Ou comment Joséphine et Hippolyte font connaissance avec Pénélope et Léopold, autour de quelques verres, dans un bar bien agréable. Des discussions olé olé, des confidences, des histoires toutes personnelles, qui se terminent avec l’idée de se revoir pour une soirée plus longue… mais pas avant de se poser pas mal de questions et de définir nos limites, histoire de croire qu’on était prêts.
Quelques références:
- On ne se lasse pas de Libertine de Mylène Farmer
- Pour écouter l’intégrale de Hippolyte et Joséphine en une soirée, profitez de notre site ou de votre app de podcasts préférée. Profitez-en pour mettre des étoiles au podcast !
- Bénabar et son dîner
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00:00 Bonjour, c’est Joséphine … et Hippolyte !
01:05 Je je suis libertin
02:10 En route pour une rencontre avec Pénélope et Léopold
04:20 Joséphine a… regardé les options « hôtel »
09:03 Débuts de conversation très civilisés…
11:20 … mais qui dérivent très vite !
14:30 Et qu’est-ce qu’on fait après ?
17:25 Les questions qu’on s’est posées
19:57 La température monte : fantasmes, stress et explosion de libido !
24:10 Le briefing pour le saut vers l’inconnu
Transcription
[Hippolyte en noir, Joséphine en rouge]
Bonjour, c’est Hippolyte…
…et Joséphine !
Eh dis-donc, depuis le dernier épisode, je me suis rendu compte d’un truc : « Joséphine », ça rime avec « libertine ».
Ouais, c’est marrant.
Quelle coïncidence, c’est fou ! Et puis en plus, non seulement c’est rigolo, mais j’ai dit « libertine ».
Oui.
Eh ben tu chantes pas ?
Aahhh !
Depuis le dernier épisode, à chaque fois que je dis « libertin » ou « libertine », tu chantes.
Aahhh… Non mais je sais me tenir aussi quand on enregistre des fois. Mais toi, tu veux pas chanter, toi ? Tu l’aimes bien en plus cette chanson.
Ouais mais non, enfin… Je-je suis pas une fille, je-je peux pas vraiment être libertine !
Allez, c’est pas grave, tu peux changer les paroles. Tu l’as déjà fait sur d’autres chansons.
Ouais… Je sais pas, j’ai pas trop d’inspiration là. Je… Je-je suis libertin…
Oui ?
Je fais des câlins.
Ah ben voilà !
C’est pas mal.
Donc après ce petit intermède musical, on va quand même essayer de continuer à raconter nos aventures. La dernière fois, on en était restés à un message reçu pas longtemps après notre inscription sur un sitderencontpourcoupl.
Ouais. 🎵 On-on a reçu un message, un message d’un couple. 🎵 Ça y est, je suis lancé, je vais faire tout le podcast en chantant.
Non. Non, non, non.
Bon alors, ce couple, c’était Pénélope et Léopold. Ils étaient un petit peu plus âgés que nous.
Pas beaucoup.
Un profil très sympa, des jolies photos. Ils nous disaient qu’ils avaient bien aimé ce qu’on avait écrit sur le nôtre, de profil et ça leur avait donné envie de nous contacter. On a papoté un petit peu plus sur le chat. C’était simple, facile, avenant. On n’hésitait pas à raconter nos histoires et ce qu’on pensait savoir de ce qu’on voulait et de ce qu’on voulait pas. On a fait des longs messages, je crois. Ils étaient pas mal plus expérimentés.
En même temps, c’est pas difficile : nous, on avait zéro expérience.
Oui, mais ils avaient quand même pas mal d’années d’expérience. Ils avaient fait ça depuis un moment déjà. On a bien aimé qu’ils nous disent que « chaque fois était une première fois. » Et ils avaient l’air d’avoir envie d’une première fois avec nous. De fil en aiguille, on s’est retrouvés à continuer la conversation sur un groupe WhatsApp à quatre, avec l’idée de trouver un bar à mi-chemin de nos domiciles respectifs pour boire un coup.
Donc après quelques recherches, on a fini par trouver un bar-lounge qui faisait des cocktails, qui avait l’air pas mal. C’était un endroit avec un petit peu de musique où on pourrait discuter confortablement. Et on a réservé « une table pour quatre, s’il vous plaît« . Et on a aussi déniché une babysitter pour les enfants. Alors ce soir-là, on s’est faits beaux et on y est allés. C’était cool de sortir un petit peu, juste nous deux, en amoureux – enfin, façon de parler. En plus, on allait faire un truc un peu interdit. On se retrouvait à faire des cachotteries, comme à l’adolescence. Sauf que cette fois, c’était à nos enfants qu’on racontait pas tout, pas à nos parents.
Ouais, c’était rigolo. Est-ce qu’on était nerveux ? Ouais, pas tant que ça.
Non, pas trop.
Au pire du pire, on allait passer une soirée dans un bar à goûter des cocktails. On était certes un peu curieux de ce qui allait se passer, de ce qu’on allait bien pouvoir se raconter une fois les présentations faites. Et moi je me rappelle que dans la voiture, tu m’as fait une remarque qui m’a laissé bouche bée. Tu m’as dit que t’avais regardé les options pour une chambre d’hôtel.
Ah oui, il y avait un hôtel qui était rattaché au bar dans lequel on allait.
Oui, mais quand tu m’as dit ça, j’ai un petit peu halluciné. Depuis la soirée Gin Tonic, c’est moi qui menais les choses un petit peu, c’est moi qui avais géré l’inscription sur le site de rencontres pour couples.
Du coup, t’aurais voulu toi réserver la chambre d’hôtel ?
Non. Et Joséphine, tu suivais, avec plus ou moins d’enthousiasme, en traînant plus ou moins les pieds.
Oui… en fait, c’est aussi qu’on se lançait dans une aventure… vraiment bizarre. Et du coup, tous mes a priori qui étaient quand même bien ancrés, ils me lançaient des signaux d’avertissement parce que c’était… ouais, c’était bizarre. Alors oui, mon enthousiasme n’était pas forcément toujours au plus haut.
Et du coup, t’as voulu compenser et regarder les chambres d’hôtel ?
Non, mais non !
Pour moi, ce soir-là, c’était clair : on y allait juste pour faire une rencontre et rien de plus que des discussions, voir s’ils nous plaisaient, si on leur plaisait, si on avait envie de se revoir pour vérifier. On était quand même des grands débutants, on n’allait pas passer à la casserole le premier soir ! Moi j’étais absolument pas préparé à cette éventualité, pas du tout. Et de réaliser que toi, de ton côté, t’avais non seulement envisagé, mais en plus t’avais regardé le prix des chambres d’hôtels, c’était un peu déroutant quand même.
Oui, mais en fait, non, je n’avais pas envisagé. Par contre, je voulais être préparée à toute éventualité : on sait jamais.
Ouais…
En fait, je n’avais aucune idée de comment ça se passait, ces choses-là, de la vitesse à laquelle ça avançait. Et ça m’allait très, très bien si on en restait à des discussions ce soir-là. Mais si on décidait de pousser plus loin, je voulais avoir une option à proposer sous la main. Parce que ça nous rassurait, mes a priori et moi, d’avoir la possibilité d’être un peu en contrôle, plutôt que de nous laisser embarquer dans des lieux inconnus qui auraient rajouté au stress. Oui en fait c’est ça, je crois : je voulais être en contrôle, être en position de mener la danse autant que les trois autres, plutôt que de prendre le risque de me laisser mener sans avoir d’opportunité d’intervenir. Oui, comme ça j’aurais été celle qui proposerait le lieu où on irait s’envoyer en l’air, si on décidait d’aller s’envoyer en l’air. Et c’était juste un moyen pour moi d’être active et pas passive, ça me rassurait, même si on n’en avait pas besoin.
Ouais, mais je comprends ce que tu dis, mais… pour être en contrôle, on pouvait juste se dire que c’était pas au programme et que c’était pas ce qu’on allait faire. D’ailleurs, on n’avait même pas parlé de ça jusqu’à ce moment-là, et peut-être qu’on aurait dû !
Peut-être !
De mon côté, je n’avais vraiment pas évoqué le sujet parce que je pensais que c’était pas dans le domaine des possibles, vu comme tu traînais un petit peu les pieds… Bon, façon de parler…
Oui, c’est une façon de voir les choses aussi, oui.
C’était pas le gros enthousiasme, quoi. Enfin, je sais pas moi, c’est… Sur le coup, c’est comme si tu m’avais dit… « Bon, on sait jamais, si on décide d’aller braquer une banque ce soir, moi j’ai mis un bazooka dans le coffre parce que…
Non mais n’importe quoi !
Parce que je voulais être prête à toute éventualité. » C’est ce que tu as dit, tu voulais être prête à toute éventualité.
Non mais pas avec un bazooka. C’est pas tout à fait pareil, quand même ! Si on avait discuté de faire des premiers pas en vue de braquer une banque, ça n’aurait pas été des signaux d’avertissement que mes a priori auraient lancé, ç’aurait été des sirènes hurlantes.
OK, d’accord. Le bazooka, c’est un petit peu exagéré.
Un petit peu.
Mais c’est pour expliquer mon point de vue : coucher le premier soir avec des inconnus, comme braquer une banque, c’était en dehors du champ des possibles pour moi ce soir-là.
Oui, ok.
Et pour rester en contrôle, il suffisait de dire qu’on n’envisageait pas de coucher le premier soir.
Oui, mais on ne l’avait pas dit.
Et du coup, il n’y avait pas besoin de regarder les hôtels à l’avance… ni de regarder s’il y avait des banques à braquer sur la route.
Non mais ça j’ai pas regardé !
En tout cas, sur le coup, moi j’avais pas du tout compris ça, comme tu l’expliques maintenant, j’ai été surpris. T’avais été timide dans tout le processus avant cette soirée et je m’attendais pas à ce que tu fasses déjà des plans au-delà de rencontrer Pénélope et Léopold et de boire un coup avec eux.
Oui, c’était ma façon de rester en contrôle.
Donc je le saurai maintenant, quand tu veux rester en contrôle, il faut que tu regardes les hôtels.
Non… J’ai plein de moyens de rester en contrôle.
Après, en vrai, au niveau timidité, je sais que ce n’est pas trop ton style d’être timide. J’avoue que je m’attendais à ce qu’à un moment, ça te plaise, ces histoires, et que tu desserres le frein à main. Un petit peu comme avec le Jouet ou avec Melba, ou avec les autres choses qu’on avait essayées. Mais quand même, sur le moment, je me suis dit « Euh… ça va peut-être un peu vite pour moi là ! » Et pour le coup, quand tu parles de garder le contrôle, moi là je me suis dit que c’était peut-être moi qui le perdais.
C’est fou, même après 15, 20 ans ensemble, je peux encore de surprendre.
Ouais, ça faisait que commencer. Sur ce, on est arrivés. On est arrivés les premiers et on s’est installés tous les deux à notre « table pour quatre ». Pénélope et Léopold étaient un petit peu retenus dans des bouchons. Donc la première bonne nouvelle c’était quand même qu’on avait assez bien choisi le bar. C’était très sympa, très calme. Une ambiance jazz avec une musique juste assez forte pour qu’on arrive à s’entendre sans avoir à élever la voix, sans que ni le personnel, ni les quelques autres convives ne puissent entendre non plus nos conversations.
Oui, tant qu’à faire. Et là, j’ai vu arriver un couple. Ils étaient bien habillés, potentiellement ça pouvait être Pénélope et Léopold. Et oui, oui. Vu le sourire qu’ils nous ont lancé, c’était eux. Et voilà, ils étaient là. On allait faire notre première rencontre libertine. On avait un peu la trouille, mais on n’avait quand même pas envie de partir au courant, ça va !
Heureusement, parce que ça ne serait pas passé inaperçu. On s’est fait la bise, on a fait connaissance, tout simplement. Je pense qu’on a parlé de la pluie et du beau temps, des bouchons, tout ça. Et petit à petit, on a commencé à se raconter nos histoires. Je pense que c’est eux qui ont posé des questions. Et nous, on a raconté comment on en était arrivés là. Et oui, ils se sont tapé l’intégrale des 12 épisodes précédents en avant-première, en exclusivité mondiale, les petits veinards ! Vous aussi, vous pouvez faire comme Léopold et Pénélope, vous pouvez vous servir un verre de ce que vous voulez et écouter l’intégrale de Hippolyte et Joséphine en une soirée.
Il faudra peut-être un petit peu plus qu’une soirée quand même.
Et peut-être un peu plus qu’un verre aussi.
Donc eux aussi, ils nous ont raconté leurs aventures. Ils nous ont dit qu’ils cherchaient « une belle histoire ». Et ça tombait bien, parce que nous aussi en fait. Et vu les conversations et les personnalités qu’on découvrait, on n’était pas du tout tentés d’utiliser le mot magique.
Le mot magique ?
Bah oui, le mot magique sur lequel on s’était mis d’accord dans la voiture, si jamais un de nous deux ne se sentait pas trop à l’aise.
On avait un mot magique ?
Bah oui !
Ah oui, en effet, ça me dit quelque chose. Mais c’était quoi ?
Bon, je te dirai après, je ne vais pas non plus lui dire sur le podcast notre mot magique ! En même temps, si tu ne t’en rappelles pas, ça sert pas à grand-chose.
Oui, mais c’était le mot magique français, ça. On ne s’en est pas servi depuis vachement longtemps.
Oui, mais quand même, tu aurais pu t’en souvenir.
Mais tu as raison, on avait un mot magique pour pouvoir dire à l’autre « Ça va pas, on se casse ! » sans attirer l’attention de l’autre couple. Mais oui, en effet, on ne s’en est pas servi, et les conversations ont commencé à prendre une tournure un petit peu olé-olé.
Oui, assez vite, on a abordé des sujets très intimes. C’était assez incroyable, parce que quelques heures plus tôt, on ne connaissait pas du tout Pénélope et Léopold. Et là, on parlait vraiment de tout, de sujets qu’on n’aurait pas osé forcément évoquer avec des amis proches. Mais avec Pénélope et Léopold, eh ben on osait. On osait parler de sexe, on osait leur demander des détails sur eux et sur leurs histoires. Oui, c’était rafraîchissant. Ça paraissait tellement simple avec eux.
Ouais c’était chouette, c’était pas du tout gênant. Une fois qu’on a commencé à briser la glace, ben, on parlait. C’était étonnant comment on arrivait à faire ça, à parler comme ça de notre voyage sexuel et émotionnel alors qu’on n’en avait jamais parlé à personne avant. En tout cas moi, en ce qui me concerne, j’en avais jamais parlé à qui que ce soit.
Je pense que le fait que nous deux on avait déjà réussi à éliminer pas mal de tabous entre nous, ça a aidé quand même. Parce que si on les avait rencontrés quelques années plus tôt, on aurait été trop gênés pour en profiter pleinement. Alors que là, on pouvait faire place à la curiosité, aux discussions ouvertes, aux rigolades. C’était cool.
Oui, le truc vraiment rigolo c’est que à chaque fois qu’on arrivait sur un sujet particulièrement chaud, où on utilisait des mots plutôt explicites pour décrire des situations vraiment excitantes, soit la serveuse arrivait, ou alors encore mieux, la musique s’arrêtait complètement, il y avait une pause entre deux pistes…
Et moi je ne m’arrêtais pas de parler.
Et nos conversations, en tout cas les bribes de conversations – qui ne laissaient aucun doute sur ce qu’on disait – pouvaient tout d’un coup être entendues par tous les clients et le personnel du bar. Heureusement, il n’y avait pas grand monde !
Et c’était toujours moi qui parlais à ce moment-là.
C’est possible, oui ! D’ailleurs, tu étais complètement à l’aise dans ces conversations.
Mmmh. J’étais en contrôle, j’étais rassurée.
Ah oui, il y avait l’hôtel, de toutes façons !
Non, j’avais pas réservé un hôtel, mais je savais qu’on pouvait aller à l’hôtel. Et les pauses dans la musique ça ne nous a pas empêchés de continuer à papoter, au contraire, parce que c’était drôle. Ça rajoutait un peu de piment. Je me souviens qu’on a parlé d’un tournage de film porno du point de vue du caméraman. Léopold, il avait eu l’occasion de faire ça une fois et il disait que l’acteur, il fait l’amour à l’actrice et l’actrice, elle fait l’amour à la caméra. Et lui, je crois qu’il avait bien aimé être celui qui tenait la caméra.
Qui arrivait malgré tout à tenir la caméra.
On avait aussi parlé de comment eux, ils avaient commencé leurs aventures libertines pas mal de temps auparavant avec un truc à trois d’assez longue durée avec une autre femme. On a parlé du coup de la bisexualité de Pénélope.
Oui et de la non-bisexualité de Joséphine. Mais ça, on en reparlera.
Mmmm On avait parlé du fait qu’ils racontaient leurs aventures à quasiment personne dans le monde « normal », parce que c’était leur petit jardin secret. Alors nous, on était super curieux, on posait plein de questions. Tout était complètement nouveau pour nous. C’était drôle, c’était un peu surréel. C’était même un peu libérateur de parler de choses comme ça. Et c’était un chouette moment partagé.
Ouais ! Tellement chouette qu’à un moment on s’est posés la question de… « Ben qu’est-ce qu’on fait après ? » Et si Pénélope n’avait pas dû se lever très tôt le matin suivant pour le travail, ben… on aurait presque pu finir dans une chambre d’hôtel !
Tu vois, j’avais bien fait de regarder.
Ouais, ouais, ouais, non mais en fait, je pense qu’on n’était pas prêts du tout. C’était vachement tentant. Je crois que malgré ce que je m’étais dit et les résolutions que j’avais prises avant cette rencontre, j’aurais pas osé mettre mon veto.
Tu vois, c’est pas si facile de dire non, hein !
Oui, je sais, mais peut-être qu’on aurait quand même pris cinq minutes avant pour discuter entre nous et…
Oui, peut-être, oui…
… dire que, hmmm, peut-être que c’était un peu rapide. Mais bon, si ça s’était passé, j’en n’aurais probablement pas mené bien large. Et toi, Madame « Je-veux-rester-en-contrôle », t’en pensais quoi ?
Eh bien pour moi, c’était très bien de prendre le temps, de ne pas se précipiter, même si on aurait pu prendre une chambre d’hôtel. Déjà, on avait pris un verre avec des inconnus, on avait parlé avec eux de plein de sujets dont on n’avait pas vraiment l’habitude de parler. Et oui, j’étais contente d’avoir rencontré ces inconnus. Ils étaient… oui, ils étaient normaux ! Ils étaient drôles, ils inspiraient confiance.
Oui ! Je crois que c’est ça le truc principal, c’est que c’était un couple complètement normal. Depuis le moment où on les a vu entrer dans le bar, on n’aurait jamais pu se douter qu’eux aussi ils s’inscrivaient sur un site de rencontres avec l’idée un peu saugrenue de passer des moments sensuels avec d’autres couples.
Oui !
Ils ne correspondaient pas du tout au genre de stéréotype qu’on pouvait associer à ce moment-là aux mots « libertins » ou « échangistes ».
Hmm-mmm.
Tiens d’ailleurs je me souviens qu’on a parlé avec eux aussi du milieu des clubs.
Ah, les clubs libertins ?
Ouais. Et eux, ils préféraient largement les rencontres privées, intimes, où on prend le temps de se connaître. Je crois qu’ils nous avaient dit qu’ils n’avaient jamais mis les pieds dans un club. Ouais, on dirait qu’on avait à peu près le même genre d’a priori sur ces endroits.
Oui. Ils avaient clairement plus d’expérience que nous, mais ils donnaient l’impression d’être prêts à mettre tout ça de côté et de se mettre à notre niveau, pour nous aider à découvrir le monde libertin tout en douceur, sans aucune pression.
Oui, c’était agréable. Bon, bref, au final ça s’est pas fait ce soir-là. De toute façon, après tout, on pouvait toujours aller braquer une banque, hein ?
Non mais n’importe quoi !!
Histoire d’utiliser le bazooka qui était dans le coffre et…
Pffff….
… être prêts à toute éventualité.
Non, on n’a pas fait ça. On a plutôt regardé nos calendriers. Et donc, le samedi soir…
Pour braquer une banque ?
Non ! À quatre.
« Braquage à quatre… »
Le samedi soir, deux semaines plus tard, ça convenait à tout le monde, donc on avait un peu de temps devant nous, on pouvait trouver un endroit un peu plus sympa qu’une chambre d’hôtel. Genre un Airbnb où on pourrait passer une soirée tranquille entre couples.
Ouais, et puis ça leur donnait le temps de se procurer un bazooka aussi.
Mais non, mais t’arrêtes ?
Le retour en voiture était… c’était rigolo, c’était enjoué ! On discutait beaucoup, tous frétillants de nos découvertes. On s’est même perdus, je crois. On parlait tellement qu’on s’en foutait complètement du GPS. On était tous les deux contents. Juste heureux d’avoir rencontré des gens bien, que ça ce soit si bien passé, qu’on ait eu des discussions qu’on n’avait jamais eues auparavant et on avait une date dans le calendrier pour se revoir.
Quand même, tout ça, c’était tout nouveau tout fou pour nous, donc on s’est posés pas mal de questions avant d’aller plus loin. On a commencé par se dire, bon, est-ce qu’on voulait vraiment faire ça ?
Oui, oui, parce qu’on s’était accordés sur une date, mais on avait toujours la possibilité de dire :
On pouvait toujours reculer.
« Bah, en fait, on a réfléchi…
En fait non !
… en fait, le bazooka est enrayé ! »
Bon, alors là, à la question « Est-ce qu’on voulait vraiment faire ça ? » On a dit oui tous les deux. Après, on s’est demandés quelles étaient nos limites ?
Grosse question. On avait deux semaines pour y penser mais…
On y reviendra parce que c’est une grosse question effectivement. On s’est demandés aussi est-ce qu’on voulait vraiment se lancer là-dedans avec Pénélope et Léopold ? Et là, on y a bien réfléchi, parce que si on avait rencontré Pénélope ou Léopold individuellement, on n’aurait pas forcément développé un crush pour eux. Ils sont très bien physiquement aussi, c’est pas juste des gens bien. Mais est-ce qu’on était suffisamment attirés pour aller plus loin avec eux ? ? Et quand je pose cette question-là, c’est surtout par respect pour Pénélope et Léopold, parce qu’il n’était pas question qu’on profite d’eux, qu’on les utilise pour notre première expérience libertine, s’il n’y avait pas tous les bons ingrédients entre nos deux couples et des deux côtés d’ailleurs.
En fait, je crois qu’on n’avait pas vraiment prévu que ça se passe aussi bien. On ne passait que quelques semaines en France et on s’était dit qu’on allait juste essayer de faire une rencontre, juste pour voir. Et on avait complètement pris en compte le cas « ça marche pas bien », « on rencontre des gens et puis on veut pas aller plus loin », ou alors « on rencontre des gens trop bizarres ». Le cas « ça marche pas », on était prêts ! Mais alors le cas « si ça marche très bien », ben on n’avait pas trop prévu, quoi !
Oui…
À la base l’idée c’était vraiment de rencontrer des couples, pas forcément d’aller jusqu’au bout. C’était quand même plutôt improbable que ça marche du premier coup. Enfin moi je ne m’y attendais pas vraiment, quoi ! En tout cas nous ce qu’on savait à ce moment-là c’est qu’on avait envie de les revoir. Eux ils savaient aussi qu’on quittait la France pas longtemps après mais ils étaient partants aussi. Et du coup on s’est lancés dans la recherche d’un petit nid douillet pour notre première soirée entre couples.
Donc entre la rencontre au bar et la soirée, on avait notre petit secret tous les deux. On se faisait nos plans en douce sans que les enfants ni les grands-parents se doutent de quoi que ce soit. C’était rigolo de faire ces préparations, que ce soit prévoir le repas qu’on allait mijoter et partager, ou alors imaginer ce qu’on ferait après le repas.
Attends, t’imaginais des trucs, toi ? Normalement t’as pas de fantasmes !
Non, non, c’étaient pas des fantasmes. Mais je me posais plein de questions sur comment ça se passerait, donc j’imaginais des mises en situation. Je me projetais pour être prête à réagir à toutes sortes de situations, mais ce n’était pas dans un contexte d’excitation, donc ce n’était pas des fantasmes.
C’était pour rester en contrôle, c’est ça ?
C’est ça !
Ouais, ouais, non, mais des mises en situation, pour moi, c’est des fantasmes quand même. Un petit peu…
Oui, mais ce n’était pas à vue excitative, donc… Ça se dit ?
Ouais ouais ouais… Moi de mon côté, j’assume, j’avais des vieux fantasmes qui étaient sortis de leur caverne, mais par contre je me projetais pas du tout sur ce qui pourrait se passer. Je me rendais compte qu’il y avait trop de choses qui pouvaient arriver et sur lesquelles j’avais aucun contrôle.
Hmmm.
J’arrivais pas à mettre des images dessus… J’avais envie de retrouver Pénélope et Léopold, de passer un bon moment avec eux et de reprendre nos conversations. Mais après, je savais pas. Peut-être que c’était plus simple parce que… il y avait clairement de la tension, du stress, de me retrouver face à l’inconnu comme ça, du coup, j’éludais. Je sais que les quelques nuits avant cette soirée j’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil. J’arrivais pas à m’endormir le soir, ou alors je me réveillais super tôt le matin. Enfin, ce genre de truc qui m’arrive quand je suis en état de stress.
T’es sûr qu’il n’y avait que du stress parce que vu l’effet que ça te faisait et puis la façon dont on arrivait à te déstresser, ben ça m’empêchait de dormir aussi ! Je ne m’en plains pas d’ailleurs !
Ouais mais c’est peut-être un lien de cause à effet. Moi je ressentais bien le stress, hein ! C’est un peu comme avant un match important. L’anxiété de bien faire les choses, d’être à la hauteur, de ne pas décevoir mon équipe. Enfin, une sorte de trac qui te fait demander « Mais dans quoi tu t’es lancé, quoi ! » Et s’il ne vaudrait pas mieux, en fait, ne pas y aller à ce dîner… et trouver un tas de prétextes comme dans la chanson de Bénabar. Mais bon, moi je m’étais jamais laissé aller à abandonner mon équipe pour si peu. Et je n’ai jamais regretté – même quand on se prenait 40 pions. J’allais quand même pas laisser tomber Pénélope, Léopold et Joséphine ce soir-là. Ok, c’est vrai, il y avait un petit peu d’excitation,
Un petit peu !
on savait quand même très bien pourquoi on allait retrouver Pénélope et Léopold. Ça avait des répercussions sur notre libido. Je pense que c’était communicatif aussi, parce que…
Ah oui !
toi t’avais plus de libido, du coup moi j’ai dit « Wahou, cool ! »
C’était un bon moyen de déstresser.
Ouais ! Mais on ne s’attendait quand même pas à ce que ça nous fasse l’effet avant, hein ! C’était assez intéressant. Enfin, on s’est vraiment mis à faire beaucoup plus l’amour que d’habitude. C’était tous les soirs, non ?
Mmm-mmh !
Parfois même le matin au réveil, non ?
En plus, oui !
Avant que les enfants se lèvent ? Ou alors ils étaient levés, mais on s’en foutait ! Ça ne nous était pas arrivé si souvent que ça, auparavant.
Non, mais c’était sympa.
D’ailleurs, ce n’était pas évident à gérer pendant la journée, avec les enfants autour.
Oui !
On discutait aussi beaucoup.
Oui, parce que quand on ne faisait pas l’amour, on discutait loin des oreilles des petits, surtout le soir dans notre chambre.
On essayait de comprendre ce qui nous arrivait.
Alors, à un moment, moi, j’ai aussi parlé à Séraphine. Séraphine, c’est la copine à qui je racontais mes crushs, des années plus tôt. Donc, je l’ai appelée pour partager ce gros pas dans notre couple, ce projet un peu délirant dans lequel on s’embarquait. Et d’habitude, c’était elle qui me racontait ses histoires polyamoureuses. Moi, j’écoutais avec pas mal de curiosité. Et cette fois, c’est moi qui partageais des idées et des questions qu’elle ne s’était pas encore posées.
Mmh ! Ça a dû la surprendre un petit peu, non, quand même ?
Oh je sais pas, je pense qu’elle se disait qu’un jour, ça arriverait. Et puis, je l’ai aussi appelée pour qu’au moins une personne sache où j’étais, avec qui, et pourquoi. C’était un peu une précaution de sécurité qui ne m’avait pas franchement l’air absolument nécessaire, mais c’était rassurant. Et puis, c’était un peu plus facile de dire ça à Séraphine qu’à nos parents !
Oui c’est sûr ! Les parents, on leur a juste laissé les enfants et nous, on est partis vers l’inconnu…
Et une fois sur la route, juste nous deux, eh ben on a essayé de faire une sorte de briefing sur nos limites, histoire qu’on soit tous les deux à peu près en phase sur ce qu’on avait envie de faire, ce qu’on n’avait pas envie de faire, comment faire, etc. Donc par exemple, eh ben par exemple on a défini notre mot magique pour appeler à l’aide entre nous, celui que tu as oublié.
Oui, c’est vrai. On se disait qu’on ne se mettait pas la pression de faire des choses que l’un de nous n’est pas prêt à faire. Et ça a l’air tout simple, dit comme ça.
Bah oui, donc on l’a dit. On a aussi défini nos limites en termes d’activités sexuelles, donc pour nous il n’était pas question de faire de la domination, de la soumission, pas de fessée, pas de brutalité, pas de langage dégradant.
Oui sur ce point ils nous avaient rassurés, ils nous avaient dit : « Bon alors là, pas de souci, nous on est des Bisounours ! »
Oui, et c’est vrai… c’étaient des Bisounours !
Pour moi en particulier, J’avais pas vraiment de limites sur ce que je pourrais faire ou sur ce que les filles pourraient me faire. La seule chose c’était que je suis hétéro et que Léopold et moi on n’interagirait pas. Mais ça c’était à peu près clair depuis le début.
Oui, pour vous deux, oui. Pour moi en particulier, il y a quelques parties du corps qu’on ne peut pas me toucher : le creux jugulaire, là en bas du cou, le nombril et l’anus.
Mmm-mmh.
Après, on s’était dit aussi qu’on restait ensemble, en tout cas dans la même pièce, tout le temps. Et qu’on essayait de rester connectés.
On avait défini ce que ça voulait dire, « connectés », à ce moment-là ?
Non, non mais t’inquiète pas, ça viendra dans quelques épisodes. Minute papillon, un peu de patience !
Tant que ça respectait toutes ces limites dont on vient de parler, on ne se sentait pas vraiment limités dans le type d’activités sexuelles qu’on pourrait faire avec Pénélope et Léopold. Surtout que ça avait l’air complètement compatible avec leurs limites à eux, leurs limites de Bisounours. En gros, la conclusion – je ne sais même pas s’il y avait une conclusion mais c’était… – on s’était dit : « Ben on verra bien de toute façon, s’il y a un truc qui nous va pas, on le dira, tout simplement. »
Oui, « tout simplement » ! Mais bien sûr ! Comme si c’était si facile !
Oui, ou alors on dira le mot magique que j’ai oublié.
Oui ! En fait, on était vraiment des bleus, hein !
Oui… On rappelle qu’on n’y connaissait rien, on n’avait pas lu « Le Libertinage pour les nuls« .
Il existe ce livre ?
Non, je ne crois pas. Mais on va l’écrire.
Ah bon ?
Ouais. J’ai déjà fait la couverture. On n’avait pas écouté le super podcast « Si on osait », d’Hippolyte et Joséphine. On n’avait aucune idée de ce qu’on pouvait se permettre de faire ou non. J’ai envie de dire, surtout vis-à-vis de nous-mêmes.
Oui, on ne se rendait pas compte du tout qu’il nous manquait quand même beaucoup de questions dans notre briefing. Et du coup, forcément, il nous manquait aussi des réponses.
Ouais, on se jetait là-dedans, on s’était pas vraiment renseignés en fait.
Non, pas beaucoup, c’est vrai.
Et je pense qu’il faut être honnêtes avec nous-mêmes, enfin avec Hippolyte et Joséphine de cette première soirée, ce qu’on voulait vraiment, ben on savait pas ! C’était vraiment le grand saut dans l’inconnu, quoi !
Oui, mais ce grand saut dans l’in-cul-nu, on le fera au prochain épisode.
Quoi ? Le saut vers l’in-cul-nu ?
Oui.
Non, mais t’es pas sortable ! Tu peux pas dire ça ! Il y a des enf… Ah non, il n’y a pas d’enfants qui écoutent, ça va, mais…
Non, j’espère que non.
On peut pas faire des blagues comme ça. C’est pas possible !
Bon allez, OK, je sors. Bon, à bientôt alors !
À bientôt !
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