvais pas le refuser, ce crush ! Enfin… comme j’avais fait avant. Elle avait son bureau juste à côté du mien, on se voyait tous les jours à ce moment-là. Je ne pouvais pas éviter de la côtoyer. Je n’avais pas trop envie de démissionner. Il fallait… il fallait changer ou adapter la stratégie. En plus de t’en parler, je me suis mis des limites vraiment très vite avec elle. Il n’était pas question de laisser une chance à quelque ambiguïté de ce soit de grandir, par respect pour elle, principalement. Il n’était pas question d’accepter qu’elle me ramène à mon hôtel un soir, même si elle n’avait probablement aucune arrière-pensée ce jour-là.

Parce qu’elle t’a quand même proposé de te ramener à ton hôtel.

Oui, et j’ai dit non. Et du coup, ça m’a permis de continuer à trouver très agréable qu’elle essaie de me parler français, parfois, avec son « charming accent ».

Oh yeah !

Mais… mais j’ai jamais culpabilisé, vu que je te racontais tout. En fait, je pense qu’un des risques que j’avais pressentis et que je voulais éviter en abordant le sujet des tentations, c’était que l’un de nous arrive à un point, qui était pas forcément de non-retour, mais de retour beaucoup plus difficile, d’un moment où on pouvait plus vraiment en parler parce que des limites avaient été dépassées, Parce qu’en taisant les petites choses qui démarrent un crush, si ces petites choses évoluent et deviennent de moins en moins insignifiantes, ça devient très difficile, voire impossible de les raconter à l’autre. Et c’est peut-être ce qui t’est arrivé avec tes crushs à toi, tu t’es retrouvée un petit peu coincée…

Ouais, oui ! Carrément !

En partageant rien, on risque de les laisser grandir démesurément, les laisser se nourrir des innombrables petites frustrations générées par une… une vie de couple ordinaire avec des soucis et des enfants parfois bien accaparants, en comparaison de l’adrénaline ou de la dopamine qu’on a avec le crush en cours.

Oui, en fait, c’est vrai que les crushs, les tentations, ça nous apportait un petit peu de ce qu’on appelle l’énergie de la nouvelle relation. C’est l’euphorie et l’excitation et toutes les hormones qu’on ressent au tout début d’une relation amoureuse, une nouvelle relation amoureuse. Et forcément, tout ça, ça biaise le ressenti.

Moi ça va, je l’ai tout le temps avec toi !

Oooh !! 😘

Et même si ces crushs c’était pas une nouvelle relation, vu qu’ils étaient pas réciproques, eh bien c’est difficile quand on ressent l’énergie du nouveau crush de pas comparer avec la relation qui est stable et de long terme et qui apporte un flux beaucoup plus serein de bonheur, mais aussi plus de frustrations de la vie de tous les jours. Et pour moi, cette énergie de nouvelle relation ou l’énergie du nouveau crush, c’est ce que j’appelais l’effet « drogue » qui faisait que j’avais du mal à arrêter mes crushs et je me réfugiais derrière le prétexte que, de toute façon, le héros de mon crush il serait…

Ah, c’est plus des victimes.

Non, non, pas toujours des victimes, non ! Bref, le héros de mon crush serait absolument pas réceptif, donc il n’y avait pas de danger à me faire des films. Alors que quand on partage nos tentations, ben c’est beaucoup plus facile d’en rire. C’est beaucoup plus facile de ne pas se laisser partir dans des films complètement déraisonnables. Et la complicité qu’on développe à nous deux en parlant, eh bien ça aide beaucoup à relativiser les frustrations de la vie de couple ordinaire !

Ouais, peut-être qu’il y a un peu de ça aussi, de mon côté. Parler de mes crushs, ça m’a aidé à les mettre en perspective par rapport à… à ce que je vivais, à ce que j’avais vécu avec toi. Et c’était aussi… c’était aussi libérateur en fait, parce que tu pouvais plus soupçonner quoi que ce soit vu que tu savais tout. Quand on se dit tout, on s’imagine plus que l’autre mijote ou ressent ou s’imagine. On sait exactement ce qu’il en est. Un peu comme quand je refusais de savoir quoi que ce soit sur ta « période de rattrapage » — c’est à l’épisode 2 qu’on en parle je crois — et que je m’imaginais des trucs complètement fous alors qu’en fait c’était pas si pire que ça.

Et en partageant tous les deux nos appréciations en dehors de notre couple, eh bien on approfondissait notre relation, nous deux, avec une connivence nouvelle. Et on ajoutait des nouvelles façons d’être complices, un petit peu comme quand j’étais étudiante, complice avec mes potes masculins. Et cette connivence, elle est d’abord apparue quand on était tous les deux dans des lieux publics, quand on croisait des inconnus. C’était nouveau pour nous d’apprécier ensemble des jolis traits, une tenue élégante. Un peu comme partager nos sensations face à une œuvre d’art, avec distance et avec respect pour la personne évidemment, mais clairement avec un sourire et de la bonne humeur aussi.

C’était dans l’autre sens aussi : pour moi c’est devenu tout à coup agréable de me rendre compte que des hommes te regardaient et de le partager avec toi. Donc au lieu de ressentir de la jalousie ou… « Dis donc toi tu regardes pas Joséphine comme ça ! » Et ben c’était… je transformais ça en quelque chose de positif. Bon il fallait quand même que le gars soit bien, que ce soit pas un gros dégueulasse. Et qu’on sente de l’appréciation dans le regard. Et en fait quand ça arrivait je ressentais de la fierté. Je me souviens d’une fois où t’es passée devant un bar et j’ai grillé un mec en train de te suivre du regard. Waouh ! J’étais super content de partager cette satisfaction avec toi, et si ça pouvait te booster ton égo, c’était trop bien !

Je crois que je n’ai pas vu celui-là en plus… Donc oui !

Non je pense pas que tu l’aies vu, mais moi je l’ai vu. Je ne sais pas s’il m’a vu moi, que je l’avais grillé, mais c’était rigolo !

Oui, et de mon côté, moi ça m’attendrissait de voir Hippolyte quand il fondait pour une jolie fille. J’aimais bien le sentir honnête avec moi à ce point ! Il avait pas de problème pour apprécier une autre fille quand j’étais là. Je pouvais même lui conseiller de regarder à 11h discrètement parce que là-bas il y avait une femme qui était vraiment jolie.

Oui d’ailleurs, ça fonctionnait dans les deux sens, hein ! Bien souvent, je recommandais un gars ou un autre à Joséphine.

Ouais, mais pas toujours avec succès parce que je suis vraiment très très difficile. Mais c’était quand même vraiment agréable que Hippolyte se soucie de mon plaisir visuel.

Ouais, j’avais un bon pourcentage quand même. Il y a même des fois où j’ai fait mouche, avec Barnabé par exemple. C’était rigolo.

Par exemple !

C’était rigolo aussi de partager cet interdit entre nous. Et c’était… c’était un jeu, enfin… Il y avait toujours aucun risque que quoi que ce soit se concrétise. On n’avait pas l’intention de faire plus qu’admirer des étrangers en passant et d’en parler, éventuellement de se faire des films et de se les raconter. Si, on se charriait un peu, des fois, on se chambrait sur nos crushs. Moi, je te chambrais sur un truc que Barnabé avait fait dans la journée…

Ouais, j’y étais pour rien hein, mais…

et toi, tu me taquinais sur le fait que tu trouvais que Carla — la fille du train — elle était pas si bien que ça.

C’est vrai. En plus, elle était beaucoup trop jeune.

Non, elle n’était pas trop jeune, attends…

Si !

Elle avait le permis !

De toute façon, elle n’a plus le bagnole maintenant…

Ah oui, c’est vrai, tu lui as cramée ! Bref, elle était assez vieille pour avoir le permis ! Il y avait un truc pas mal aussi avec les crushs, c’est que… ben on pouvait en avoir plusieurs en même temps !! Elles pouvaient pas être jalouses l’une de l’autre.

Ben non, elle savaient pas !

Je pouvais me faire des films avec Carla dans le train, et puis Églantine à midi, et tout raconter à Joséphine le soir, c’était cool !

Ouais ! Quelle activité !!

Et d’ailleurs, le soir, on sait pas s’il y avait corrélation ou causalité, mais en tous cas, parler de nos tentations, apprécier de jolies personnes, on a l’impression que ça a déclenché un regain de libido des deux côtés et ça a probablement été à l’origine d’un enthousiasme supplémentaire dans les découvertes et expérimentations qu’on a évoquées dans les épisodes précédents. Peut-être que de parler, d’imaginer des relations avec d’autres, ça nous excitait inconsciemment.

Ou consciemment, hein !

Ouais… On avait débarrassé la culpabilité généralement associée à l’envie de relations extra-conjugales, et on n’avait que les effets positifs peut-être.

Oui…

Ou alors, intérieurement, on se sentait un petit peu menacé par tout ça, et on repassait en mode séduction, reconquête, et on avait besoin de réenclencher la spirale du désir et du plaisir.

Ah, ça y est, t’as réussi ! Je me demande si tu t’es pas lancé le défi de la placer à chaque épisode, ta spirale ?

Bah non, attends, ça fait au moins deux épisodes qu’on l’a pas eue, je suis super raisonnable.

Ah.

Je vais me faire un syndicat des spirales, moi ! Et sinon, en parlant de spirales, on en est où du coup de notre spirale à nous ?

Oui, c’est ça, revenons à nos spirales…

Ah oui ! Avant de conclure cet épisode, tu voulais parler de Séraphine et Théophile, non ?

Oui, c’est vrai. Alors Séraphine, c’est une amie de longue date, et Théophile, c’est son compagnon. Moi, je racontais depuis longtemps mes crushs à Séraphine, c’était la seule qui savait d’ailleurs.

Moi, je ne savais pas du tout.

Non, c’est vrai. Et Séraphine, ben elle me racontait ses crushs à elle. Mais l’impact de ses crushs sur son couple avec Théophile, c’était très différent parce que Séraphine et Théophile, ils avaient ouvert leur couple. Ils étaient devenus polyamoureux depuis quelques temps déjà. Donc, ils se racontaient leurs crushs et ça s’arrêtait pas forcément à des crushs, donc ils se racontaient aussi leurs aventures.

Oui, parce que « polyamoureux », ça veut dire que au sein du couple, on s’autorise l’un l’autre à avoir des relations avec d’autres, et ces relations peuvent même être sentimentales.

Pour nous, c’était assez clair qu’on n’était pas tenté par le polyamour à ce moment-là. Mais c’était quand même vraiment intéressant de bénéficier des confidences de Séraphine et de découvrir un peu par procuration et par leurs aventures ce que le polyamour, ça peut être. D’ailleurs, je pense que leur expérience a pas mal joué pour nous et pour notre ouverture d’esprit.

Oui, c’est vrai que de savoir ce qu’ils vivaient, même si moi j’ai su que bien après Joséphine, ça nous a fait réaliser qu’on n’était pas complètement anormaux d’avoir des vues sur d’autres personnes en étant un couple stable. Mais bon, du coup, nous, qu’est-ce qu’on allait faire de tout ça ? Clairement, on aurait pu, ben en rester là, c’était déjà super de pouvoir partager nos émotions, ce qu’on ressentait pour les autres. C’était excitant, apparemment ça boostait un peu notre libido, et un peu contre toute attente, ça finissait par nous rapprocher, ça nous rendait plus complices. Mais ce que ça allait donner après, bah… on n’en savait rien. Avoir chacun nos tentations à droite à gauche c’était rigolo ça nous apportait de l’excitation. Mais de mon côté, sur les gros crushs que j’avais, il y avait peut-être une légère frustration de savoir qu’il ne se passerait rien du tout de concret, que les tentations resteraient juste des tentations et que je passais peut-être à côté de quelque chose de sympa.

Mais attends, quel genre de frustrations ? Tu passais à côté de… quel genre de trucs sympas ?

« Frustrations » c’est peut-être un petit peu fort. Disons « envies très fortes non assouvies ».

« Envies très fortes non assouvies », OK…

Mais… Et pour les trucs sympas c’était… je sais pas, d’avoir une chance de déposer un baiser dans le cou de Carla, ou faire une caresse dans le dos d’Églantine en passant.

Ah oui effectivement, moi aussi j’avais un petit peu de frustration de ne pas pouvoir toucher les avant-bras de Barnabé, ou d’autres parties de son corps !

Et voilà, ça y est, ça part en sucette !

Mais non, attends, j’ai rien dit !!

Bon je pense qu’au fond, on avait pas mal apprécié de partager ce qu’on avait vécu individuellement. On avait un peu envie de continuer à vivre ce genre d’émotions, mais on n’avait vraiment aucune idée de comment tout ça pourrait se concilier, comment ça pourrait coexister au sein de notre couple à nous. On n’avait pas vraiment de juste milieu entre ce qu’on vivait nous et le polyamour que Séraphine et Théophile vivaient. Du coup, ben on savait pas. Et puis un soir, enfin un matin très tôt je crois, on a eu, enfin Joséphine a eu, une petite idée de réponse.

Mais vous vous en doutez, comme d’habitude, on va encore vous faire mariner quelques jours. Mais on vous racontera ça dans le prochain épisode.

Allez, marinons ! À bientôt.

À bientôt !

Balisé avec :Premiers pas

008 | Les tentations inavouées de Joséphine – des attirances, des émotions et des crushs intenses

Hippolyte & Joséphine, le 14 août 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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008 | Les tentations inavouées de Joséphine – des attirances, des émotions et des crushs intenses
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Joséphine ne disait pas grand-chose pendant les confidences d’Hippolyte, mais ce n’était sûrement pas parce qu’il ne se passait rien de son côté : son petit cœur d’artichaut était lui aussi en proie à des tentations inavouables et des crushs intenses. En particulier un, recommandé par Hippolyte, qui a eu l’effet de libérer la parole, de nous rendre complices dans le « péché », et nous a fait bien rigoler !

Embarquez pour quelques histoires avec Joachim, Rodéric et Barnabé, en mode montagnes russes émotionnelles…

Marque-pages

00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
00:55 Joséphine la princesse qui ne disait rien
01:45 L’idéal du couple passionément amoureux…
03:05 … et la réalité
04:57 Le retour des crushs
09:48 Rodéric : le crush réciproque mais pas consommé
15:04 Barnabé : le crush qui déclenchait des envies subites
17:17 Partager nos crushs, c’est libérateur mais c’est surtout drôle

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

et Joséphine !

Alors, on a fait « Les tentations inavouées d’Hippolyte » la dernière fois, donc on va vous souhaiter la bienvenue dans ce nouvel épisode intitulé — je vous le donne en mille — « Les tentations inavouées de…

Joséphine »

Ah ah !

Alors la dernière fois, on vous a laissés avec les crushs d’Hippolyte qui se retrouvait attiré par d’autres femmes, parfois sur des périodes quand même assez longues, et qui essayait doucement de m’en parler…

avec plus ou moins de subtilité

Oui. Mais c’était pas facile, entre autres parce que de mon côté, moi je racontais rien.

C’est sûrement parce que toi t’étais une princesse et du coup t’avais pas grand-chose à raconter.

Oh oh ! La bonne blague ! Oh si si… Moi j’avais des tas de choses à raconter mais j’en étais pas fière et du coup j’osais pas.

Ah ben je m’en doutais un petit peu, tu vois.

Ben oui, moi aussi j’avais des crushs. Mais c’était difficilement compatible avec notre couple parce que je me sentais bien dans notre couple en fait. Et je crois que ma vision à l’eau de rose du couple passionnément amoureux, elle a été pas mal remise en question au fur et à mesure de mes crushs. C’était difficile à accepter.

« Une vision à l’eau de rose du couple passionnément amoureux », ça me dit un truc ça, on dirait un peu moi.

Oui, ça vient de quand j’étais ado, je tombais souvent amoureuse d’un gars sur du relativement long terme et c’était jamais partagé, mais je passais beaucoup de temps à construire des scénarios les plus improbables les uns que les autres, et mon petit cœur, il y trouvait son compte, en dopamine. Je passais par des hauts incroyables quand la cible de mes désirs jetait un regard dans ma direction, ou alors, quand il m’adressait la parole pour me demander un effaceur à prêter.

Ou qu’il posait son sac à côté du tien.

Ouais, non, ça il faisait pas trop, mais l’effaceur, je pense que j’ai eu au moins une fois. Par contre, mon petit cœur il chutait quand même bien souvent face au désintérêt complet de ma victime. Et la confrontation au réel, c’était parfois douloureux.

Ta « victime » ?

Bah, la victime de mes scénarios, oui.

Je suis une victime.

Bon, ces lubies ne se transformaient jamais en relation. Mais j’aimais bien m’y plonger : ça m’occupait, à défaut de savoir comment m’y prendre en réalité. Et j’imaginais que, enfin, quand je trouverais celui avec qui je partagerais mes lubies, la passion serait continuellement dévorante, comme dans mes jours dopamine. Ou alors comme dans un roman à l’eau de rose.

Et en fait, non ?

Ben… non. Quand j’ai commencé des vraies relations réelles avec un vrai gars qui était consentant, je cherchais cette passion-là. Et des fois, elle était un peu là, au début, quand je me laissais ouvrir les vannes. Mais vu la qualité de mes choix, c’était rarement partagé, donc le tout ça tombait à l’eau rapidement.

Et moi, j’étais un choix de qualité ou j’étais une « victime » comme les autres ?

Oui, tu étais un choix de qualité, ça, il n’y a pas de question. Mais avec toi, c’était pas comme dans mes films, c’est sûr. On s’est assez rapidement installés dans une relation qui ne correspondait pas du tout à mes scénarios alambiqués et passionnels.

Rapidement, rapidement, on a mis du temps quand même.

Oui, mais quand on s’est installés, la dopamine n’était pas au rendez-vous tous les jours. Et c’était beaucoup plus doux, beaucoup plus serein. C’était intense, mais d’une intensité très différente. Je pense qu’au final, c’était quand même plus agréable. Parce que c’était bien, de façon stable. Il y avait beaucoup moins de hauts et de bas. C’était toujours bien plus haut que la moyenne. Mais pendant un temps, ça m’a pas mal troublée. Je me disais « mais est-ce que c’est ça, l’amour ? C’est pas censé être beaucoup plus fou, plus passionnel ? Avoir des sensations qui pourraient remplir un roman ? » Parce que là, moi, si je racontais ma vie de tous les jours, je vendrais jamais un roman. J’imaginais que la passion dans un couple, elle laisserait aucune place à mes scénarios de cœur d’artichaut pour d’autres hommes. Parce que c’était pas compatible. J’étais plus censée avoir de ressources, que ce soit du temps ou de la place dans mon petit cœur, pour me lancer là-dedans. J’étais plus censée en avoir besoin non plus. Mais ça a fini par revenir.

Ah, alors moi je suis vraiment curieux, là. Tu peux raconter ? C’est revenu quand et comment ?

Ben c’est revenu comment… Il y a au moins une fois, sur les trois gros crushs que j’ai eus — parce que c’était pas non plus la folie des crushs à tous les coins de rue — il y a au moins une fois où ça a commencé dans un rêve dans lequel j’étais en relation amoureuse, si ce n’est érotique — je pense que c’était pas mal érotique — avec la future victime de mon crush.

Encore une histoire de victime.

Oui, oui, oui. Bah oui. Là, ils n’avaient pas choisi, ils étaient pas consentants.

Je pense que tout le monde est témoin : je suis officiellement une victime.

Non, non, ceux-là, ils n’étaient pas consentants. Ils ne savaient pas.

Une victime consentante, ça va pour toi ?

Mais non, tu ne peux pas être victime si t’es consentant.

Et le syndrome de Stockholm, tout ça ?

Oui non mais… Tu veux me dire des choses ?

Bref, j’étais troublée par ce genre de rêve qui n’était pas vraiment avouable. Je n’allais pas te parler d’un rêve érotique où tu n’étais pas dedans, quand même. Donc je n’en parlais pas. Par contre, ça me travaillait, et je regardais la personne un petit peu différemment. « Ah, si tu savais ce qu’on a fait cette nuit, toi… » Et du coup, mon expérience en scénarios improbables me rattrapait. Ça suffisait pas toujours, parce qu’un rêve érotique avec une personne qui ne m’attirait pas du tout, ça comblait pas l’absence de désir.

Et c’était le même genre de rêve ou de lubie que quand t’étais ado ?

Oui, complètement. Mes crushs de femme en couple étaient assez similaires avec mes crushs d’ado. D’abord, je ne pouvais pas en parler, ce n’était pas avouable. J’avais fini par en parler à Séraphine, une copine qui me parlait de ses crushs à elle.

Attends, je… Oui, ok, c’est bon, Séraphine, je vois qui c’est.

Ça va, tu vois qui c’est ?

Parce qu’on a trouvé des prénoms — des faux prénoms — et du coup on a un tableau avec des…

On a un dictionnaire, un glossaire. Alors c’est qui Séraphine ?

C’est pas facile.

Je parlais de mes crushs avec Séraphine, parce qu’elle, elle me parlait des siens — je pense que c’est elle qui avait commencé. Mais par contre, il n’était pas question que mes crushs se réalisent. C’était un peu comme quand j’étais ado. D’abord, j’étais avec toi, j’étais bien avec toi et je n’allais pas tout casser pour une relation dont je n’avais aucune garantie que ça se passe bien. Je n’avais pas non plus envie de briser ton cœur. Ça me mettait mal à l’aise de ressentir des émotions qui étaient inavouables et de vivre des choses que je pouvais pas partager avec toi. En fait, d ‘une certaine façon, c’était un peu te manquer de respect et du coup ça m’allait pas trop.

Ouais, mais je comprends parce que c’était un peu pareil pour moi. Tu tentais rien parce qu’on était en couple et que tout allait bien.

Oui, je ne tentais rien parce que j’étais avec toi et j’étais bien avec toi. Mais il n’y avait pas que ça comme barrière, il y en avait encore d’autres. Il y avait aussi le fait qu’il était hautement improbable que l’objet de mon crush soit d’accord pour tenter quoi que ce soit avec moi. Il n’y avait aucune raison que je leur plaise.

Là moi je te regarde et il n’y a vraiment vraiment aucune raison pour que tu plaises à qui que ce soit.

En plus ils étaient déjà quasiment toujours en couple eux aussi donc c’était pas… j’allais pas casser leur couple en plus du mien. Faut pas déconner non plus.

Je pense qu’il y avait aussi le regard des autres. Ceux qui me verraient terminer une relation pour en commencer une autre, qu’est-ce qu’ils diraient ?

Et en plus des autres, il y avait moi-même. Enfin, je me posais aussi des questions sur mon cœur d’artichaut. Parce que qu’est-ce qui m’assurait que j’aurais pas le même type de tentation, une fois que je serais bien installée avec ce crush-là, dans l’hypothèse improbable où on se mettait en couple ? Du coup, il y avait beaucoup trop de risques. Ça restait complètement du domaine du fantasme, du non-dit, du non-avoué, ni à toi, ni aux héros de mes scénarios. C’est mieux si je dis un « héros » ?

C’est mieux. C’est beaucoup mieux que « victime ».

Ouais c’est mieux je vais dire « héros » alors.

C’était avoué à toi aussi ? Enfin, tu te l’avouais à toi ?

À moi, je l’avouais ? Oui, oui, je pense que là je…

T’assumais ?

Non, j’assumais pas. Mais je me l’avouais à moi et je l’avouais à Séraphine. Je ne pouvais pas me le cacher en fait. Il y avait des émotions… Je ressentais des émotions qui étaient bien réelles. Et je pense qu’il y a quelques fois où tu as subi les aspects positifs comme négatifs de ces émotions.

Les aspects positifs ? C’est-à-dire ?

Ahhh…. Une surexcitation. Sexuelle. Entre autres…

C’est possible.

C’est possible… C’était très bien d’ailleurs avec toi. Je pensais pas à eux quand on faisait l’amour ensemble.

Oui oui, je comprends très bien que ça puisse éveiller des… des tentations un peu plus… que ça ait un impact un peu physique et que ça exacerbe certaines envies. Bon alors du coup moi je suis super curieux, tu peux nous raconter un peu plus ces crushs ? Moi je veux tout savoir, qui c’est, l’adresse, la plaque d’immatriculation ?

Non j’ai pas la plaque d’immatriculation, je suis désolée.

Comment je vais faire pour leur péter leur bagnole moi ?

Je vais t’en dire quand même un petit peu, tu pourras faire des recherches après. Donc il y a deux de mes crushs qui étaient au boulot. Et c’étaient des gars bien, parce que je ne crushe pas non plus sur n’importe qui. Dans les deux cas, il y a eu de la distance entre nous après des changements au boulot et du coup, tout mon crush s’est apaisé, reposé et il n’y avait plus de crush à la fin. Alors Joachim, je crois qu’il n’a jamais su qu’il mettait mes hormones en folie. Quoique, il aurait décemment pu se poser des questions. Par contre, avec Rodéric, on avait fini par en parler.

Attends, tu m’en parlais pas à moi, mais tu en as parlé avec un de tes crushs ?

Euh oui. Je pense que c’était parti du fait qu’il avait beaucoup apprécié une rencontre avec Séraphine, donc la copine à qui je confiais mes crushs.

Le monde est petit.

Et du coup, je l’avais bien chambré, Rodéric. On s’entendait vraiment bien, on se racontait des choses assez personnelles. C’était un vrai pote. Et à un moment, il y a eu des événements au boulot qui nous ont un peu secoués. Et surtout — je pense que c’est surtout ça — j’ai annoncé que je quittais le boulot et la région, du coup on avait la distance qui arrivait, qui allait nous sauver. Je pense que c’est ça qui a libéré la parole. On aurait cette bonne dose de sécurité avec la distance. Donc on s’est avoués tous les deux qu’on se plaisait, je crois que c’est parti d’un malentendu. Mais bon, une fois que ça a été dit, on pouvait pas le dédire. Et j’avoue que quand j’ai réalisé que mes désirs à moi, qui étaient complètement farfelus, étaient réciproques, ça m’a fait beaucoup de bien à l’ego. J’avais vraiment du mal à y croire, mais je crois que j’ai été convaincue par certains fantasmes que Rodéric m’a racontés qui étaient… Oui, j’étais aussi rassurée parce que je n’étais pas la seule à inventer des scénarios complètement farfelus et improbables.

Je suis un tout petit peu jaloux que tu aies eu cette confirmation-là, parce que moi, mes crushs, il y avait des signes que c’était éventuellement peut-être réciproque. Mais je n’ai jamais eu de confirmation. Je n’avais pas eu ce petit boost à l’ego. Et du coup, mais qu’est-ce qui vous a retenus alors ?

Oui, c’était un petit boost, mais c’était quand même risqué aussi. On se parlait pas mal de nos conjoints respectifs, du fait que Rodéric et sa copine s’aimaient toujours très fort, mais ils ne faisaient plus l’amour. Du fait que Hippolyte et moi, au contraire, on traversait une période qui était pas mal du tout au lit.

C’est ça, les effets positifs.

C’était aussi des effets positifs. On appréciait et on respectait tous les deux le conjoint de l’autre, en plus du nôtre, évidemment. Et je pense que ça a beaucoup aidé, parce qu’il était hors de question de les blesser, ni de faire quoi que ce soit dans leur dos. En fait, on se soutenait l’un l’autre, pour pas craquer. Et d’ailleurs, on a résisté à la tentation jusqu’au bout. Mais par contre, on a partagé pas mal de complicité.

Et pour toi, qu’est-ce que tu ressentais ? Est-ce que c’était agréable ? Est-ce que c’était gênant ?

Tout ! Les deux, mon général. C’était gênant et c’était bien. D’un côté, je croyais que c’était fini pour moi, la séduction. C’est bon, j’étais casée, quoi ! Et avoir ce plaisir de se sentir désirée par quelqu’un, de se sentir découverte, ça donne une sacrée énergie, de se rendre compte que c’est toujours possible. D’ailleurs Rodéric il disait ça… il disait ça à sa façon, il disait « I’ve still got it » comme ils disent en anglais. Et ça fait vraiment du bien à l’ego. En fait je m’étais quand même posée pas mal de questions, et j’en étais arrivée à la conclusion que ce qui m’attirait, c’était surtout le désir, plus que Rodéric lui-même. Et c’était cette sensation intense, cette gourmandise, l’impression de vivre à 200% quand je ressentais ce désir, quand je le voyais retirer son pull et partiellement emporter sa chemise blanche, ça c’était ma drogue. C’était une drogue, par contre, qui, si jamais je la consommais, risquait de ne plus avoir le même pouvoir. Et surtout, ça risquait de faire beaucoup, beaucoup de dégâts autour de moi.

J’arrive toujours pas à réaliser que tu m’en parlais même pas, de tout ça. Ça avait l’air super fort et t’en parlais pas.

C’était super fort et j’en parlais pas. Je pouvais pas t’en parler, j’allais te faire mal. En fait, je te parlais de plein de choses. Et tu savais que j’appréciais beaucoup Rodéric en tant qu’ami, ce qui était vrai. Mais j’avais vraiment mauvaise conscience d’avoir des discussions avec lui que je ne pouvais pas partager avec toi parce que j’avais peur de te blesser.

Mais c’était pas au même moment où je te posais des questions, où je te demandais…

Si, mais si tu m’avais dit ça avant que je commence à avoir un crush sur lui, ça aurait été plus facile.

Aahh…

Quand tu m’as dit ça, j’étais déjà pas mal dans le crush, mais vraiment bien.

Tu t’imaginais que j’allais penser que t’en profiterais pour dire « Ah d’ailleurs au fait… »

Ah mais non, parce que le deal c’était Si tu m’en parles avant, pas de problème. Et pour moi c’était trop tard pour t’en parler avant. Il y avait déjà eu cette projection.

C’est pour ça que tu avais les sirènes d’alarme qui se déclenchaient.

Complètement. Elles faisaient « Ouh, ouh, ouh, il se doute de quelque chose ! » « Aahhh… Je veux rien casser, moi. » « Je veux pas te faire du mal, je veux pas dire ça. »

Mais un jour tu m’as quand même raconté un rêve.

Ouais.

Ça ne t’a pas empêché de faire ça.

Oui, c’était un petit peu plus tard, on ne se voyait plus. Et je t’ai dit… Mais ce n’était pas longtemps après. Je t’ai dit « Dis donc, cette nuit j’ai rêvé que je couchais avec Rodéric. » Et je comptais continuer parce que la suite, c’était… « D’ailleurs, c’était vraiment pas bien. » Et c’était vrai, ce rêve-là était décevant, donc je pouvais t’en parler.

Et tu te souviens comment j’ai réagi ?

Ouais, ouais, c’était bien. Tu m’as vraiment étonnée. Tu m’as… T’as rigolé. Et t’as rajouté « Bah ça m’étonne pas, t’en parles tout le temps de Rodéric. » Bon, là, j’ai nié. Enfin, je t’ai rappelé que dans le rêve, c’était pas bien. Mais le fait que tu… que tu acceptes et que t’en rigoles, ça m’a fait un bien fou.

Oui… Bon, et du coup tu parlais de trois gros crushs, moi j’en ai pas compté…

On en est à deux là.

Ouais, j’ai pas compté trois encore.

Le troisième c’est toi qui me l’as présenté.

Ah oui c’est vrai !

Mmh mmh… Alors celui-là il était beaucoup plus basé sur l’attirance physique parce que je lui ai très peu parlé.

Moi je lui ai pas mal parlé par contre.

Oui, tu travaillais avec Barnabé. Tu m’avais prévenue d’ailleurs qu’il me plairait, alors qu’on ne parlait pas encore vraiment beaucoup de ce genre d’attirance. Un petit peu, mais moi en tous cas j’en parlais pas du tout. Et t’avais vu juste, évidemment, tu me connais bien. Donc le Barnabé en question, il avait la capacité de me déclencher des envies subites quand je le voyais. J’aurais voulu le toucher, le tâter, le goûter, en faire mon 4 heures. Et puis là, cette fois, il n’était pas question de te cacher quoi que ce soit. Parce que dans les rares occasions où j’avais une chance de le voir, déjà, t’étais là. Et en plus, tu me regardais. Tu me regardais activer le radar à Barnabé en rigolant. Et c’était vachement agréable de partager cette complicité avec toi, de savoir que tu étais ouvert à ce que je ressente de l’attirance pour un autre beau gosse. C’était nouveau. Et c’était vachement rassurant.

C’était rigolo parce qu’on faisait un peu l’escadrille de chasse. « Attention, Barnabé à quatre heures ! »

Oui, c’est ça. Tu faisais mon copilote.

Je faisais la navigation.

Heureusement d’ailleurs que je partageais cette complicité avec toi, parce qu’il n’y avait absolument rien à partager avec Barnabé. Je ne l’ai pas vu souvent. Et j’avais l’impression d’être totalement transparente pour lui. J’ai même essayé quand même une fois ou deux d’engager une conversation, mais ça a lamentablement échoué.

Oui, je me souviens, tu lui en as voulu d’ailleurs !

Ah oui !

T’étais pas contente.

Ah non, j’étais pas contente. Mais bon, c’était troublant de causer avec toi de mon « amant improbable », parce qu’on l’avait appelé comme ça. On ne l’avait pas appelé Barnabé.

Oui, parce qu’il ne s’appelle pas Barnabé en vrai.

Non. Ni « Amant improbable ». Enfin je crois pas. Et je sentais clairement que toi, tu me comprenais, que tu m’encourageais à en parler. Tu te moquais un petit peu aussi, c’était drôle. Peut-être que tu te moquais aussi un petit peu d’une sorte de jalousie, parce que tu rentrais des fois du boulot et tu me racontais des anecdotes drôles, ridicules, positives ou négatives sur Barnabé. Comme si tu jouais un peu à entretenir mon attraction, même quand je ne le voyais pas.

Oui, c’était un peu ça…

Mais alors du coup, Est-ce que tu m’as parlé de Barnabé pour pouvoir parler de Carla ou d’Églantine ? Est-ce que tu m’en as parlé quand toi tu me racontais des choses sur elles pour avoir un certain équilibre entre nous ?

Euh, je pense pas, non. Je pense pas que je sois aussi… que j’aie calculé autant de choses. Je voulais vraiment partager ça parce que j’avais envie d’en parler. Il n’y avait aucune arrière-pensée, aucune… aucun but derrière tout ça. Ça me faisait juste du bien de savoir que je pouvais t’en parler, d’accepter que c’était normal, que ce soit pour toi ou pour moi. C’était drôle en plus.

Oui c’était drôle.

Parce qu’on pouvait… On retombait en fait au collège ou on retombait en adolescence, quoi ! Il y avait peut-être quand même une petite arrière-pensée assez lointaine. Les différends ça vient souvent d’un manque de communication et je savais que si jamais on avait des tentations externes à notre couple et qu’on n’en parlait pas, ça courrait le risque qu’un jour tu partes avec un autre ou que moi je parte avec une autre, pour de bon. Et vu le bazar que ces situations provoquent, je n’avais pas du tout envie que ça se produise avec nous. Donc autant transformer toutes ces émotions en quelque chose qui soit positif pour nous.

Et en effet, finalement, quand on a commencé à partager nos tentations, ça nous a permis de parler beaucoup plus. On en rigolait et c’était bien plus facile. On était complices aussi, comme j’étais complice avec mes potes il y a longtemps. Et ça désamorçait aussi les tensions qu’on pouvait ressentir quand on était attiré par un autre ou par une autre. On pouvait partager les moments « waouh !! » comme on pouvait aussi partager les moments « oh c’était nul ça ! ». D’ailleurs je me souviens le voisin de deux blocs plus loin qui porte toujours des t-shirts blancs à manches longues pour se protéger du soleil — et ça lui va très très bien. Un jour il avait tombé le T-shirt donc forcément moi j’ai regardé et je te l’ai dit juste après. Tu t’attendais à ce que j’aie apprécié la vue mais j’avais été assez déçue parce que je m’imaginais trouver beaucoup mieux sous le T-shirt !

Ouais, ça m’a étonné parce qu’il est quand même pas trop mal foutu non ? Enfin moi je l’avais vu la première fois, je me disais « Ah ça va être une jolie vue pour Joséphine, ça ! »

Ouais non c’est vrai. Écoute la prochaine fois que je le vois je lui demanderai de retomber le T-shirt et je vérifierai.

Oui. Bonne idée, oui. Donc on rigolait bien, on avait partagé une bonne partie de nos secrets, on était complices dans le péché, c’était libérateur, et finalement assez positif d’échanger sur nos tentations. Ce qui était un petit peu surprenant quand même, il faut l’avouer. Mais toutes ces discussions a priori légères et frivoles ont commencé aussi à déclencher d’autres questions, parfois un peu perturbantes, quand on est un couple « comme tout le monde », stable, avec une famille, des enfants, et puis le regard des autres.

Oui. Du coup, il va nous falloir encore un épisode pour régler tout ça ?

Oui, régler tout ça ou pas. C’est pas sûr qu’on ose.

Attends, on va oser quand même.

C’est vrai, on a l’habitude.

Allez, à bientôt.

À bientôt.

Balisé avec :Premiers pas

007 | Les tentations inavouées d'Hippolyte – des crushs refoulés, puis finalement assumés et partagés

Hippolyte & Joséphine, le 7 août 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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007 | Les tentations inavouées d'Hippolyte – des crushs refoulés, puis finalement assumés et partagés
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Ou comment Hippolyte s’est rendu compte que même en couple solide avec Joséphine, il n’était pas à l’abri d’attirances pour d’autres femmes. Des fuites, des questionnements, des blocages psychologiques, une pente glissante avec des panneaux « danger » partout, et quelques anecdotes à propos de Carla et d’Églantine !

Mais surtout la réalisation qu’assumer ces attirances ne faisait pas de mal à notre couple, bien au contraire…

Références :

  • Pour ceux qui n’ont pas la ref de miss Revolver qui se dessine sous des jupes fendues : Marc Lavoine – Elle a les yeux revolver
  • Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick (1999) et la scène qui a marqué Hippolyte (en V.O, mais il suffit de mettre les sous-titre en français 😉)
  • Le p’tit coin d’parapluie, avec Georges Brassens : Le Parapluie
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00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
01:07 Les crushs inavouables : la stratégie de la fuite
05:36 Des crushs extra-conjugaux pas acceptables dans notre petit monde
06:52 Et on a commencé à en parler
10:40 Des conversations bienveillantes
12:07 Carla, la fille du train
16:40 Crushs avoués et complètement assumés = sérénité ?

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

et Joséphine !

Bienvenue dans ce nouvel épisode intitulé « Les tentations inavouées d’Hippolyte ». Eh c’est moi ça.

Oui, c’est toi !

Ça s’inscrit toujours dans le thème des « premiers pas ». Mais comme vous allez l’entendre, ça va commencer doucement à s’élargir un petit peu.

Mais alors attends, on en était où ? On avait Joséphine et Hippolyte qui avaient adopté un Jouet, qui commençaient doucement à parler un petit peu de sexe. Mais il n’y a pas que le sexe dans la vie de couple. Et puis en parallèle, il se passait des choses.

Mais oui, il y a aussi la vaisselle, il y a aussi le mén…

Non, je ne crois pas que c’est de ça dont tu voulais parler.

Ah c’est pas ça le… mes tentations inavouées ?

T’as des tentations inavouées pour la vaisselle ? Vas-y, y’a pas de problème. Fais toi plaisir ! Moi je regarde. C’est mon kink. Non, tu veux pas que je regarde la vaisselle ?

Non, des choses un peu plus intéressantes peut-être.

Hmm hmm…

Oui… Depuis assez longtemps, en fait, j’avais des… crushs. En français, on dit comment ? Des vues, des… Non c’est un peu plus fort que des vues. Bon on va dire des crushs.

On va dire des crushs.

… sur d’autres femmes. Que je ne m’avouais pas toujours à moi-même. Et alors encore moins à Joséphine.

Effectivement, je ne le savais pas.

Et ça me posait quand même pas mal de problèmes.

Mais qu’est-ce qui te posait problème ?

Ben, on était dans une relation stable. Moi, j’avais suffisamment investi dedans avant qu’on se mette ensemble et après qu’on se mette ensemble. Et du coup, même si on n’était pas mariés, qu’on n’avait pas encore d’enfants, c’était pas concevable pour moi d’éprouver quoi que ce soit pour quelqu’un d’autre. En plus, mon compteur était cassé.

C’est vrai !

Mon compteur de 200%.

Ton compteur à émotions !

Et on était vraiment bien ensemble. On avait… On se préparait à traverser des épreuves qui allaient nous rendre extrêmement proches. Il n’y avait vraiment aucune raison d’aller voir ailleurs. Dans ma tête, ça bloquait complètement. Il y avait cette notion de… d’exclusivité absolue et indéboulonnable qui faisait que c’était soit Joséphine, soit une autre. Et éprouver des émotions pour une autre, ça pouvait se faire qu’au détriment que celles que j’éprouvais pour Joséphine. Ça doit être un peu mon côté romantique.

Mmmmh…

Et quand j’étais plus jeune, c’était pareil, j’enchaînais des fixettes de très long terme — on parle de plusieurs années — sur des filles, et je passais à la fixette d’après qu’une fois que c’était mort de chez mort avec la précédente. Et là, ça collait pas du tout. Je savais pas comment gérer ça.

Ouais. Mais alors quand ça t’est arrivé, comment tu réagissais ?

Ben moi quand je rencontrais une fille dont la simple présence ou un simple regard provoquait des émotions inavouables, ma réaction c’était « Sauve qui peut ». Il faut absolument faire tout ce que je peux pour éviter de la voir ou d’avoir des interactions avec elle. Parce que c’était dangereux, je voyais le danger en fait. C’était pas complètement désagréable mais j’avais cette première réaction de fuite. Je me souviens d’ailleurs de cette réception au travail où j’avais flashé sur une très belle femme, rousse. Et ma première réaction, ça a été de retourner le plus vite possible dans mon bureau pour aller me trouver un truc urgent à finir, histoire de ne pas faire une bêtise. Niveau bêtise, je pensais surtout à ma vie personnelle, mais vu que c’était la femme d’un investisseur, ça aurait probablement eu des répercussions pas très positives sur ma carrière.

Non, je ne sais pas, elle aurait peut-être pu convaincre…

Ouais, ouais, ouais, sûrement ! …

Bon, et il y en a eu d’autres, des crushs comme ça ?

Oui, il y en a eu quelques autres, deux ou trois. Vu que ça provoquait des émotions assez violentes chez moi, je m’en souviens assez bien. Une fois, quand on était tout jeune et qu’on a rencontré ce couple de Suédois pendant un voyage.

Ah oui je me souviens, oui !

Et quand on s’est installés ici, qu’on a rencontré un ami d’amis qui nous a invités à manger chez lui, sans nous prévenir que sa femme avait des yeux magnifiques.

C’est vrai qu’elle a des yeux… waou !

À chaque fois, que ce soit pour la Suédoise ou Madame très-beaux-yeux, ben je craignais vraiment la prochaine fois où on les verrait. Je redoutais un peu de ne pas pouvoir me contrôler, ou… Parce que je n’allais pas lui sauter dessus,

Non c’est pas ton genre !

mais c’était vraiment de montrer, parce que je suis assez transparent quand je montre des émotions, que Joséphine voie ce que je ressentais en fait.

Ouais… tu pourrais pas jouer au poker !

D’ailleurs, tu l’avais vu ? Ou pas ?

Non ! Non, je n’avais rien vu.

Ça va, je suis bon acteur alors.

Il paraît… Donc, ça te mettait mal à l’aise par rapport à notre couple, de ressentir une attraction très forte vers une autre femme ? Et tu pensais que je réagirais comment, moi, si je savais que tu avais un crush ?

Moi je partais du principe que c’était pas du tout acceptable pour toi si je faisais ça. Même si de mon côté je me disais que si toi tu m’avouais que tu regardais d’autres hommes avec des yeux gourmands ce serait complètement ok. Eh oui, vu qu’on a grandi dans un monde qui idéalise en quelque sorte le couple harmonieux et amoureux, et tend à diaboliser tout ce qui pourrait éventuellement mener à quelque chose d’extra-conjugal, c’était une hypothèse assez raisonnable.

Oui !

Et oui, dans ce monde-là, il n’y a pas vraiment de milieu entre le couple qui baigne dans l’amour et l’harmonie, et les tentations extérieures qui mènent fatalement à la tromperie, au divorce et chez l’avocat.

Oui… Finalement, à nouveau, on n’osait pas parler.

Ben ouais, un peu toujours le même problème ! J’allais sûrement pas risquer de déclencher une dispute, une crise de confiance, une séparation, voire même la Troisième Guerre mondiale, en avouant que ma nouvelle collègue me plaisait pas mal.

Ah, ta nouvelle collègue aussi ?

Oui, oui, c’était… bah j’ai dit 2-3. Sauf que… mais sauf que, en fait, j’avais tout faux. On risquait rien de tout ça ! En parallèle de nos recherches de réponses aux questions qu’on n’osait pas vraiment poser, de nos petites emplettes osées, et de nos lectures et écoutes pour trouver tous les mots qui ne venaient pas tout seuls, il se passait des trucs. Et si on est à peu près sûrs de qui a commencé à en parler — c’était moi — on se souvient plus trop de qui c’était. Est-ce que c’était Églantine, cette collègue à côté de laquelle je me suis retrouvé lorsque j’ai commencé un nouveau boulot ? Ou bien Carla, qui avait des airs de Carla Bruni en plus jeune, que je voyais parfois dans le train pour aller et revenir du travail, et que je me surprenais à attendre en scannant toutes les personnes qui montaient à bord le soir. Ou alors Miss Revolver, qui se dessinait sous des jupes fendues. Ah non, elle, c’était après, je crois.

Pfff, il y en a plein, en fait ! Et tu te souviens de ma réaction quand t’as commencé à m’en parler ?

Oui je crois qu’avant de commencer à en parler, j’avais entamé une conversation du genre : « Mais tu sais, si jamais t’éprouves quelque chose pour quelqu’un d’autre, si tu me le dis c’est ok, hein ! » Ou alors: « Je pense que si jamais t’allais voir ailleurs, si tu m’en parlais, je pense que je t’en voudrais pas. » Histoire que toi tu saches vraiment qu’on pouvait parler de tout ça. Et c’était vraiment sincère, j’y avais réfléchi, j’étais à peu près sûr de moi : si tu me disais tout, et ben il n’y avait pas de souci. Et du coup je crois que je sais quel crush c’était, vu que je me souviens à peu près quand on a eu cette conversation.

Du coup c’était laquelle ?

Je pense que c’était Églantine, la collègue.

Églantine… mmhmm En tous cas, c’est vraiment typique de cette période-là : toi, t’avais beaucoup réfléchi, t’avais beaucoup mûri sur la question dans ta petite tête à toi, mais moi, je n’étais pas du tout au courant de toutes ces réflexions. Parce qu’on n’avait pas encore appris, en fait, à gamberger ensemble. D’ailleurs, je t’ai répondu quoi quand tu m’as proposé d’aller voir ailleurs ? Parce que là, comme ça, là, ça ressemble un peu à… « Bon, allez, tu peux me dire, tu fricottes autour d’un autre ! » Alors que, pourtant, tu pensais sincèrement à me laisser tester la marchandise à côté.

Mais pas vraiment en fait. Je ne t’ai pas vraiment proposé d’aller voir ailleurs. Cette question, ce n’était pas vraiment chargé. C’était surtout vis-à-vis du passé récent, si t’avais été attirée par quelqu’un tout en étant avec moi. J’étais vraiment intéressé. Je crois que tu avais un peu éludé et retourné la réponse et dit que toi, ben, de ton côté, tu savais pas trop comment tu réagirais si j’avais ou si j’avais eu une relation avec quelqu’un d’autre.

Oui c’est bien mon genre ça.

Surtout quand on sait ce qui se passait à ce moment-là.

Ah oui non mais ça on sait pas ! Enfin toi tu sais pas encore !

Je me suis surtout dit que depuis qu’on était ensemble, il m’arrivait parfois de ressentir des trucs pour d’autres femmes et que ça devait être le cas pour toi aussi envers d’autres hommes. Et d’une part j’étais curieux, j’étais intéressé, j’avais envie de discuter de façon ouverte de tout ça. Et puis je voulais savoir qui aussi. J’avoue qu’une chose qui m’a vraiment fait faire du chemin là-dessus, c’est le film Eyes Wide Shut. Dans ce film, c’est pas du tout les scènes d’orgies dans le château que je retiens. C’est une scène où elle explique à son mari que elle a failli tout laisser tomber pour un beau capitaine, qu’elle était prête à tout sacrifier, toute leur relation, tout ce qu’ils avaient construit juste pour une nuit avec lui. Et ça, pour moi, c’était un peu une révélation parce que pour moi, toutes les femmes c’étaient des princesses, — surtout Joséphine, qui est la plus belle de toutes — et les pulsions sexuelles, physiques, animales, c’était que pour nous, les hommes, les rustres. Et les femmes, elles pouvaient pas. Ce n’était pas possible qu’elles y soient sujettes !

Et pfiout une illusion qui part en fumée.

Ouais, voilà… Et du coup, un peu comme dans ce film, je me suis dit que ce serait bien qu’on en parle. Et c’est intéressant parce que j’avais beaucoup moins de problèmes pour parler des choses qui étaient relativement contemporaines de notre histoire à nous, dans notre passé récent, notre présent ou même un éventuel futur, que des choses qui s’étaient passées avant que je te rencontre, genre ta période de rattrapage. Je n’admettais toujours pas ce passage. C’est assez rigolo d’ailleurs, parce que maintenant je sais ce qu’il se passait pour toi au moment où je t’ai posé ces questions, je m’imagine bien ce qu’il y a dû se passer dans ta tête. Ça devait être panique complète.

Ouais !

Il devait y avoir quelques sirènes d’alarme qui se sont déclenchées dans tous les sens. « M*rde, m*rde, m*rde, m*rde, il se doute de quelque chose ! » Alors qu’en fait non, il y avait aucune arrière-pensée, c’était plutôt bienveillant.

Ouais ben c’était pas drôle pour moi. C’était pas facile.

Elle va vous raconter après. En tous cas, j’ai commencé à en parler, à partager des trucs genre, « Ah dis donc Églantine, aujourd’hui, elle était pas mal. Elle avait un truc qui me plaît, je sais pas quoi. » Ou… « Oh elle a essayé de me parler en français aujourd’hui, avec un accent tellement sexy. »

Ouais t’aimes bien quand une non-francophone te parle français…

Ah oui, ça j’aime vraiment bien. Quel que soit l’accent, c’est trop bien. « Vas-y, répète, j’ai pas bien compris. » Ou alors « Elle était en jupe aujourd’hui et elle a un très joli grain de beauté sur la cuisse ! »

Apparemment c’est vachement haut sur la cuisse !

C’est pas si haut que ça mais rhoo… la jupe n’était pas si courte. Bref, et c’était toujours agrémenté d’un petit « Mais elle est quand même un peu jeune pour moi » ou « Mais on a quand même probablement pas les mêmes préoccupations » ou alors « Elle s’habille vraiment pas bien, ça va vraiment coûter trop cher de lui refaire sa garde-robe ». Ça c’est à propos de Carla, dans le train.

Oui, c’était pas Églantine… Et moi, ben j’avais… aucune idée de comment réagir. C’est sûr que je t’en voulais absolument pas, d’apprécier d’autres femmes. Je ressentais aucun danger pour notre couple. D’accord, il y a certains jours où j’avais pas forcément le moral et j’avais pas vraiment envie d’entendre ce genre de réflexion, mais bon, ça allait. Et un jour, un petit peu pour rigoler, je suis venue te chercher à la gare avec les enfants. Tu m’avais envoyé un message en me racontant que Carla était dans ton train. Du coup, je voulais voir à quoi elle ressemblait et je voulais un petit peu marquer mon territoire aussi, genre pisser sur le bord du quai.

Ça aurait été rigolo, tiens ! « Mais qu’est-ce qu’elle fait ? » Ouais c’était assez drôle, de t’appeler ou t’envoyer un texto : « Elle est là ! » Et c’était aussi marrant parce que t’avais tout de suite trouvé qui c’était dans la foule des passagers.

Ouais j’étais pas sûre, je trouvais qu’elle n’était pas assez bien.

C’est vrai ?

Ouais.

Moi je me souviens que tu m’avais dit : « Ben dis donc elle est jeune ! »

Oui.

Mais moi j’avais dit « Mais pas du tout ! » Oui, si, tu m’avais demandé confirmation quand même…

Ouais.

C’est probablement parce que c’est relativement récent mais je me souviens… assez bien de l’attirance que j’avais pour elle. C’était vraiment purement physique, je lui ai jamais adressé la parole. Je me souviens d’avoir été derrière elle dans la queue des passagers, et l’image que j’ai c’est de son cou qui était dégagé parce qu’elle avait les cheveux regroupés sur le haut de la tête. Et j’avais une envie difficile à résister de l’embrasser dans le cou. Ça serait pas passé probablement…

On saura pas, t’as pas essayé !

C’est l’image que je garde. Et c’était intéressant parce que je m’imaginais surtout l’inviter à déjeuner à midi ou aller prendre un verre en attendant le train d’après parce que le nôtre avait été annulé à la dernière minute. Ça arrivait assez souvent. Ou alors un jour où il faisait très mauvais, lui prêter mon parapluie pour qu’elle puisse rejoindre sa voiture.

🎵 Un p’tit coin d’parapluie 🎵

Et comme il y avait mon numéro de téléphone sur le parapluie…

Ah c’est pour ça !

Voilà ! … au cas où je le perds.

Oui, c’était pas du tout romantique genre Brassens, quoi…

Un petit peu quand même.

Si un petit peu oui, si, si…

Et évidemment c’était du grand cinéma comme quand j’étais ado, comme quand j’étais au collège. Aucune chance que ça arrive. Il y en a certaines — suivez mon regard — qui disent que c’est parce que je suis un grand timide que je lui aurais jamais parlé. Mais je savais que c’était pas que ça. Intérieurement je savais que je ferais absolument rien, parce que si je faisais la moindre amorce de premier pas, ça serait… ça serait trahir Joséphine, ça serait m’éloigner d’elle. J’étais vraiment dans le mode « exclusivité », et c’était absolument pas concevable que je fasse quoi que ce soit. Ça m’aurait engagé dans une pente glissante, et j’avais un peu peur de ce qu’il y avait en bas, quoi. En tous cas, ça aurait été probablement sans Joséphine, en bas de cette pente. Je ne pouvais pas m’empêcher de regarder Carla, de chercher son regard. Mais quand enfin elle tournait la tête vers moi, en un éclair, pouf ! Je détournais les yeux, il n’y avait plus personne. J’assumais absolument pas. Je voulais vraiment rester en fait en mode zéro risque que ça se concrétise, j’étais terrorisé à l’idée qu’elle me grille et qu’elle pense que j’envisage des trucs avec elle parce que… parce que j’étais pas prêt du tout, quoi ! Mais bon, c’était si bon de se faire des films.

Oui !

Je me souviens d’un soir où le train était bondé, il restait plus qu’une place en face de moi. Et là, elle est montée dans le wagon et a marché droit vers la place vide. Alors j’ai perdu tous mes moyens, c’était niveau collège. Ouais, elle a posé son sac à côté du mien, mais alors puissance 10. Et normalement j’essaie de travailler dans le train, mais là c’était juste pas possible quoi. J’ai fait semblant.

De travailler ?

Ouais. Je crois qu’elle m’a marché sur le pied en s’installant, j’ai eu aucun problème. « Vas-y, c’est un plaisir ! » « Tu peux recommencer ! » Je ne lui ai pas parlé, je lui ai jamais vraiment… jamais adressé la parole. Et par contre, après ce petit trajet, en arrivant et en retrouvant Joséphine, c’était l’euphorie. Il s’était absolument rien passé. J’étais juste heureux, bêtement, qu’elle se soit assise en face de moi.

Je me souviens du « bêtement », oui.

J’avais un grand sourire, probablement un peu stupide, et je racontais tout en fait ! Bon pas grand-chose : il s’était pas passé grand-chose ! Et c’est là que je crois que je me suis rendu compte, toujours avec mon sourire un peu bête, que la pente glissante que je redoutais, où il y avait des panneaux « danger » partout, j’étais en train de commencer à la descendre, j’avais au moins un pied dedans, quoi.

Mais t’étais avec moi quand même.

J’étais avec toi. Et donc je sais pas ce que t’as ressenti toi quand je t’ai parlé de ça, mais moi ça m’a fait réaliser que je pouvais vraiment pas me permettre d’aller plus loin, que j’avais passé les limites. Paradoxalement c’est peut-être le fait de t’en avoir parlé qui fait que justement il s’est rien passé et j’ai pas cherché à aller plus loin. Et puis de toute façon, quelques semaines après, elle a dû changer de boulot parce que j’ai plus revue. Bon, ceci dit, je cherche toujours sa voiture sur le parking de la gare.

Non mais c’est parce que je l’ai appelée après que tu m’as dit. Je lui ai dit « Bon, tu prends plus le train. »

Tu lui as brûlé sa caisse.

Aussi.

Ceci dit, c’est intéressant d’ailleurs, parce que dans ces crushs plus récents, le fait d’en parler avec Joséphine et le fait de lui raconter, ça les rendait acceptables. J’avais plus cette volonté d’éviter à tout prix de fréquenter les femmes en question. Et au contraire, même, je les recherchais, je les attendais. C’était un plaisir de les voir. Et je n’avais plus peur que tu me grilles, vu que tu savais tout.

Oui, c’est vrai.

Je n’avais plus cette crainte-là. Et c’était tout bénef, en fait. J’avais d’une part le plaisir de vivre ces émotions, et après, je les partageais avec toi, donc c’était… Je les vivais deux fois, c’était vachement bien. Et je sais pas comment, toi, tu l’as vraiment vécu à ce moment-là, comment tu l’as ressenti, mais pour moi, c’était vraiment cool.

Oui, pour moi c’était plus compliqué… mais c’était pas à cause de toi ni à cause de tes crushs…

C’était peut-être à cause des tiens ?

C’est ça. Et à ce moment-là, moi, j’étais pas du tout prête à en parler. Mais je crois qu’on en a assez raconté cette fois-ci, donc on va se faire un autre épisode, peut-être, avec les miens, de crushs, si on ose…

Allez, osons.

À bientôt.

À la prochaine.

Balisé avec :Premiers pas

006 | Les mots des autres – comment on a enfin osé parler de sexe tous les deux

Hippolyte & Joséphine, le 31 juillet 2026 Laisser un commentaire

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006 | Les mots des autres – comment on a enfin osé parler de sexe tous les deux
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À défaut de réussir à engager des conversations intimes, Hippolyte et Joséphine ont ouvert la porte à quelques « intervenants » spécialisés, sous la forme d’une app pour guider des ébats d’un nouveau type, d’un jeu de cartes, d’une bibliothèque érotique… Le tout avec pas mal de succès !

Quelques liens:

  • Téléchargez l’app Melba, et profitez d’un mois gratuit avec le nom de notre site en majuscules comme code promo (les 9 lettres entre https:// et .fr, en majuscules). En cas de souci n’hésitez pas à nous contacter ou à contacter Melba.
  • Osmooz Hot : un jeu de cartes « action ou vérité » pour pimenter votre couple
  • Une plateforme de textes érotiques : Revebebe
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00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
01:02 Petit résumé pour ceux qui prennent le train en marche
03:04 L’arrivée des « mots des autres » via l’app pour couples Melba
15:49 Les histoires érotiques, Revebebe et Osmooz
19:39 Les effets de tout ça sur nos ébats
24:44 Les barrières qui vacillent

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

et Joséphine !

Bienvenue dans ce nouvel épisode intitulé « Les mots des autres » , toujours sur le thème de nos « Premiers pas ».

Mais d’abord, comme d’habitude, un petit résumé pour ceux qui prennent le train en marche.

Ouais, nous étions donc tout doucement passés du stade couple qui fait l’amour de temps en temps, un peu plan-plan, sans orgasme, à couple équipé d’un peu de lingerie, d’un jouet magique qui nous permet d’explorer, qui fait un peu plus souvent l’amour, et avec un petit peu plus de piment, de plaisir, et même des orgasmes de temps en temps du côté de Joséphine. Et un peu plus d’équilibre en termes d’initiatives. Mais bon, c’était quand même un couple qui n’en parlait toujours pas tant que ça. Physiquement, je pense qu’on avait trouvé une des clefs pour enclencher la spirale du plaisir et du désir…

Ah non, non, non, non, pas déjà, hein !

Ben quoi, j’ai plus du tout le droit de la replacer celle-là ?

Ben… Je sais bien que tu l’aimes bien ta spirale du plaisir et du désir, mais ça va finir par être répétitif.

Ouais mais t’es pas drôle. C’est normal que ce soit répétitif: c’est un cercle vertueux. Tu veux que je boude, c’est ça ?

Bah écoute, si tu veux, tu peux, hein !

Bon bah d’accord, moi je boude alors.

OK, c’est pas grave, moi je continue. Donc on avait beau avoir fait quelques découvertes intéressantes, on était encore bien trop timides pour avoir de vraies discussions sur le sexe, sur ce qu’on aimait, sur ce dont on avait envie. Ça nous paraissait une montagne infranchissable. Il y avait trop d’obstacles pour réussir à parler. D’abord, on ne savait pas quels mots utiliser. En plus, on avait peur d’être maladroit, ou bien mal compris, ou bien les deux. On avait peur d’être vulgaire, de choquer l’autre. On n’était toujours pas à l’aise avec les sujets olé olé. C’était plus facile en fait de se cacher derrière un gros tabou que d’essayer d’engager des discussions. Et au final, vu que c’était trop difficile de trouver les bons mots juste nous deux, on a eu besoin de les faire venir d’ailleurs.

Ouais enfin on ne les a pas faits venir volontairement, hein, ils se sont un peu invités sans qu’on leur demande, les mots.

Mais tu boudes plus toi ?

Non, j’ai une conscience professionnelle, moi, on a commencé l’épisode quand même. Faut le finir ! Même si « on » provoque des disputes au bout de trois phrases et demie…

N’importe quoi. Donc oui, c’est vrai, ils sont arrivés un petit peu tous seuls, les mots, comme des grands. En fait, un beau jour, on a déniché quelque chose qui nous a permis de nous faire beaucoup évoluer dans notre vie de couple. Quelque chose qui avait l’air de rien au premier abord, qu’on a pris comme juste un jeu, mais qui a délié nos langues au sens propre, comme au sens figuré d’ailleurs. Et c’est encore Hippolyte qui l’a déniché, ce quelque chose.

Oui, c’est encore moi. Mais c’était pas prémédité du tout. Ça a commencé avec un post d’une de mes connaissances sur LinkedIn. Ça recommandait une app qui venait de sortir. Ça avait un joli nom, ça s’appelait Melba, comme la pêche. Ça avait l’air de parler de sexe et de s’adresser aux couples. Parfait. Les trucs sexe, en général, je me méfie un peu : il y a quand même pas mal de titres attrape-clics qui sont alléchants, mais au final, le contenu est décevant. Mais bon, ça venait d’une source sûre, de confiance.

Ouais, ouais, ouais, de confiance…

Donc je suis allé voir Qu’est-ce qu’il y a, elle te va pas ma source ? Et j’ai découvert une app qui proposait des accompagnements audio pour des expériences sexuelles guidées à deux. Ça avait l’air assez intriguant et puis c’était un peu excitant quand même au premier abord. Enfin en tout cas c’était suffisamment excitant pour que je me dise « Bon alors ça faut que j’en parle à Josephine ! » Du coup, j’ai pas trop réfléchi, et c’est allé assez vite. Le soir même, les yeux tout pétillants, j’ai dit à Joséphine « Viens voir j’ai une surprise ! » Et après un rapide exposé à l’abri des oreilles des enfants, parce que Joséphine elle aime moyennement les surprises trop surprenantes, il faut un petit pitch « surprise » pour que ça passe bien. Elle a dit « Ah ouais tiens, pourquoi pas ? » Donc on a téléchargé Melba, on s’est inscrits, et quelques minutes plus tard, on lançait la lecture sur un premier épisode.

Et c’était bien. C’était même très bien. Je ne me souviens plus exactement de ce qu’il y avait dans ce tout premier épisode, mais je me souviens que c’était agréable d’être guidée, que je n’avais absolument pas de problème pour suivre les indications de la voix, même si elle me proposait de faire des choses que je ne faisais pas trop d’habitude. Et ce soir-là, on a dû en faire pas mal, des choses qu’on ne faisait pas souvent. Ou alors, en tout cas, pas tout ça en une seule soirée ! Et c’était une surprise assez sympa. Je me demande bien d’ailleurs ce qui t’a convaincu d’essayer tout de suite, sans te laisser mettre des bâtons dans les roues par tous les tabous qui nous entouraient.

C’était excitant. Je n’ai pas beaucoup réfléchi, je ne me suis pas posé 50 000 questions. En tout cas, ça me faisait de l’effet, j’étais excité comme une puce. Ce soir-là, je me souviens, j’étais impatient de mettre les enfants au lit. « Allez hop, tout le monde au lit, sept heures et demi, on s’en fout, vous ne vous êtes pas brossés les dents, c’est pas grave. Allez, on a des trucs à faire. » Et même s’il avait fallu un petit peu de courage pour essayer de t’en parler, il y avait assez peu de risques que tu trouves ça choquant, On avait déjà franchi quelques pas avec le jouet. Il y avait quand même beaucoup moins de chances que ça se termine en douche froide — en douche froide métaphorique. J’avais quand même une petite crainte que t’aimes pas trop que quelqu’un te dise quoi faire parce que je te connaissais un peu quand même. Mais en fait non, ça n’a pas posé de problème du tout et puis c’est tant mieux. Et même si tu déclinais la proposition, ben c’était pas grave. Ça m’était déjà arrivé que tu dises non et même si c’est pas forcément agréable sur le coup, je m’en étais remis. Et puis, soit dit en passant, il y a quand même des choses auxquelles t’as dit non une première fois — je n’ai pas insisté — et puis qui sont venues de toi ensuite. Donc, il y avait toujours de l’espoir. Et puis, même si on essayait Melba et que c’était décevant, même si c’était moi qui avais proposé et qui l’avais amené dans notre couple, je n’étais pas en charge du contenu et de l’expérience. C’était plus facile de se dire « Bon ben tant pis, ça n’a pas marché » et passer à autre chose. C’était pas ma faute, quoi ! Il n’y avait donc pas grand-chose à perdre, pas mal à gagner, donc le calcul a été assez vite fait. De toute façon, vu l’effet que ça me faisait, ce n’était pas évident de garder ça pour moi, il fallait que j’en parle. Bref, on a tout de suite accroché, puis on a profité d’une semaine en mode démo qui a été ma foi plutôt agréable.

Oui ! Ça nous a permis de découvrir un petit peu plus Melba. Alors en pratique, on choisit ensemble un épisode. Il y a pas mal de thèmes différents et la couleur est annoncée, donc on sait à peu près dans quoi on se lance. On n’y va pas complètement à l’aveugle et c’est rassurant.

Surtout pour toi qui es moyennement fan de surprises.

C’est ça. Donc on peut dire, « le contenu de cet épisode-là, oui, pourquoi pas, celui-là, non, non. » Une fois qu’on a choisi l’épisode, une voix nous guide et elle nous indique des gestes à faire. C’est assez précis, mais sans excès. Et on met le téléphone dans un coin du lit, il reste là-bas et la voix nous encourage à faire des gestes qu’on faisait déjà naturellement, d’autres gestes qu’on a essayé parfois, mais qui ne font pas partie de nos habitudes, ou encore d’autres choses qu’on n’a jamais osé faire ou jamais osé demander.

Oui, le fait d’avoir cette voix qui nous guide, ça retire complètement la pression de l’initiative en fait. Je sais pas comment c’est pour vous les hommes qui nous écoutent, mais moi quand on faisait l’amour avec Joséphine, j’avais souvent ressenti une sorte de pression de « Mais qu’est-ce qu’on va faire après ? » « Est-ce qu’elle s’ennuie ? » « Bon OK c’est sympa, mais il va peut-être falloir changer là quand même. » Une sorte de pression de l’initiative et de la proposition qu’il faut équilibrer avec le risque de déplaire, de choquer, de passer pour un dépravé.

En fait, c’est la charge mentale de mener la relation sexuelle. C’est vrai, en fait, on n’en parle pas assez de cette charge mentale-là.

Ben ouais, mais pourtant, elle est là hein, surtout au début d’une relation et puis surtout quand on ne parle pas, même après quelques années.

Oui !

Alors qu’avec Melba, les actions elles viennent de l’extérieur, de quelqu’un qui ne juge pas, et qu’on ne peut pas juger non plus. Enfin, si on peut, mais elle s’en fout, la voix. Et on a la liberté de suivre ou de ne pas suivre, en pratique, à part quelques rares exceptions, même si on sort un peu de notre zone de confort, on la suit parce que c’est pas mal. On découvre des choses.

Oui… Il y en a vraiment pour tous les goûts. Ça va du très, très soft, qui est presque de la méditation. D’ailleurs, ça ne marche pas du tout pour Hippolyte.

Non ça ne marche pas pour moi…

Non, il s’endort ! Donc du très, très soft à des choses beaucoup plus osées, en passant par toute une grande variété d’options. Pour moi, une des choses qui m’a beaucoup aidée, c’est que la voix explique comment faire certains gestes que je n’osais pas forcément faire. Par exemple, pour la fellation, c’était vraiment confortable de pouvoir me reposer sur une voix experte pour tester des nouvelles choses, pour tester des variations. Parce que devoir deviner comment faire et ce qui peut faire du bien alors qu’on n’est pas équipée soi-même d’un pénis et qu’on a du mal à imaginer les sensations que l’autre ressent, ça aussi, en fait, c’est une charge mentale.

Oui, et pareil dans l’autre sens.

C’est vrai.

Avoir ce guide, ça rend les choses tellement plus faciles, avec une voix qui demande à notre place des choses qu’on n’ose pas forcément demander. Pendant les épisodes, moi j’imaginais parfois même ce que la voix allait dire après, et quand elle suivait mes envies, c’était trop bien, parce que je n’aurais jamais osé demander.

Alors au final, on a trouvé l’expérience tellement intéressante qu’après une poignée d’épisodes testés, quand Melba nous a demandé si on voulait donner un retour d’expérience, on a dit oui. C’était le lancement de l’app, donc ils offraient un mois gratuit si on acceptait un débrief au téléphone avec un des membres de l’équipe. Et c’était tentant.

Oui, un mois gratuit, c’est vachement tentant. Et c’est rigolo parce que c’est Joséphine qui s’occupait de tout. Elle a rempli le formulaire, répondu aux questions, aux emails, etc. Tout ça pour profiter de Melba aux frais de la princesse un mois de plus.

Tout ça pour continuer à expérimenter : tout est scientifique, tu sais bien…

Oui, c’est tout de la recherche. Autant vous dire que j’étais assez content de moi quand même. Ça avait l’air d’avoir plutôt bien marché, ma petite surprise. Et au passage, en tant qu’auditeurs fidèles d’Hippolyte et Joséphine, on en a une autre de surprise. Vous n’avez pas besoin de remplir un formulaire ni de répondre à des tas de questions pour avoir un mois gratuit. C’est Melba qui vous l’offre, ce mois gratuit. Il suffit d’utiliser le code *********, en majuscules, tout attaché, pour en bénéficier. Si jamais vous écoutez cet épisode longtemps après sa publication et que le code ne fonctionne plus, allez faire un tour sur notre site, sionosait.fr sur la page de cet épisode, — c’est le numéro 6 — et il y aura très certainement un lien ou une offre mise à jour. Et au pire, vous pouvez toujours nous envoyer un message.

Ah oui, envoyez-nous des messages. On a remarqué qu’il y avait assez peu de gens qui étaient prêts à envoyer des commentaires, et on comprend, mais envoyez-nous des messages, ce ne sera pas public, on restera discrets, promis.

Même si tout fonctionne, allez-y, ça nous fera plaisir.

Je crois qu’il y a un formulaire pour nous envoyer des messages aussi.

Il y a un formulaire pour nous envoyer des messages avec un pseudo vous n’avez même pas besoin de mettre votre adresse e-mail.

Bref, je me suis débrouillée pour trouver un créneau avec Lucie. Lucie, c’est la co-fondatrice de Melba. Et je n’avais jamais vraiment parlé de sexe à qui que ce soit. Mais entre l’anonymat de l’échange téléphonique et les questions toutes simples et pas du tout envahissantes de Lucie, je me suis sentie à l’aise pour parler. Alors elle m’a d’abord demandé ce que j’avais pensé de l’expérience, ce qu’Hippolyte en avait pensé. Et là, ben… je ne savais pas vraiment. En fait, on n’en avait pas parlé en détail. Donc j’ai dit à Lucie « Attends deux secondes, je vais le chercher. » C’était cool pour elle parce que c’était la toute première fois qu’un couple avec les deux personnes en même temps lui racontait son expérience avec Melba. Et on en a gardé l’impression d’une conversation de couple avec une sexologue. Alors Lucie n’est pas sexologue, mais elle connaît très très bien son sujet. C’était une conversation un petit peu imprévue, très simple, ouverte, intéressante. C’était la première fois qu’on parlait de sexe ensemble. Et notre niveau de gêne était sûrement assez haut, mais on a osé répondre aux questions de Lucie l’un devant l’autre. Et contrairement aux attentes, on n’a même pas disparu dans la crevasse insondable de la honte.

« La crevasse insondable de la honte » ?

Ouais. T’aimes bien ?

Ça vaut la métaphore avec le plaisir…

Oui, je la replacerai, t’inquiète pas.

On va faire attention, hein… Oui donc dans cette conversation, il y a eu en effet des blancs, d’hésitation, de gêne. Mais au final, en voulant répondre du mieux qu’on pouvait aux questions, eh bien on a raconté à Lucie des choses qu’on ne se serait peut-être pas racontées. Le fait d’avoir été obligés d’exprimer des trucs intimes, l’un devant l’autre, ça a en quelque sorte ouvert des portes et des possibilités de conversations qu’on n’avait peut-être pas avant. Je me souviens, on est ressortis un petit peu incrédules, avec le sourire, et on avait du mal à réaliser qu’on avait réussi à dire tout ce qu’on a dit.

Ça nous a donné encore plus envie de profiter de Melba et des nouvelles expériences qu’elle propose régulièrement. On a même pris un vrai abonnement après ce mois gratuit.

Oui, parce que faire tous les épisodes en un mois, c’est pas possible, il faudrait une condition physique de malade, ça serait épuisant !

Donc les expériences qui sont proposées sont renouvelées régulièrement, et on a encore fait un tas de découvertes intéressantes, avec des jeux de rôle très excitants, des histoires de collègue qui devait déposer un dossier tard, tard, tard, chez sa cheffe. C’était bien, il était bien ce petit collègue, ce petit jeune.

T’aimes bien… t’as bien aimé les jeux de rôle, toi, hein ?

Ou les petits jeunes.

Ouais, je pense qu’il y a un truc avec les jeux de rôle, quand même.

Ouais !

Oui et avec tout ça, en plus de notre petite conversation avec Lucie, les effets positifs se sont faits ressentir, progressivement, mais quand même assez vite. D’abord, il y avait l’anticipation. « Allez, ce soir, on se fait un Melba ? » « Allez hop, au lit les loulous ! » La préparation — ça peut être juste se mettre en… en habits un peu classes, en robe ou avec de la lingerie…

une belle chemise, des sous-vêtements…

Pendant, évidemment — parce qu’on découvrait des trucs. Je crois que c’est en faisant un de ces épisodes que je me suis rendu compte que t’avais vraiment l’air de prendre du plaisir à me faire une fellation. Et jusqu’à là, je me disais « ça doit peut-être pas être très sympa pour elle » Et en fait, ça avait l’air sympa ! Et une fois que c’était fini — on faisait parfois un petit débrief.

Faut pas se leurrer, au début le débrief c’était assez concis : « Ah c’était sympa ! » « Oh waouh, c’était pas mal… » Mais petit à petit on a osé se demander l’un l’autre : « Vas-y raconte, qu’est-ce que t’as aimé dans cet épisode ? » Et on a fini par avoir des discussions un petit peu plus élaborées qui étaient encore beaucoup plus intéressantes.

Oui, ça nous a fait nous rendre compte que certaines choses nous faisaient vraiment du bien l’un à l’autre. Et au final, ça a augmenté notre confiance pour réessayer certaines choses, hors Melba, sans avoir besoin d’un coach ou des encouragements du public.

Alors, on a aussi pris de l’inspiration parmi tous les épisodes qui étaient proposés. Par exemple, pendant des séjours dans d’autres lieux, on a mis à profit des miroirs bien placés — parce qu’on n’en a pas chez nous. Enfin, si on en a, mais

Oui, ça serait un peu dangereux de les utiliser pour ça.

Oui… Au final, il y a eu pas mal de chemin parcouru entre Joséphine et Hippolyte qui faisaient l’amour dans la pénombre, pas trop souvent, sous les draps.

En galérant à trouver un clitoris.

C’est vrai. Et Joséphine et Hippolyte qui se regardent d’un air complice en voyant un grand miroir amovible dans un AirBnB.

Ah ouais ! Tout ça pour dire que c’était vraiment sympa. Et avec notre expérience, on ne peut que recommander cette app à tous les couples qui, comme nous à l’époque, avaient du mal à parler et à oser faire des choses. Oui !

Donc Melba nous a vraiment beaucoup accompagnés, mais il n’y a pas eu que Melba qui nous a fait parler et qui nous a aidés à trouver des mots pour qu’on puisse à notre tour se mettre à parler. Alors entre autres expérimentations pour épicer notre vie sexuelle, on a essayé à un moment d’écouter tous les deux ensemble des histoires érotiques. Et la première tentative, c’était pas vraiment brillant. Il y avait une histoire de cerf qui se prenait une flèche dans le cœur au beau milieu de la rivière. C’était peut-être ésotérique, mais pas franchement érotique à mon goût.

Je ne me souviens pas trop de celle-là, mais je me souviens de celle d’un gars qui se retrouvait dans un placard sur le palier d’un immeuble. Et, ouais… c’était pas… Peut-être que c’était érotique pour certains, mais alors nous on s’est regardés après et on a dit : « On va trouver autre chose, hein ! »

Ouais, donc, pour trouver autre chose, on a essayé de lire nous-mêmes des histoires érotiques. Et là, on a eu un peu plus de succès. Donc on s’est tournés vers « Revebebe ». C’est une plateforme qui apparemment date un peu, mais que je ne connaissais pas, et où tout un chacun peut déposer ses créations littéraires érotiques.

Moi, je connaissais plutôt bien. J’y avais fait mes premiers tours, je pense à l’adolescence. La mise en page, elle n’a pas vraiment changé depuis mon adolescence. Mais c’était toujours alimenté en contenu. C’est des auteurs amateurs qui publient leurs textes. Il y a du bon, il y a du moins bon. Il y en a dans tous les styles. Il y a des trucs de science-fiction, des trucs qui se passent au Moyen-Âge, bref. Il y a des centaines, peut-être même des milliers de récits pour tous les goûts. Donc le site c’est revebebe.free.fr. On mettra le lien dans les notes de l’épisode. Et un des gros avantages c’est qu’il y a des tags, des catégories, des résumés pour chaque histoire. Donc on peut choisir une histoire qui aura des chances de nous plaire et parfois il y a même des séries et ça peut nous faire plusieurs soirées.

Oui… Donc on s’est mis à lire certaines de ces histoires à voix haute, l’un puis l’autre, on s’écoutait l’un l’autre, et c’est pas mal parce que non seulement il y a l’histoire qu’on a bien choisie et à laquelle on est assez réceptifs, mais en plus la voix s’accélère, le rythme de la respiration change, il y a des indices qui dévoilent l’excitation du lecteur, et ça rajoute en plus à celle de l’auditeur.

Oui c’est… Ça donne envie, là, ça fait longtemps qu’on n’a pas fait ça d’ailleurs.

Bah, écoute, on peut faire ça ce soir, si tu veux.

Et oui, avec ces histoires aussi, ce qui est intéressant, c’est qu’en général, ça commence assez tranquillement, mais à un moment, ça embraye avec du vocabulaire un peu explicite, parfois même cru. Et quand c’est écrit, on le lit, on ne censure pas, on ne met pas des « bips » à chaque fois qu’il y a un mot un peu osé. Et du coup, ça libère un peu la parole, ça nous aide à accepter ce vocabulaire, ou en tout cas le champ lexical, pour en parler entre nous. Jusque là on avait quand même peur de choquer l’autre en décrivant des choses comme elles sont et on s’aperçoit que… ben en lisant les histoires c’est pas si choquant que ça au final.

Oui… et parmi tout le champ lexical du sexe qu’on osait lire, eh bien on pouvait piocher les mots qui nous convenaient le plus et du coup on pouvait mieux décrire ce qu’on ressentait, on pouvait mieux proposer des gestes nouveaux, mieux poser des questions.

Il y a autre chose qui nous a fait parler, et cette fois c’est venu de toi, c’était cool !

Eh oui !!

Tu m’as offert un jeu de cartes un jour: Osmooz Je ne sais pas comment ça se prononce exactement d’ailleurs.

« Osmouze » ?

« Osmouze », oui. Il y a deux O. On mettra le lien dans les notes de toute façon.

Non il y en a trois.

Oui mais il y a deux O ensemble. Avec trois tas de cartes : un tas soft, un tas medium et un tas hot. Chaque carte propose un petit défi, action ou vérité, qui nous fait discuter ou faire quelque chose sur un sujet qu’on n’aurait pas forcément abordé sans le jeu. Parfois, bon… il faut avouer qu’il y en a qui ne nous inspirent pas beaucoup et on passe la carte, sans rien faire ou sans rien dire. Mais bien souvent, les cartes ont le mérite quand même de nous faire parler et découvrir des choses sur l’autre, voire même peuvent avoir un dénouement assez torride.

Ah oui je me souviens de ce jeu de rôle avec un douanier qui était très, très persévérant.

Ah, encore un jeu de rôle, oui… décidément…

Oui… Ouais !

Bref, tout ça pour dire que si on avait encore du mal à trouver nos mots à nous pour parler de sexe, grâce à des apps, des lectures ou des jeux érotiques, on faisait pas mal de progrès. Et de parler un peu plus de nos envies, ça nous permettait de mieux nous comprendre, probablement d’accepter, et aussi de tenter des choses nouvelles hors cadre. Et ça a enclenché un cercle vertueux de dés…

Ah non non non ! Tu l’as déjà placé !

… d’excitation et de partage Ça va mieux ?

Oui c’est mieux… Ouf !

… qui améliorait grandement notre vie sexuelle. Et en parlant, on est arrivés à se faire plaisir l’un à l’autre de plein de façons, et même à le faire durer ce plaisir. En regardant un peu en arrière, c’était un peu cocasse en fait, parce que je crois que pendant des années, chacun de nous se souciait plus du plaisir de l’autre que du sien

Oui, c’est sûr.

et était focalisé sur le fait que l’autre devait prendre du plaisir, sans vraiment profiter de ce qui se passait pour lui.

Oui, j’ai l’impression que la priorité numéro un, c’était… Moi, j’ai mis du temps à me rendre compte que ta priorité numéro un, c’était que moi, je prenne du plaisir. Et moi, j’avais du mal à me laisser aller et à… justement, à prendre du plaisir si j’étais pas sûre à 100% que toi, ce qu’on faisait, ça te procurait au moins autant de plaisir.

Oui, on essayait chacun de deviner ce qui plairait à l’autre. Et malgré toute notre bonne volonté…

ça ne suffit pas !

ça ne marchait pas ! Et on était un peu bloqués en fait dans cette situation. Et de s’être retrouvés à devoir en parler, ça débloquait plein de choses.

Oui ! Je me souviens, une fois, je t’ai dit, « Là je suis trop fatiguée, tu fais ce que tu veux. » « Enfin si tu veux vraiment faire quelque chose, tu peux faire ce que tu veux, mais moi je ne fais rien. » Et ça ne t’avait pas rebuté, au contraire. Et c’était très très bien ! Moi, j’en avais bien profité. Et je pense que c’est une des premières fois où j’avais consciemment pris la décision de juste profiter sans me mettre de pression. Je t’avais annoncé que je n’avais pas d’énergie pour faire des choses pour toi. En tout cas, c’était bien. Moi, je me souviens de ça ! Je ne m’attendais pas à ce que ça soit aussi bien ce soir-là. Et si, c’était très, très bien. Donc avec tout ça, on était presque étonnés de la facilité avec laquelle on arrivait à échanger sur le sexe, une fois qu’on avait osé essayer. Il y avait aussi beaucoup de bienveillance. Nos tentatives, que ce soit des tentatives de discussion ou des tentatives de nouvelles activités sexuelles, elles étaient toujours très très bien accueillies, c’était pas mal. En fait, il n’y avait pas de raison d’avoir peur. Et finalement, si on voulait proposer de nouvelles pratiques, ne serait-ce qu’un miroir…

Ou une table !

Oh, une table ! Attends, on n’en est pas là ! C’est quand même plus facile d’être un peu à l’aise avec les mots pour en parler. Bon, miroir et table, ça va, on peut en parler, mais…

Oui, « miroir et table, on peut en parler », je ne sais pas, parce qu’il y a eu des moments où c’était pas forcément… Enfin moi j’osais pas forcément te proposer ça, quoi !

Oui, c’est vrai. « Miroir » et « Table », les mots tout seuls, ça va, mais « faire l’amour avec un miroir ou une table », ça devient un peu plus compliqué.

C’est ce que je voulais dire. Et c’est vrai que maintenant, quand on y pense, on se demande « Mais pourquoi ? » « Pourquoi on n’avait jamais parlé de tout ça entre nous ? » Ça nous paraissait si évident. « Pourquoi on avait toujours été gênés de dire certains mots ? » « Pourquoi on n’avait jamais osé ? » « Pourquoi il y avait encore tant de sujets qui nous mettaient mal à l’aise ? » C’est quand même fou que pendant tout ce temps on n’y soit pas arrivés et qu’on ait eu besoin de des encouragements, des « mots des autres », pour… ben pour commencer à discuter, tout simplement.

Oui… Entre les emplettes, le jouet à usage purement scientifique, et finalement, ces « mots des autres », on a clairement commencé à faire vaciller certaines barrières et à prendre encore plus de plaisir dans nos ébats, ce qui, évidemment, avait un impact positif sur notre vie de couple.

Oui, même plus que positif. Ça n’a pas changé notre vie, mais presque quand même. Ça donne tellement d’occasions de se réjouir, d’échanger des regards complices. Quand on met la table du petit-déjeuner à l’endroit où quelques heures plus tôt Joséphine était allongée et gémissait de plaisir, sans que les enfants se doutent de rien… Ou alors en voyant un grand miroir quelque part. Moi j’ai aussi découvert la sensation de tenir Joséphine dans mes bras pendant qu’elle a un orgasme. C’était un truc assez incroyable. Je me souviens pas du tout premier.

Moi non plus…

Je pense que ça s’est passé relativement progressivement en fait. Mais quand il y en a eu, de plus en plus régulièrement, bah c’était… Waouh, je sais pas, j’ai pas de mots pour décrire ça, c’est juste magnifique de voir la femme de sa vie dans cet état, perdre enfin le contrôle.

Ouais, lâcher prise… J’ai réussi.

Et de savoir qu’on y est un petit peu pour quelque chose. Et puis en plus, quand elle a encore envie le lendemain, c’est trop bien. Et d’ailleurs, pour la petite histoire, maintenant, Joséphine a des orgasmes si intenses et si longs… que je suis un peu jaloux, moi. J’aimerais bien avoir les mêmes !

Oui, mais on n’est pas faits pareil.

Oui, malheureusement.

Et… non mais c’est bien joli, tu divagues, mais tu m’as foutu en l’air ma transition sur les barrières.

Ah pardon.

Donc je disais qu’on avait commencé à faire vaciller certaines barrières.

Des barrières ?

Oui.

T’es sûre qu’on a fait vaciller des barrières ? Parce que moi, autant la table, je me rappelle, mais les barrières, ça me dit rien.

Non mais c’est pas facile quand tu m’interromps comme ça. On savait pas encore qu’il y avait aussi moyen de non seulement les faire vaciller, ces barrières, mais aussi les renverser, les escalader, pour aller encore plus loin.

Oui, en effet, mais on va garder le suspense parce que cet épisode il est déjà un peu long. Alors le vandalisme de barrière, si tu te permets, ce sera pour la prochaine fois.

Si on ose…

A bientôt !

A bientôt !

[…]

C’est bon, je peux aller bouder maintenant ?

Non ! Ben non, tu peux pas, il faut faire le montage maintenant.

Rhoooo on peut jamais bouder ici !

Non, désolée…

Balisé avec :Premiers pas

005 | Petites emplettes osées – quelques accessoires pour pimenter la sexualité de notre couple

Hippolyte & Joséphine, le 17 juillet 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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005 | Petites emplettes osées – quelques accessoires pour pimenter la sexualité de notre couple
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On vous emmène en virée shopping, direction les magasins de lingerie, de nuisettes… et l’achat d’un Jouet, avec un grand J. Un Jouet magique avec lequel Joséphine fera des expériences scientifiques qui titilleront la libido d’Hippolyte…

Ou comment passer doucement d’une vie sexuelle plan plan à des soirées un peu plus épicées !

Le film auquel on fait référence : Pour le plaisir, de Reem Kherici, avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius

Et quelques modèles de Jouet avec un grand J comme Joséphine (liens affiliés):

  • Satisfyer Pro 2 (on a la version 1 et elle marche plutôt bien déjà !)
  • Womanizer Liberty 2 (c’est les inventeurs du principe)
  • We-vibe Melt 2 (si vous voulez la connexion bluetooth)
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00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
00:56 Séances de shopping
01:52 Lingerie et porte-jarretelles
05:06 Pyjamas sexys
06:55 Le Jouet : étude de marché
09:47 Le Jouet : un cadeau
11:15 Le Jouet : premiers essais
13:29 Le Jouet : expériences scientifiques
15:17 Les mots magiques
15:49 Et si vous osiez, vous aussi ?

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

…et Joséphine !

Bienvenue dans ce nouvel épisode intitulé « Petites emplettes osées » qui continue sur le thème des premiers pas. Alors moi, j’ai un peu perdu le fil avec tous ces épisodes. On en était où ?

On avait décrit notre vie sexuelle qui n’était pas trop mal, mais un peu plan plan. On avait parlé des recherches d’informations qu’on faisait chacun de notre côté dans des livres, dans des articles. On avait aussi parlé de nos difficultés à briser les tabous autour du sexe.

Et mine de rien, on a tout de même évolué, tout doucement, petit pas par petit pas. Donc encore, ça s’est fait sur plusieurs années. On a essayé de creuser un peu dans nos souvenirs, parce que c’était il y a un petit moment. En les croisant avec nos relevés de cartes bancaires, a priori, on a fait quelques séances de shopping.

Alors, il faut savoir quand même que le shopping, c’est vraiment pas notre truc. Dans les magasins, il y a trop de monde, il y a trop de bruit. On trouve jamais ce qu’on veut, ça prend du temps, ça coûte cher. Mais bon, un jour, alors qu’on s’était lâchement débarrassés de nos enfants pour une soirée en amoureux avec un lendemain matin tout tranquille, Hippolyte a décidé de m’emmener faire les magasins.

J’avais voulu faire une surprise vu que pour une fois on n’avait pas les enfants dans les pattes. Mais c’était un tout petit peu tombé à l’eau parce que la veille ou quelques jours avant tu m’avais fait une sorte de scène, — t’en fais pas souvent, mais alors celle-là je me souviens assez bien — comme quoi je m’occupais pas assez de toi, je faisais pas attention à toi, des trucs dans le genre quoi. J’ai dû te révéler un peu plus tôt que prévu que je voulais justement t’emmener faire des emplettes de lingerie. Ça t’avait d’ailleurs permis de prévoir d’emporter une culotte couleur chair pour les essayages. Pour le coup j’y aurais pas pensé.

Ah moi j’avais oublié ce détail technique tiens. En termes de lingerie, je ne portais pas juste des culottes en coton. Comme en général je n’aime pas faire les courses, ma panoplie ne se renouvelait pas très fréquemment. Une fois que je trouvais un modèle confortable, je l’achetais en deux ou trois couleurs, et quand il rendait l’âme parce que c’était trop usé, je recommandais le même. Il faut dire aussi, je pense que j’avais été un peu déçue par l’offre locale en lingerie. En France, j’avais retrouvé une fois en vacances plusieurs boutiques de lingerie qui étaient vraiment sympas. C’est rafraîchissant. Il y a l’élégance des pubs Aubade, la gamme qui tombe ni dans le vulgaire, ni dans les culottes gaines de grand-mère. Donc ce matin-là, Hippolyte a décidé qu’on allait passer un moment juste à deux pour faire des boutiques de lingerie. Et on n’avait jamais fait ça.

Mon objectif c’était de trouver de la lingerie un peu plus sexy que d’habitude. On cherchait pas vraiment le côté pratique ou super confortable. Bon moi j’avais aucune idée que c’était pas confortable, ceci dit.

T’en avais jamais porté ?

Non j’avais jamais essayé, non. Moi j’avais un gros fantasme sur les bas et les portes-jaretelles. Ça durait depuis le feuilletage des pages de lingerie des catalogues de La Redoute quand j’étais ado. Et j’avais égoïstement envie de voir Joséphine avec. Même si c’était juste pour essayer.

Alors que moi, j’avais jamais mis de porte-jaretelle, ça avait l’air beaucoup trop compliqué, pas assez pratique du tout.

Et donc justement, on s’est bien amusés pour essayer des trucs — enfin juste Joséphine — plus ou moins osés, à comprendre comment ça fonctionnait, tous ces machins attachés dans tous les sens, les fermetures, les sangles, les clips. C’était vraiment drôle et c’était assez excitant. Du coup, on a fini avec deux très jolis ensembles, avec des strings, des soutiens-gorge et les portes-jaretelles et les bas attachés avec.

Et ils sont vraiment jolis. D’ailleurs, ils sont tellement jolis que une fois, une de mes copines a lâché un « Oh là là bah dis-donc ! » quand elle a vu mon soutien-gorge.

Et c’était un peu notre premier pas, vers un peu plus de piment et de coquinerie. Après, c’est vrai que tu ne les mettais pas souvent. C’est un peu toujours le cas d’ailleurs. Mais quand tu les mets, c’est assez efficace pour faire monter très, très, très vite la température, même quand il fait déjà chaud. Ça nous rend tous les deux pas mal plus entreprenants. Ça envoie un message en plus : quand tu les mets, ça veut dire que t’es partante.

C’est vrai que je ne les mets pas souvent. Faut dire que me rhabiller le soir, ce n’est pas vraiment dans mes priorités. Aussi, dans la vie de tous les jours, pour moi, le confort c’est super important, donc je n’ai pas tendance à mettre ces ensembles-là pour la journée entière. En plus, les bas, ça tient chaud, voire très très chaud. Mais bon, c’est vrai que quand j’ai le courage de farfouiller dans les placards pour les sortir, c’est pas mal, c’est sympa.

Ouais… A priori, d’après les relevés bancaires, c’est aussi à peu près vers ce moment-là qu’on a commencé à parler de pyjamas. T’avais une nuisette blanche, vraiment sexy, près du corps, mais déjà elle est devenue un peu trop vieille. Mais les autres, et en particulier une, c’était vraiment pas ça.

C’est marrant parce que la nuisette blanche que t’aimais bien, c’était une nuisette vraiment toute simple en jersey, type T-shirt en plus long. Et c’était ma maman qui me l’avait offerte. Et sur le papier, cette nuisette elle faisait vraiment plus pyjama que nuisette. Je pense qu’elle devait être bien coupée. Du coup ça marchait bien.

Ouais, ça t’allait vraiment bien. Du coup, j’ai pris les choses en main parce que ce n’était pas possible de racheter la même, parce que les autres n’étaient pas terribles. En plus, le shopping, ce n’est pas vraiment le truc de Joséphine.

Non.

On en a essayé pas mal. Manches longues, manches courtes jusqu’aux genoux, certaines bien plus courtes. Parfois commandées sur AliExpress parce que l’offre locale n’était vraiment pas convaincante ou alors beaucoup trop chère. Ça a pris plusieurs années. Plusieurs années, tant que ça ?

Ah ouais, ouais. Il fallait les user, celles qu’on avait achetées.

Et finalement, on a réussi à dénicher un modèle rouge foncé, en soie, coupé en biais. Et wow, c’est tellement mieux. C’est trop bien de commencer la journée en voyant Joséphine dans sa nuisette ! On a envie de retourner au lit. Du coup, on applique le plan Joséphine et on rachète celle-là quand elle est usée.

Oui, parce que non seulement elle est très sexy, mais elle est aussi très, très confortable. Je ne porte que celle-là. 365 jours par an. Et puis, elle finit par s’user.

Même si la nuit tu ne la portes pas vraiment.

Non c’est vrai, ça dépend des nuits. Des fois tu ne me l’enlèves pas complètement. Donc à ce stade j’avais de quoi me rhabiller et de quoi enclencher des soirées sexy. Mais ça ne nous faisait pas encore vraiment beaucoup parler. On avançait un petit peu mais pas très très vite. Et puis un jour Hippolyte a décidé de passer à la vitesse supérieure.

Oui. Si vous vous souvenez bien des épisodes précédents, la conclusion de mes observations et questionnements, c’était que pour Joséphine, les soirées galipettes, c’était toujours bien, mais sans plus. Et je me demandais bien comment je pouvais faire pour déclencher une la réaction en chaîne du plaisir et du désir. J’avais bien dit que je la ressortirais, celle-là !

Oui, tu as réussi…

Et je crois qu’un jour, j’ai osé demander, « Et toute seule, ça marche pas toute seule ? » Et la réponse, c’était

« Ah ben non. C’est un peu comme les chatouilles : quand je me chatouille moi-même, ça ne me fait pas rigoler. »

Et du coup, je me suis un peu renseigné sur le meilleur Jouet pour atteindre l’orgasme pour une fille. Et quand je me renseigne sur un truc, j’ai tendance à ne pas le faire à moitié. Il faut un tableau de comparaison des caractéristiques avec tout : efficacité, autonomie, facilité d’utilisation, le prix évidemment, durée de vie, avis du public, Bluetooth, etc.

Non pas Bluetooth !

Il faut tout. Il faut acheter le meilleur truc possible, qui n’existe peut-être pas encore. Et puis au pire, si ça n’existe pas encore, je le fabrique. Il y a des précédents. C’est un processus un petit peu long, c’est certainement pas économiquement rentable du tout d’y passer autant de temps, mais c’est une question de principe : il n’est vraiment pas question de donner des sous au premiers venu pour un gadget qui marche pas ou qui marche juste deux semaines. En plus, pour un ingénieur, c’est très drôle, c’est vraiment passionnant. On apprend plein de trucs sur les formes, les matériaux, les types de stimulation, etc. Évidemment, c’est très excitant aussi. Donc j’ai passé plusieurs soirées à m’exciter tout seul devant mon ordi pendant que Joséphine dormait.

Moi, je n’étais pas au courant.

Je pense que j’étais toujours un petit peu influencé par le fait que j’avais lu que certaines femmes n’auraient jamais d’orgasmes via la pénétration.

C’est peut-être vrai, mais en tout cas, nous, maintenant, on sait que ce n’est pas vrai pour nous.

et j’ai orienté ma recherche sur les trucs qui chatouillent le clitoris.

Le fameux clitoris qu’on trouvait pas sous les draps.

Et je suis tombé sur des aspirateurs, équipés d’un embout en silicone souple avec un trou au milieu, au fond duquel se trouve une petite membrane reliée à quelque chose qui oscille, ce qui crée une sorte d’aspiration alternée, et quand l’embout est positionné au bon endroit, procure apparemment des sensations assez incroyables, et au dire de certaines commentatrices, permet d’avoir un orgasme fulgurant en quelques dizaines de secondes, même sans contact avec le clitoris. Et d’ailleurs, c’est le même Jouet dont il est question dans un film récent qui s’appelle « Pour le plaisir », qu’on n’a pas vu parce qu’on n’est pas en France, mais ça a l’air assez rigolo.

Ça a l’air pas mal.

Et l’histoire du film, a priori, c’est un ingénieur dont la femme n’arrive pas à avoir d’orgasme et qui invente un Jouet. Donc je m’identifie assez bien à ce genre de scénario. Et au final, à force de faire des tableaux comparatifs et de lire des avis d’utilisatrices en étant passablement émoustillé — les utilisatrices étaient émoustillées, moi ça m’émoustillait aussi pas mal de les savoir émoustillées… Donc j’ai dit banco, on vend la caravane et on a reçu le Jouet avec un grand J. Un grand J comme Joséphine. Et puis un tube de lubrifiant avec le Jouet.

Et j’étais assez surprise, je ne m’attendais pas du tout à ça. Moi je dormais quand tu faisais tes recherches. Quelque part, j’étais un peu gênée parce que c’était pour des activités purement sexuelles. On le rappelle que c’était tabou, c’était vulgaire dans ma tête à ce moment-là. En plus, c’était un peu égoïste, un Jouet pour se faire plaisir. C’était gênant en fait. Je savais bien que ça t’embêtait, toi Hippolyte, que je n’aie pas d’orgasme. Mais moi, je l’avais acceptée cette situation. Je n’avais pas envie de repartir en arrière, de me reposer des questions, de me sentir incomplète sans mes orgasmes. En même temps, je trouvais ça très généreux de ta part parce que tu m’offrais un cadeau pour que je puisse accéder à quelque chose que je n’obtenais pas avec toi. Je ne savais pas encore à ce moment-là que le Jouet pouvait avoir un rôle de catalyseur et nous ouvrir à tous les deux d’autres portes vers le plaisir et voire même vers l’orgasme.

Disons que ce n’était pas complètement désintéressé pour moi aussi. J’espérais bien que si ça pouvait déclencher des trucs chez toi, il y avait grande chance que j’en profite moi aussi. Je pourrais replacer mon désir, plaisir, tout ça, mais peut-être pas.

Non, peut-être pas, non…

Une fois par épisode.

Et encore ! On a essayé le Jouet ensemble d’abord et je pense que c’était…

Ça rime ! Désir, plaisir.

Bon on a essayé ce Jouet ensemble d’abord et je pense que c’était mieux pour moi parce que j’étais quand même timide face à ce machin. On l’a utilisé comme un accessoire en plus de nos ébats. Et là j’ai ressenti des trucs, c’était pas mal. C’était un peu comme du sel pour relever un bon plat, comme une promesse, comme si peut-être l’orgasme ça pouvait m’arriver à moi aussi.

Yay !

Yay ! Et après, j’ai commencé à jouer toute seule. En fait, j’avais parfois du temps un peu tranquille toute seule. Quand Hippolyte était au travail, une partie des enfants étaient à l’école et le petit dernier était à la sieste, parce que c’était pendant un congé mat. Et le Jouet et moi, on s’est un peu apprivoisés. J’ai cherché à comprendre comment ça marchait. J’ai aussi cherché à comprendre comment moi je réagissais, à quels endroits c’était efficace, quelle intensité me convenait le plus. Je profitais de faire mes expériences en fait avec un Jouet que j’avais pas peur de décevoir si ça marchait pas. Au Jouet, je pouvais dire « Eh ben là comme ça on saura, ça marche pas du tout. » Et j’avais pas peur de le blesser. Ou alors encore « bon bah écoute c’est ballot, aujourd’hui tu me fais pas autant d’effet que d’habitude. » J’avais pas besoin de prendre des pincettes pour ne pas le vexer.

Il n’y a pas trop de risques qu’il boude si tu ne t’en sers pas pendant une semaine, lui.

Oui, c’est vrai. J’avais quand même un peu l’impression de faire des choses dans le dos d’Hippolyte avec mon Jouet, parce que je ne lui racontais pas quand je jouais. Mais comme c’était lui qui me l’avait offert, j’arrivais à enfouir ces réflexions-là façon autruche, la tête dans le sable, et à continuer mes expériences.

Avec la tête dans le sable ?

Non ! Mais d’ailleurs, tu m’as demandé si j’avais testé mon Jouet.

Des éléphants, des autruches…

Il y a du monde.

Un vrai zoo.

D’ailleurs, tu m’avais demandé si j’avais testé mon Jouet sans toi. Tu t’attendais à quoi ?

Moi, j’espérais bien que tu l’avais utilisé toute seule. C’était vachement excitant de t’imaginer jouer toute seule avec ça. Le sujet de la masturbation chacun de notre côté, c’était complètement tabou, encore plus que ce qu’on faisait à deux.

Oui, c’est vrai.

Et que tu me dises que tu prenais du plaisir toute seule, ça me faisait pas mal d’effet et ça faisait travailler mon imagination. Moi, j’avais très envie de voir ça.

J’envisageais pas du tout que ça te fasse cet effet-là. En fait, j’étais pas encore prête pour que tu me regardes faire mes expériences. Ni encore même pour profiter pleinement de toi et du Jouet ensemble sans avoir mauvaise conscience. En fait, mes expériences étaient presque des expériences scientifiques, parce que, je pense qu’on peut le dire maintenant, oui, j’avais des orgasmes. Et en plus, c’était facile. Je voulais vraiment comprendre ce qui se passait dans mon corps, ce qui faisait que j’atteignais — ou pas d’ailleurs — l’orgasme. J’observais comment mon corps réagissait, les étapes qui m’emmenaient à l’orgasme. Je sentais une tension qui s’installait. Non mais je les retiens d’ailleurs, ceux qui disent qu’il faut se détendre, bande de branquignoles, ils ont rien compris. Donc cette tension, elle me traversait jusque dans le ventre, c’était un peu linéaire, c’était intense et diffus. Et si tout marchait bien, au pic de l’orgasme, il y avait des contractions involontaires du périnée et du vagin. C’était assez irrégulier d’ailleurs. À chaque contraction, j’avais une décharge de plaisir. Ça ressemblait un petit peu à l’éjaculation masculine — enfin ce que moi je peux en voir d’un point de vue extérieur — mais version féminine. Ces contractions continuaient, un peu comme les répliques d’un séisme, elles s’espaçaient, elles étaient un peu moins intenses, mais c’était toujours très agréable. D’ailleurs, pour les inciter à continuer, il valait mieux réduire la stimulation que l’arrêter totalement.

Je ne sais pas si je vais finir l’épisode, moi, là…

Bon, bref, le Jouet, il me permettait d’atteindre l’orgasme, mais aussi de vraiment mieux comprendre comment mon corps fonctionnait. Alors, j’avais bien lu des centaines de fois que la masturbation c’est vraiment bien, entre autres pour comprendre son corps et pour avoir des meilleures relations sexuelles à deux. Mais avant le Jouet, vu que la masturbation à la main, pour moi, ça ne marchait pas, ça ne m’apportait aucune information. Alors que le Jouet, waouh, j’en ai eu des informations !

Yay, c’était une grosse victoire !

C’est clair. C’est même fou un peu parce que c’est seulement quand j’ai recherché sur internet des descriptions d’orgasmes féminins en précisant que je voulais ces descriptions avec des contractions, que j’en ai trouvées. Et là, ça correspondait bien à ce que moi je ressentais. Alors qu’avant, je n’avais rien lu de pareil.

Comme quoi, quand on faisait nos recherches, il nous manquait d’avoir les résultats pour pouvoir poser les bonnes questions.

C’est ça, comme d’hab. Mais bon, malgré tout, on commençait enfin à trouver quelques réponses et à obtenir quelques résultats assez probants.

D’ailleurs, en parlant de trouver les mots, les bons mots, on avait encore pas mal de choses à découvrir et à apprendre grâce à eux. Mais on racontera ça dans un prochain épisode.

Oui, là, je crois qu’il y a des signes qui me disent que j’ai un peu trop parlé de mon Jouet.

Ouais, moi, j’en peux plus.

Bon, ben, à bientôt…

Allez, à bientôt !

Balisé avec :Premiers pas

004 | À la recherche de réponses aux questions qu’on ne savait pas poser – sur le sexe, l'orgasme et plus encore

Hippolyte & Joséphine, le 7 juillet 2026 Laisser un commentaire

Si on osait...
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004 | À la recherche de réponses aux questions qu’on ne savait pas poser – sur le sexe, l'orgasme et plus encore
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En cherchant – en douce – de l’information sur se grand sujet tabou qu’est le sexe, on a fini par trouver quelques sources qui nous ont doucement ouvert les yeux. Entre le plaisir féminin pour les nuls, des articles de journaux , des livres d’urologue et de gynéco (et bien d’autres), Hippolyte et Joséphine ont fini par apprendre deux ou trois petites choses. Mais de là à en parler ensemble, il y avait encore un pas, qu’ils n’allaient pas franchir aussi allègrement que ça !

Quelques références (si vous voulez vous les procurer n’hésitez pas à utiliser les liens ci-dessous, ça nous rapportera une – toute petite – commission) :

  • Maïa Mazaurette a écrit, enregistré, illustré des tas de chroniques, livres, BDs et plus encore. Commencez par ce qui vous chante ! Parmi ses titres : Maison Close, Sortir du trou – Lever la tête, Le Sexe selon Maïa: Au-delà des idées reçues, Peut-on être romantique en levrette ? : 69 questions pas si absurdes sur le sexe et bien d’autres
  • The Vagina Bible – The Vulva and the Vagina: Separating the Myth from the Medicine by Jennifer Gunter. En français : La Bible du Vagin – Vagin, vulve et Cie : Faites enfin la différence entre mythologie et santé !
  • Sex in the museum – my unlikely career at New York’s most provocative museum by Sarah Forbes. Pas encore traduit en français…
  • Et pour ceux qui n’ont pas la référence de la blague « téléphonée » : Téléphone – New York avec toi
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00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
01:02 Les questions qu’on n’osait pas poser
02:25 Les recherches d’Hippolyte
06:22 lectures de Joséphine
14:54 Quelques mots échangés avec difficulté
18:46 D’autres outils pour communiquer
19:12 Et si vous osiez, vous aussi ?

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte

et Joséphine !

Bienvenue dans cet épisode qui continue sur le thème des premiers pas. Aujourd’hui, « À la recherche de réponses aux questions qu’on ne savait pas poser » Dis-donc, c’est un long titre, ça !

Oui, c’est un peu compliqué ! Donc, où est-ce qu’on en était ? La dernière fois, on a expliqué que on avait un couple un peu comme tout le monde, ça allait bien. Mais parfois, nos relations étaient un peu affectées par le fait que notre vie sexuelle, elle était bien, mais sans plus. Hippolyte était chargé de lancer les hostilités, mais moi je n’étais pas toujours partante, surtout quand j’étais fatiguée. Du coup Hippolyte se mettait à bouder, moi je me demandais pourquoi il n’avait plus envie de faire l’amour avec moi. Ça pouvait durer des semaines quand même, au point où ça affectait nos relations de couple. Bon, on finissait par se réconcilier, mais entre deux, on se demandait si l’autre ressentait vraiment du désir. Et notre couple n’était pas seulement construit sur le sexe, évidemment. Mais c’était quand même un peu perturbant de se demander, « est-ce que je l’attire encore ? »

Oui, parce qu’on était un peu plus que des colocataires quand même ! Bon, au fil du temps, — là ce qu’on va raconter, ça s’étire sur plusieurs années de notre vie. On s’est mis un petit peu à chercher ce qui pourrait nous aider à faire évoluer un petit peu la situation. Ce qui est assez drôle, c’est qu’on a fait ça chacun de notre côté, sans rien dire à l’autre. Toujours parce qu’on n’osait pas en parler. De mon côté, je suis passé par des grosses remises en question sur moi-même. Parce que si Joséphine n’éprouvait pas de plaisir avec moi, c’était de ma faute.

Mais je ne prenais pas pas de plaisir avec toi.

Pas suffisamment.

Oui, pas suffisamment à ton goût.

J’ai toujours été certain que j’étais un petit peu rapide à atteindre l’orgasme, ce qui ne donnait peut-être pas à Joséphine le temps de monter en plaisir. J’étais un peu conscient de ça et je tâchais de mettre un peu plus l’accent sur les caresses, un peu partout, et de retarder le plus possible le moment où on passait à la pénétration. Alors c’était pas toujours évident, parce qu’il semblait que Joséphine elle voulait y passer assez rapidement.

Bah oui, c’était bien.

Et une fois qu’on y était, je voulais faire ralentir et faire durer au maximum. Et ce n’était pas évident non plus, car Joséphine semblait décidée à me faire jouir le plus vite possible.

Bah oui !

Et j’ai fait des recherches sur « le plaisir féminin pour les nuls », mais les conclusions étaient un petit peu décevantes. C’était un peu bateau sur des femmes clitoridiennes ou vaginales, des trucs comme certaines femmes n’auront jamais d’orgasme juste avec la pénétration. Je suis tombé sur certains trucs carrément contre-productifs avec des nanas qui expliquent que de toute façon les hommes sont là que pour leur plaisir à eux, ou encore que la pénétration c’est rien d’autre qu’un symbole du capitalisme patriarcal. Alors petite note pour ces personnes : dépeindre les hommes comme indifférents au plaisir des femmes, je peux vous dire qu’au minimum ça attriste les hommes qui vous écoutent — c’était mon cas — et au pire ça les braque — c’était pas vraiment mon cas.

Non, ça va, tu t’es pas braqué. Tu as continué malgré ça.

Mais c’était pas…

Non, c’est pas agréable à lire en tant qu’homme.

Et puis d’autres trucs, comme pourquoi il ne faut pas se mettre la pression, que ça vient tout seul, naturellement. Alors là, je peux vous dire que si j’avais suivi ce conseil, on y serait encore. J’ai quand même trouvé quelques conseils intéressants et techniques, qui m’ont fait essayer pas mal de trucs, que ce soient des caresses, des mouvements de langue, différents angles pour la pénétration, avec des tentatives de ralentir. — comme je disais, c’est pas facile avec Joséphine — pour mieux sentir, apprécier. Honnêtement, parfois, je ne savais pas trop ce que je faisais. C’est sympa de dire qu’il faut faire ça ou ci, ou comme ça, ou dans ce sens-là, au clitoris… Mais bon, d’abord, il faut le trouver !

Il n’y a pas une étiquette dessus, même pour nous les femmes.

Et puis alors, dans le noir, sous les draps, bonjour, quoi ! Donc j’essayais des trucs, toujours avec douceur et sensualité, à partir de ce que je lisais. Ma perception, c’était que c’était toujours pas mal, sans plus. Des fois j’avais le sentiment que ça marchait un petit peu mieux, mais c’était pas vraiment reproductible. Un truc qui avait l’air de marcher pas trop mal une fois, bah la fois d’après ça marchait plus du tout. Du coup ça perturbait complètement mes recherches scientifiques, je prenais des notes, tout ça. Et c’est assez intéressant parce que maintenant que je sais quoi chercher, c’est beaucoup plus facile de trouver des trucs.

Oui !

Alors qu’avant, je ne savais pas trop comment rechercher.

Oui, quels mots magiques rechercher.

Oui

J’ai eu ce problème-là aussi.

Quels termes, quel objectif en fait. On ne trouve pas grand chose si on ne sait pas les bons mots. Et du coup, depuis cette époque, on a trouvé pas mal de choses. Il y a peut-être aussi un peu plus de choses qui sont disponibles : des livres, des documents, des podcasts. Et ça aurait pu nous faire gagner pas mal de temps. Peut-être que c’est des choses qui sont sorties après. Ça méritera peut-être qu’on fasse un épisode dédié pour ça.

Oui.

Mais bon, on n’en parlait toujours pas entre nous. Toutes ces recherches, je gardais ça pour moi. Même les petites expériences que j’osais faire sur Joséphine « j’osais faire sur Joséphine 😄 » Je me basais juste sur ce que je voyais, ce que je sentais. Mais alors lui demander ce qu’elle en pensait, c’était juste pas possible. Je me sentais pas capable de faire ça. Je sais pas si de son côté elle sentait des changements quand j’essayais ces trucs. Mais au final, la situation, elle changeait pas énormément. Il y avait toujours cette impression persistante de déséquilibre de libido. On n’arrivait toujours pas à trouver ce qui nous ferait inverser la tendance, ou au moins trouver une sorte de déclic qui ferait naître un peu plus de désir, pour amener un peu plus de plaisir à tous les deux et donc plus de désir, et de plaisir, etc.

Ça tourne en rond !

C’est bien. Attends, c’est joli : le désir qui vient par le plaisir et vice versa. Il faudra que je la ressorte. Bon, sur ce, je crois que toi aussi tu avais fait pas mal de recherches, non ?

De mon côté, moi aussi, je cherchais à combler mon manque de connaissances et c’était principalement via des lectures. J’ai commencé par ce qui était le plus facile à trouver, c’étaient des lectures sur le plaisir féminin qui étaient assez simplificatrices. J’avais vu des articles dans les infos, à droite à gauche. Je n’ai jamais acheté un seul magazine féminin, mais je pense que c’était des lectures du type magazine féminin très superficielles, très simplificatrices.

C’est ce sur quoi on tombe quand on cherche ça sur Google.

Oui, bien sûr. Finalement, il n’y avait pas beaucoup de…

Je sais, j’ai lu à peu près les mêmes, je pense.

Je ne trouvais pas beaucoup d’informations, pas beaucoup d’ouverture d’esprit. Et ma conclusion, c’était juste que l’orgasme, il ne faut pas le chercher à tout prix. Il vaut mieux profiter du plaisir qui est là. Après, j’ai trouvé des lectures sexo un peu plus poussées. Alors, soit j’ai eu de la chance, soit effectivement, comme tu disais, ça a commencé à être plus disponible. J’ai trouvé des articles plus précis, plus ouverts d’esprit, plus profonds. Je me souviens pas mal des chroniques de Maïa Mazaurette. Quand je l’ai découverte, Maïa Mazaurette, j’ai lu tout son historique. C’était assez intéressant. Elle traitait de sujets vraiment très variés, que je n’aurais absolument pas cherchés si je n’avais pas lu tout son historique. Elle faisait ça sans jugement, avec pas mal d’humour, et avec une légèreté de ton qui allait avec une profondeur de réflexion. C’était vraiment pas mal. D’ailleurs, je crois que je t’avais partagé un petit peu ça.

Ouais, elle avait fait des petits podcasts ou des émissions.

Oui

Il me semble que j’avais écouté. Elle a une jolie voix, d’ailleurs.

Alors, je me souviens aussi d’articles un petit peu surprises que j’ai lus et qui m’ont marquée. Il y en avait un sur une femme qui avait 72 ans, qui était sexuellement très gourmande. Malheureusement, son mari devait prendre des antidépresseurs qui avaient un effet secondaire de réduire sa libido. Donc, ils en avaient parlé et puis, en toute transparence et avec l’accord de son mari, elle cherchait d’autres hommes avec qui elle pouvait s’amuser au lit. Elle racontait donc qu’elle avait rencontré un homme. Au départ, cet homme-là, il n’était pas prêt pour aller plus loin que des rencontres platoniques. Mais au bout d’un moment, il lui a dit « Ça y est, je crois que je suis prêt pour être un friend with benefits. » « Friends with benefits », en anglais, ça veut dire que tu veux bien faire l’amour avec eux aussi. Et donc là, elle avait découvert un amant qui prenait beaucoup de plaisir à donner du plaisir et à voir l’autre jouir. J’ai pas retrouvé l’article, mais je me souviens tout à fait du ton vraiment naturel. C’était complètement normal qu’à 72 ans, elle soit très active sexuellement. C’était complètement normal de rechercher le plaisir, de rechercher le plaisir avec un autre homme. Que son mari soit d’accord, c’était normal aussi. Et cet homme qui prenait du plaisir à en donner, c’était cool quand même.

Je sais.

Ouais, mais moi, je savais pas que t’étais pas unique, en fait. Il y avait un autre article avec une femme qui souffrait de vaginisme. Le vaginisme, pour ceux qui n’en souffrent pas

et qui ne connaissent pas

et qui ne connaissent pas ça veut dire que les muscles du périnée se contractent de façon involontaire et de façon réflexe. La pénétration, ce n’est pas possible. Ou quand c’est un petit peu possible, c’est vraiment douloureux. Cette femme racontait que son mari était… l’avait vraiment beaucoup, beaucoup soutenue pendant toutes ses recherches. Et en fait, elle et son mari, ils avaient une vie sexuelle qu’elle jugeait probablement bien plus variée et plus épanouie que les autres couples, parce qu’ils avaient trouvé des tas de moyens de se faire plaisir l’un à l’autre sans aller jusqu’à la pénétration. Ça, c’était rigolo. Après, j’avais lu un livre qui s’appelait « Sex in the Museum, My Unlikely Career at New York’s Most Provocative Museum » de Sarah Forbes

Ouh yeah

C’est une jeune qui racontait son premier emploi dans un musée, en tant que conservatrice de musée. Elle s’occupait du musée du sexe à New York.

Il y a un musée du sexe à New York ?

Il y a un musée du sexe à New York.

Faudrait que j’aille à New York avec toi, alors.

Un jour, on ira là-bas.

Tu m’emmèneras ?

Emmène-moi !

C’est pas du tout téléphoné comme blague, ça !

C’était intéressant aussi sur le sujet, « Mais qu’est-ce que c’est que le travail d’un conservateur de musée ? Comment ils fabriquent les expositions ? » Elle, pour préparer ses expos, avait visualisé des heures et des heures de porno.

Sympa !

C’est la première fois que je lisais des choses sur des kinks, les bizarreries sexuelles. Ça allait du classique, comme les gens qui ont un faible pour les pieds ou le nombril, ou qui aiment bien la domination ou la soumission, à des choses un peu plus originales, comme des gens qui aimaient bien la grossesse parce qu’ils prenaient du plaisir à voir un corps gonfler.

C’est super bizarre, ça.

Oui, c’est bizarre, ça s’appelle un kink.

Enfin bon, c’est joli une femme enceinte, mais ça ne grossit pas vite quand même.

Non, ça ne grossit pas vite, mais ça enfle. Je ne sais pas, je ne partage pas ce kink-là, je ne peux pas t’expliquer.

C’est bizarre.

C’est l’idée… En fait, c’était rigolo parce qu’à côté de toutes ces connaissances qu’elle avait accumulées sur le sexe, elle avait une vie personnelle sexuelle plutôt tranquille, plutôt plan-plan.

Elle n’enflait pas ?

Mmmmh … Si, à un moment, elle a enflé, justement. Elle est devenue enceinte et ça lui posait problème que des gens pouvaient avoir des kinks sur elle. Après, j’avais lu un autre livre sur le plaisir masculin. J’ai oublié le titre. C’était un urologue qui l’avait écrit. Il y avait des parties du livre qui étaient un petit peu simplistes, genre il y avait un patient qui consultait pour des problèmes de libido ou d’érection et le docteur lui dit « Bon, regarde ma secrétaire, — a priori elle était bien roulée — si elle s’approche de toi, est-ce que tu pourrais avoir une érection ? Oui ? Bon, alors tu n’as pas de problème de libido, tout va bien. »

Oui, c’est un peu rapide.

C’est un peu simpliste. Par contre, il y avait des choses intéressantes. Il expliquait des manières de manipuler un pénis, comment ne pas avoir peur de le serrer parce qu’en fait c’est solide, on risque pas trop de le casser. C’est justement ça qui fait du bien quand on le serre. Il fallait me le dire, c’est pas plus compliqué que ça. Il parlait aussi de comment on peut jouer du phénomène d’aspiration pendant une fellation. J’ai testé, apparemment c’est pas mal.

C’est pas mal, je confirme.

Alors, après avoir lu un livre d’un urologue, j’ai lu un livre d’une gynéco. « The Vagina Bible » de Jennifer Gunter. En français — ça a été traduit — il faut chercher « La Bible du Vagin. Vagin, Vulve et compagnie : Faites enfin la différence entre mythologie et santé« 

C’est super long comme titre !

Oui, et il ne me parle pas beaucoup comme titre, mais le livre est vraiment bien. En fait, c’est une gynéco qui a beaucoup d’expérience et qui est très, très forte en vulgarisation. Donc j’ai appris des tas de choses. En prime, elle partageait des images de vulves qui étaient vraiment très variées. Et ça, c’était pour expliquer que les vulves qu’on peut voir dans les films porno, qui sont presque toutes les mêmes, en fait, ce n’est pas du tout la seule version de la vulve normale. Les vulves peuvent être très, très différentes, tout en restant normales.

Ce n’est pas que dans les films porno, c’est aussi dans les dessins qui décrivent le sexe féminin.

C’est vrai.

C’est assez standard quand même.

C’est vrai. Alors forcément, avec une telle variété, ça rend la recherche de clitoris, à partir des schémas classiques, un petit peu compliquée pour certains, avec certaines.

Ah bah oui, ça me rassure un peu, ça, quand même.

Donc avec tout ça, mes lectures, elles ont évolué au fil du temps. Je pense qu’elles ont aussi pas mal évolué au fur et à mesure que la société s’est ouverte à plus de discussions et d’informations sur la sexualité. Forcément, il y avait plus de ressources.

Oui, il y avait plus de choses disponibles.

Je me suis rendue compte il n’y a pas longtemps que c’est seulement en 2008 que des chercheurs ont fait une échographie 3D complète du clitoris stimulé.

C’est intéressant ça. Tu pourras m’envoyer le papier de recherche ? Parce que…

Il faut que je le trouve.

Le protocole expérimental m’intéresse…

Pourquoi ?

Je ne sais pas, comme ça… Ça doit être par curiosité scientifique.

Oui, ça doit être ça. Bon sinon, a priori, ça faisait bien déjà 20 ans qu’il y avait eu des échographies 3D complètes du pénis stimulé. On peut aussi essayer de trouver le papier de recherche.

Pour ça, moi, je n’ai pas besoin d’échographie.

Non, ça va, tu sais comment ça marche ? Non, mais c’est pour moi, c’est le processus scientifique. Alors, au fur et à mesure que je comprenais des choses, je faisais des recherches qui étaient plus spécifiques, et forcément, les résultats s’en ressentaient, c’était de meilleure qualité. Mais j’en parlais jamais. Je faisais mes lectures en douce, sans qu’Hippolyte s’en rende compte, et j’osais absolument pas en parler.

Il y a eu deux-trois trucs qu’on partageait parfois. On n’arrivait pas encore beaucoup à en parler. « Ah oui, c’est rigolo. » « Ah oui, c’est marrant. »

Je crois que deux-trois fois, tu m’as dit « Ah tiens, j’ai lu un article sur ça. » et je faisais « Ah ben, j’ai lu le même ! »

C’est possible. Oui, parce qu’on ne partage pas le même compte Google, mais dans les news, on avait le même genre d’articles apparemment. Et je crois qu’un jour, j’ai osé demander à Joséphine si elle avait vraiment des orgasmes. Et la réponse était plus ou moins vague.

C’était « Oui, j’ai eu beaucoup de plaisir. Mais tu sais, c’est bien. »

Du coup, vu que j’avais entendu ça un petit peu déjà, ça ne me suffisait pas comme réponse. Puis ça a continué à me travailler. J’ai essayé de reposer, de reformuler. Quelques semaines, quelques mois plus tard. « Bon, OK, tu m’as dit que tu avais beaucoup de plaisir, mais est-ce que tu en as suffisamment ? » ou des trucs du genre.

Mais c’est difficile de répondre à ça parce que quand on n’a jamais… J’avais pas de cadre, j’étais jamais allée plus haut.

Oui, je sais bien.

Je n’étais jamais allés aussi haut, mais je n’étais pas non plus allée plus haut, donc je ne savais pas ce que c’était.

C’est quand même des questions chargées, donc…

Un peu, oui !

c’est un peu culpabilisant.

Oui, t’imagines si je t’avais répondu « Ben non, t’es un mauvais coup. »

Oui, mais non. Moi, j’étais prêt à accepter ça et à essayer de travailler pour que ça change. Mais à chaque fois, je posais la question un petit peu différemment pour pas faire le gros lourd, pour pas faire une fixette sur le fait que Joséphine ait des orgasmes ou pas. Parce que surtout, c’était pas ça qui était si important que ça. L’objectif, c’était vraiment que je sente que Joséphine, elle prenne suffisamment de plaisir pour que la prochaine fois, ce soit elle qui initie et qui ait envie de moi.

Mais en fait, pour la petite histoire, je pensais pas que t’étais un mauvais coup. Je pensais juste que le problème était chez moi.

Ouais, mais moi je savais pas et pour moi le problème il est toujours de mon côté. Et oui, c’était vraiment pas facile de de poser la question une fois, déjà. Et c’était encore plus difficile de reposer la question, et encore une fois, et encore une fois. Mais bon, c’était peut-être pas complètement vain. Ça a fait son travail, un petit peu, je pense.

Petit à petit. Mais en fait, quand j’y pense, on a eu quelques petites conversations timides qui étaient un peu plus techniques sur ce qu’on aimait bien ou moins bien au niveau sexuel. Il y avait toujours cette gêne qui était l’éléphant dans le…

Dans la chambre à coucher.

Dans la chambre à coucher ! On avait vraiment peur de choquer l’autre. Mais je me souviens d’un truc qui date un peu. Quand toi tu m’avais dit, « Ouh là là, quand tes seins et tes tétons se posent sur mon torse, c’est wow, c’est trop bien. » Moi j’aurais jamais imaginé que je puisse te faire du bien avec mes seins.

C’était il y a super longtemps, ça.

Oui, c’était il y a longtemps. Mais quand tu m’as dit ça, wow ! J’ai regardé mes seins d’une autre façon, après. Il y a eu une autre fois où, pendant qu’on faisait l’amour, je frottais mon sexe contre ta cuisse, parce que ça me faisait du bien. Et toi, tu m’as fait une remarque, tu m’as dit « Ouh là là, j’aime bien quand tu fais ça. » Là, je me suis rendu compte de ce que je faisais. C’est devenu plus clair pour moi. Je me caressais sur toi, je me laissais aller à mes pulsions. Et en fait, le premier réflexe que j’ai eu à ce moment-là, c’était d’en avoir honte.

En plus, il y avait un éléphant qui regardait.

C’est dégueulasse. Et c’est dommage, parce que le premier réflexe que j’ai eu, c’était « Ouah, j’ai fait ça, c’est dégoûtant ! » Et en fait, j’ai réussi à combattre ce réflexe et à me dire « Oui, mais d’une part, si je le fais, ça me fait du bien, et en plus, lui, ça lui fait plaisir. Pourquoi se gêner ? »

Ouais.

Je pense que quand tu m’avais fait cette remarque sur ta cuisse, j’avais été tellement mal à l’aise que j’avais absolument rien dit. Donc tu avais essayé encore de parler, mais sans réponse.

Et je pense que sur le coup, ça t’avait un petit peu inhibée. Tu ne l’avais pas beaucoup refait après.

Je le refais maintenant.

Maintenant tu le refais, mais…

Oui, j’ai dû combattre mon inhibition. J’ai réussi, j’ai gagné.

Et question batailles contre les inhibitions, un beau jour, il y a quelque chose qui nous a permis d’oser un peu plus vite.

Ah c’est le jouet.

Oui… Mais ça, je pense qu’il faut qu’on en parle dans un prochain épisode.

Ah… Si on ose !

On va oser.

Balisé avec :Premiers pas

003 | ... un couple comme tout le monde – dans la vie et sous la couette

Hippolyte & Joséphine, le 26 juin 2026 2 commentaires

Si on osait...
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On vous avait laissés avec trois petits points de suspension après ‘Il était une fois…’, voici la suite tant attendue : bienvenue dans l’intimité … d’un couple comme tout le monde !

Au menu, une sexualité plan plan à fréquence irrégulière, des tabous au sein du couple et en dehors, un manque flagrant de communication, des bouderies, des absences d’orgasmes, des confidences plus ou moins subtiles et délicates, mais aussi de la tendresse, des câlins, et un couple qui va quand même plutôt bien !

Marque-pages

00:00 Si on osait, avec Joséphine et Hippolyte
00:57 La sexualité limitée d’Hippolyte et Joséphine
04:13 La perspective d’Hippolyte : fréquence et initiative
08:42 La perspective de Joséphine : tendresse et fatigue
11:58 Et on n’en parlait pas
16:36 Vers la panacée ?
17:21 Si vous osiez, vous aussi ?

Transcription

[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]

Bonjour, c’est Hippolyte…

… et Joséphine ! Bienvenue !

Bienvenue !

J’ai réussi à convaincre Hippolyte de faire un autre épisode, parce que « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », c’est bien joli, mais ce n’est pas très original, même si c’est vrai.

Oui… Bienvenue donc dans la suite de notre histoire, un épisode qu’on a intitulé « … un couple comme tout le monde« , qui fait suite à « Il était une fois…« , histoire que vous en sachiez un peu plus sur ce qui se passe quand la routine s’installe pour les héros de contes qui vivent heureux avec beaucoup d’enfants.

Alors, si vous avez suivi nos histoires, on a eu des expériences à la fois similaires — on avait tous les deux une forte propension à se faire des films dans tous les sens — mais aussi un petit peu différente, parce que Hippolyte avait rencontré une fille assez expérimentée, et moi j’avais un petit peu butiné, ce n’était pas très enrichissant. Voilà, c’était nous avant qu’on se rencontre et on s’est rencontrés.

Ouais, ça a mis quelques années à se mettre en place. Au final, notre couple reposait sur des tas d’autres choses que le sexe. En tout cas, le sexe était vraiment pas un des piliers de notre relation. Et on est devenus un petit peu « un couple comme tout le monde » — enfin, l’image qu’on se fait de « tout le monde », un peu cliché, qui choque pas dans la société, cohérent avec les éducations assez conservatrices, qu’on avait reçues sur tout ce qui avait trait à la sexualité, et avec tous nos antécédents et expériences vécues qui étaient relativement conventionnels. Notre vie sexuelle était assez plan-plan : quelques caresses, Papa dans Maman, puis dodo, peut-être une fois par semaine. En tout cas, ça n’avait rien à voir avec avec le genre de galipettes qu’on faisait avec Mademoiselle Quiosaitfairepleindetrucs quand j’avais 17 ans.

Ce que tu avais fait justement avec Mademoiselle Quiosaitfairepleindetrucs, tu voulais pas essayer avec moi ?

Oui et non. Oui parce que j’en avais quand même des assez bons souvenirs, mais non parce qu’elle était très expérimentée. Je ne pouvais pas partir du principe que t’étais comme elle et que tu serais aussi à l’aise.

Oui effectivement !

Et puis comme je racontais dans le dernier épisode, pour moi le sexe c’était pas forcément ce que je cherchais à tout prix, ni ce que je retenais dans une relation. Je pense qu’au final j’osais pas en parler de peur que tu me regardes de travers. Et du coup, on s’aventurait assz peu hors des sentiers battus. On ne savait pas trop faire ou on n’osait pas. Ou alors on n’osait pas, du coup on n’apprenait pas vraiment à faire. Par exemple, on ne faisait quasiment jamais de sexe oral. Ça devait arriver une fois par an.

Je ne sais pas, même l’idée de toucher ton sexe à toi avec mes mains, pendant très longtemps, je n’osais pas faire. Et je n’osais pas parce que je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas comment faire. J’avais peur que ce ne soit pas bien pour toi.

Tu avais peur de me faire mal ?

J’avais peur… de passer pour une dévergondée. Oui, peur de te faire mal aussi. Du coup, je n’étais pas à l’aise. Je ne voulais pas avouer mon incompétence, ni mon manque de connaissance et… Donc je ne faisais pas.

Et quand ça arrivait, on n’arrivait même pas à se dire que c’était bien et qu’on aimerait bien recommencer. Nos relations sexuelles étaient assez espacées — en moyenne j’ai dit une fois par semaine, mais peut-être 3-4 fois par mois. Des fois, il y avait plus de temps entre deux.

Ouais. C’était bien, mais ce n’était pas exceptionnel. Il y a quand même eu quelques soirées mémorables, des expériences un petit peu hors de l’ordinaire, en dehors des sentiers battus… avec des fourmis.

Il n’y avait même pas de sentier !

Il y en a eu une autre avec une soirée où on a bu pas mal de champagne, je crois. Mais bon, dans l’ensemble, c’était pas mal, mais sans plus. Et toi, tu voyais ça comment, nos relations sexuelles ?

Moi, le truc qui m’a surtout marqué, c’était pas les relations en elles-mêmes, c’était qu’on faisait pas souvent l’amour. Et la façon dont je le ressentais, c’est que je me sentais pas assez désiré. Parce que 99% du temps c’était moi l’initiateur, et le taux de succès était… peut-être de 50%. Je n’ai pas les chiffres, mais…

On n’a pas fait de stats.

Du coup, quand il n’y avait pas de réponse plusieurs fois de suite, je me disais, eh bien tant pis, je vais faire la grève.

Tu boudais…

Et là, pour le coup, ça devenait très espacé — surtout que moins on fait l’amour, moins on en a envie — jusqu’à ce que Joséphine craque au bout de quelques semaines. Et puis, moi, entre temps, je me débrouillais tout seul. Du coup, j’avais vraiment l’impression que ça ne plaisait pas suffisamment à Joséphine pour qu’elle initie aussi de son côté, pour qu’elle en ait vraiment envie, elle aussi. Je me suis posé, j’ai commencé à me poser des questions et j’ai réalisé que Joséphine n’avait pas vraiment d’orgasme.

C’était vrai.

J’avais pas de repère parce que j’avais assez peu d’expérience avec d’autres femmes. Il y avait juste eu Mademoiselle Quiosaitfairepleindetrucs qui n’était pas forcément expressive là-dessus, donc j’avais aucune idée de comment ça devrait être. Je n’avais pas vraiment de référence. Les rares fois où on en a parlé, Joséphine disait que ça allait, que c’était bien.

Oui… C’était bien.

Donc évidemment… Évidemment, je prenais un peu tout sur moi, je me disais que je faisais pas les choses correctement. C’est vrai qu’avec le boulot, les enfants, les autres projets, on était assez fatigués. Souvent Joséphine allait se coucher tôt, moi je bossais le soir sur d’autres choses. En fait j’attendais souvent qu’elle aille se coucher pour éventuellement initier quelque chose, mais elle s’endormait tout de suite.

Ah oui !

Ça allait un peu mieux en vacances, avec un peu moins de pression, des siestes la journée, un peu plus de temps. Mais j’en parlais pas vraiment avec Joséphine. Je me disais que c’était probablement normal, qu’il fallait faire avec. Et puis il y avait tellement d’autres trucs qu’on partageait, qui se passaient bien, que c’était pas un problème en fait. Il y avait en effet des longues soirées sans Joséphine — ou avec, mais elle était à côté, elle dormait — qui se finissaient de temps en temps en plaisir solitaire, parce que plusieurs semaines sans faire l’amour, j’avais du mal à tenir quand même. Et aussi parce que ça aide à s’endormir ! Quand je n’arrivais pas à dormir, je gambergeais tout seul avec Joséphine qui dormait à côté. Mais bon, le problème c’est que ça décuplait un peu mon excitation pour les jours suivants. Et Joséphine, c’était toujours pareil le lendemain.

Je m’endormais encore.

Puis c’était encore plus honteux, parce que si je lui avais dit… c’était l’admission que je n’étais pas satisfait, en plus ça lui aurait mis la pression et ça l’aurait culpabilisée. Donc ça n’aurait pas été très productif. Au final, il y a eu une réalisation que ça affectait notre couple, ça créait une sorte de frustration. Quand on se disputait, il n’y avait pas cette chose qui nous permettait de nous reconnecter physiquement. Quand je boudais, j’étais un peu plus irritable quand même.

Ah oui, je confirme.

Et Joséphine, elle ne comprenait pas forcément. Parce que forcément, je ne disais pas pourquoi. Et avec des copains, on n’a jamais vraiment initié de conversation. Même les copains très proches, c’est peut-être une question de tabou, d’orgueil. Je ne me voyais pas dire à un copain « Écoute, je crois que je n’arrive pas à faire jouir ma femme ». Ce n’était pas forcément le genre de truc qu’on a envie de partager. Et puis en plus, entre garçons, à part pour faire les malins ou fanfaronner, on parle assez rarement, sérieusement de sexe.

C’est marrant parce que moi je me souviens d’un enterrement de garçon, d’un de tes copains, où j’étais là. Alors ne me demande pas pourquoi, je ne sais pas, j’étais la seule fille.

Pour me ramener !

Oui, c’est sûr que j’ai fait ça, effectivement. Et les gars ont fini par oublier ma présence. C’est un peu mon côté pote, je pense, ou alors c’est l’alcool. Et moi, j’écoutais avec beaucoup d’intérêt les gars qui partageaient pas mal de conversations sexuelles. Ils parlaient de la partie du corps de leur copine qu’ils préféraient. Ils parlaient du type d’ébats qui leur faisait le plus de bien, comment ça se passait, avec quelques détails. C’était assez sympa. Il y avait un petit peu de fanfaronnade, mais c’était doux.

Je ne m’en rappelle pas du tout.

C’est pas grave, je m’en souviens pour toi.

Moi, j’étais complètement…

Complètement fait, oui.

Mais après, c’est un peu facile pour moi de dire que entre garçons, on n’arrive pas à en parler. Alors qu’au final, il faut quand même que je me regarde dans le miroir et c’est quand même moi qui n’ai pas eu le courage, qui n’ai jamais eu le courage vraiment d’essayer d’en parler. Et quand j’y repense, il y a eu deux, trois fois où il y a eu des questions ou des conversations en apparence légères qui, en fait, m’auraient encouragé à en parler un peu plus. Et puis, je ne l’ai pas fait. Donc…

T’as pas pris la perche ?

Ouais. Voilà. Bon et toi, Joséphine, c’était comment pour toi le sexe entre nous à ce moment-là ?

Bah c’était bien.

Voilà, fin de l’épisode, bravo !

C’est vrai que je n’avais pas d’orgasme. J’avais du désir, ça oui. J’avais du plaisir aussi. J’aimais beaucoup le côté tendresse. En fait, faire l’amour avec Hippolyte, pour moi, ça n’a jamais été une corvée. Par contre, j’étais consciente que d’autres femmes prenaient beaucoup plus de plaisir que moi. Pas forcément avec toi, mais avec leurs mecs. J’avais lu des articles type journal féminin, — à ce moment-là, je n’avais pas encore trouvé des sources plus intéressantes — qui traitaient de femmes qui étaient axées soit sur le plaisir vaginal, soit sur le plaisir clitoridien. Il y avait des articles sur l’orgasme qui décrivaient quelque chose de vraiment spécial et c’était assez clair que je ne ressentais pas ça. Ils disaient qu’il fallait se détendre et surtout pas chercher l’orgasme à tout prix. Alors je m’étais détendue, je n’avais pas cherché l’orgasme, et bien il n’était pas venu.

Zaï zaï zaï zaï…

En fait, j’avais fini par me dire, « C’est pas grave, c’est pas un problème. » Je l’ai accepté, c’était comme ça. C’était pas grave : il valait mieux l’accepter que souffrir du fait de ne pas avoir d’orgasme. Et puis j’avais quand même du plaisir, donc il n’y avait pas de quoi s’en faire. Ça ne me posait plus de problème.

Oui, c’est un peu comme moi, je me disais « Voilà, c’est comme ça ». Et puis, il y a tellement de trucs qui fonctionnent bien.

Oui, c’est ça.

On ne va pas non plus essayer de chercher à régler un problème qui n’existe pas.

Ou qui est finalement peut-être juste un petit problème. C’est vrai que dans les câlins, moi j’avais justement le côté câlin, c’était bien, la tendresse. Le côté sexuel, ça venait avec, ça avait l’air de plaire à Hippolyte, moi ça me déplaisait pas.

Mais ça te suffisait pas, cette tendresse, pour demander, rechercher un peu plus, prendre l’initiative ?

Je pense que c’était surtout une question d’énergie, parce que je suis du matin, pas trop du soir.

Mais tu pouvais me réveiller, moi je peux être du matin et du soir !

Ah bon ? Ah non, toi le matin, t’es difficile à réveiller. En tout cas, quand il faut se réveiller. Ça dépend pourquoi, c’est vrai. Et moi, le soir, après une journée de travail, autant j’arrivais encore à me bouger les fesses pour ranger les jouets des petits ou alors faire la vaisselle. Mais autant, pour le plaisir, là, il n’y avait plus personne. Je m’accordais un petit de temps pour lire deux, trois articles et puis pfiout, je m’endormais dessus.

au moment où je venais de rejoindre.

Oui, si tu arrivais assez vite, parce que moi, à partir du moment où je me mets en position allongée, je n’ai pas de problème pour m’endormir. Et en fait, toi, tu n’étais pas couché, je voyais bien ça, mais… et puis tu avançais sur d’autres projets, tu faisais des trucs. Mais en fait, je n’avais rien contre des câlins, mais je n’avais pas du tout le courage de te proposer de me rejoindre et de me lancer dans une quelconque activité physique. C’était… La seule activité physique que j’avais envie de faire, c’était fermer les yeux.

Et la fenêtre entre le moment où elle s’allongeait et le moment où elle s’endormait, c’était très, très, très réduit. Il ne fallait pas que j’aie oublié de me brosser les dents.

C’est très court oui ! Ah non, ça c’est foutu.

Et je crois que j’avais un peu du mal à comprendre parce que moi, même après une journée éprouvante, même en étant crevé, en ayant fait toutes les corvées, s’occuper des enfants, etc. Si j’avais envie de faire l’amour, ça prenait le dessus. C’est un peu comme quand j’ai faim : je ne peux pas dormir quand j’ai faim. J’ai beau être super fatigué, j’ai faim, il faut que je mange.

Ouais, moi quand je suis fatiguée, Morphée, je ne lui résiste pas.

Mais on n’en parlait pas : même si j’avais pensé à Joséphine toute la journée, je ne lui disais pas en rentrant « Ce soir j’ai vraiment envie de toi… » Mais du coup on n’abordait pas le sujet et puis tous les soirs c’était un peu le même genre de scénario.

Moi non plus, j’osais absolument pas parler de sexe. Que ce soit pendant qu’on faisait l’amour ou alors à d’autres moments, c’était… Je me sentais pas prête à en parler. C’était comme un sujet honteux. Je savais pas quels mots utiliser. J’avais un peu peur de manquer de vocabulaire, mais c’est pas la seule chose qui m’arrêtait. Je pense que j’osais pas parler de quelque chose que je connaissais pas. J’étais absolument pas experte en sexe. Je maîtrisais pas ça. C’était tellement plus facile de juste rien dire. Et puis il y a aussi le fait que le sexe, c’était quand même tabou et vulgaire. C’était céder à des pulsions animales, c’était rechercher la jouissance pour la jouissance. Ce n’est pas très glorieux quand même. On n’est pas des animaux. Et c’est quelque chose dont on ne parle pas en public, pas forcément en privé en fait non plus. En tout cas, à ce moment-là, on n’en parlait pas. Parce que c’est intime, mais c’est aussi un peu honteux. Alors je sais que ça ne tient pas la route, mais moi j’en étais là.

Tu crois que c’est un peu une sorte de pression culturelle ?

Il y a de ça, mais je pense que je ne peux pas mettre tout sur le dos de la société.

Avec les sept péchés capitaux, tout ça ?

Ouais, pourtant, je n’ai pas de problème pour parler de gourmandise, du tout ! Mais oui, je pense qu’il y avait quelque chose dans nos éducations, mais ce n’est pas la seule raison qui faisait qu’on n’en parlait pas.

Je demande parce que moi c’était pareil.

Ouais ? Avec le temps, j’ai fini par comprendre que pour le sexe, comme pour beaucoup d’autres sujets, quand on se tait et quand on évite d’en parler, non seulement ça réduit la communication, mais ça contribue aussi à rendre le sujet tabou et à réduire la connaissance. Et ça ne s’applique pas qu’au sexe. Ça vaut aussi pour l’homosexualité, pour la santé mentale. Pourquoi rajouter la honte à une maladie qui fait déjà suffisamment souffrir par exemple quand on a des problèmes de santé mentale, alors que dans bien des cas, juste en parler, ça peut aider à se soigner, à aller vers des solutions. Et puis à partir du moment où on commence à parler, que ce soit entre nous, avec d’autres, avec des copains, et même que ça devienne normal que des articles de journaux traitent du sujet, on peut se dire « Ah mais je ne suis pas tout seul ! Il y a eux aussi qui ressentent ça, je ne suis pas juste bizarre ». Et on peut aussi obtenir des tas d’informations. Et pour moi, c’est important, les informations, parce que j’ai un petit peu un esprit scientifique et j’aime bien comprendre ce qui se passe. Ça me permet d’avoir des moments un peu eurêka et d’avancer, en fait.

Pour le coup, on est un peu pareils. On a un peu les mêmes points communs sur ce…

Non ??! On a les mêmes points communs ?!

Oui…

C’est fou !

Sur ce sujet-là… Quand il y a un problème, on aime bien comprendre — complètement — et ensuite trouver des solutions. Et moi je parlais d’en discuter avec mes copains, — ce qui n’était pas forcément couronné de succès — Et avec des copines, t’en avais jamais parlé ?

En fait, j’ai des souvenirs de discussions avec mes potes, parce que j’avais pas mal de copains mecs. Et j’aimais bien, en fait, quand eux ils racontaient leurs expériences sexuelles avec leurs copines. Ils y mettaient quelques détails, mais pas trop. En fait, il y avait un respect incroyable pour leurs copines. Il y avait des étoiles dans leurs yeux. C’était très, très loin d’être vulgaire. C’était vraiment chouette à entendre. J’espère que leurs copines entendaient ça aussi quelque part. J’aimais bien les écouter parler. Alors évidemment moi je disais rien parce que je n’avais rien à raconter… Et alors avec les copines… je pense qu’on parlait des fois de sentiments, mais pas de sexe, non.

C’est vrai, c’est fou. Comme je disais, dans mon groupe de copains, on ne parlait quasiment jamais de ça de façon sérieuse, intime. Et puis quand le sujet venait sur la table, c’était en comité un peu plus large, genre équipe de rugby. Avec un peu d’alcool, c’était toujours de la fanfaronnade, de la crânerie. Ça tombait assez facilement dans le vulgaire, voire parfois dégradant pour les filles.

Ils ont pas fait ça pendant l’enterrement de vie de garçon.

Ouais mais t’étais là.

Ah j’étais un pote, mais quand même…

Non t’étais là et puis c’était pas les…

C’était pas les pires ?

Je sélectionnais mes copains quand même. Et comme c’est pas trop mon genre de faire ça, moi je préférais ne pas trop m’en mêler. Même avec un peu d’alcool dans le sang, pour moi les femmes vous êtes toujours des princesses. J’ai un petit peu changé d’avis maintenant que j’ai des ados de sexe féminin mais…

C’est pas une princesse ta fille ?

Non c’est… oui enfin des fois oui mais…

Enfin pour en revenir sur le sujet de… Hippolyte et Joséphine, au niveau de notre vie sexuelle, c’était bien, sans plus. On n’en parlait pas, évidemment. Il n’y avait pas de conversations, que ce soit entre nous ou avec d’autres gens. Ça allait, le sexe, c’était pas la panacée. On dit ça avec du recul maintenant qu’on sait que ça peut être la panacée. Et puis, je l’acceptais, moi. C’était comme ça, ça allait.

Ouais, moi, ça me titillait un peu. J’aurais préféré avoir la panacée. Enfin, surtout, je voulais la panacée pour toi, en fait.

Oh, c’est gentil.

Donc du coup on a commencé à essayer, — même si c’était pas forcément un problème — on a commencé à essayer de s’informer un peu plus. Et plutôt que d’attendre que ça tombe tout cuit dans notre assiette, à être un petit peu plus proactif dans notre recherche du plaisir. Mais on en parlera au prochain épisode, parce qu’on va pas s’arrêter là…

Si on ose !

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